Analyse
Dark pools il y a 7 ans - vendredi 15 janvier 2010
La crise financière a incité les organismes de contrôle à se pencher sur divers rouages de la finance, et notamment les dark pools.

Ici comme dans d’autres sphères, un meilleur contrôle peut s’avérer indispensable si on souhaite garantir la pérennité du système financier global.

Origines
En Europe, à partir de 2007, suite à l’introduction de la directive sur les Marchés d’instruments financiers (MIFiD), qui a mis fin au monopole des Bourses historiques (pour réduire par la concurrence le coût des achats et ventes d’actions), on a vu se développer des plates-formes réservées aux institutionnels, où s’échangent des bloc d’actions, de manière souvent anonyme. Des banques comme Crédit Suisse, Merrill Lynch, UBS ou Goldman Sachs ont tenté d’augmenter leurs revenus en développant leur propre plate-forme d’échange. De leur côté, les Bourses traditionnelles, soucieuses de compenser une partie de la baisse attendue de leur activité, se sont aussi lancées sur ce créneau (Nyse-Euronext dispose ainsi d’une plate-forme de cotation électronique dénommée SmartPool). Ces plates-formes, peu ou non régulées, sont dénommées dark pools.

Zones d’ombre
· En Europe, des études prétendent qu’environ 4 % des échanges d’actions passent par des dark pools. Ce montant pourrait atteindre 7 % en 2010 et 10 % en 2011. Aux USA, ils représenteraient un peu plus de 10 % des échanges. La montée en puissance de ces plates-formes alternatives s’explique par l’utilisation croissante de programmes de calculs de plus en plus perfectionnés.
· Ces structures permettent l’achat ou la vente de titres sans que le marché soit au courant des ordres quand ils sont exécutés. Sur une Bourse classique, l’identité des acheteurs et des vendeurs est connue avant l’exécution de l’ordre. Sur ces plates-formes, elle n’est révélée qu’après la transaction. Une situation qui crée un marché à deux niveaux, moins transparent, et propice aux manipulations : des investisseurs malhonnêtes pourraient vendre des titres en Bourse pour faire baisser leur cours, puis les racheter à un prix intéressant, discrètement, via un dark pool. Aux USA, il existe déjà une chambre de compensation unique permettant de visualiser l’ensemble des ordres passés. Mais en Europe, la législation en la matière reste quasi inexistante. En outre, le nombre croissant de ces structures augmente la dispersion de la liquidité sur les titres.

Quelle évolution ?
· Aux USA, le gendarme de la Bourse a annoncé différentes mesures visant à limiter l’essor des dark pools. Ainsi, les négociations pourraient ne plus être anonymes lorsqu’elles dépassent 0,25 % du capital d’une société.
· En Europe, la commission européenne s’attaque à la révision de la directive MIFiD dès cette année et souhaite renforcer la transparence des plates-formes alternatives de négociation. Une chambre de compensation unique au niveau européen est une piste.

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