Analyse
L'Europe solidaire avec la Grèce il y a 7 ans - lundi 15 février 2010
Non, la Grèce ne sera pas en défaut de paiement, non, la zone euro ne volera pas en éclats et oui, les pays européens sont capables de se soutenir mutuellement !

Les marchés semblent avoir retrouvé une certaine raison et les spéculateurs ont cessé leurs attaques sur l’euro. Si tous les problèmes ne sont pas résolus pour autant, les récents remous des marchés offrent quelques opportunités de placement.

La victoire de la raison
Sans nier la mauvaise gestion des dernières années, les mensonges statistiques ou la situation budgétaire et économique délicate, la Grèce a, à l’évidence, été avant tout victime d’attaques spéculatives. Car, en définitive, comme l’ont martelé de nombreux économistes, le pays n’a jamais été au bord du précipice budgétaire, malgré l’ampleur de sa dette publique et de son déficit. La preuve, l’émission obligataire grecque du 25 janvier a été souscrite cinq fois, les investisseurs se bousculant au portillon pour acheter de la dette hellénique. Et ce constat fait pour Athènes peut évidemment l’être pour les autres capitales européennes entraînées malgré elles dans la tourmente de la dette. Mais sur les marchés financiers, les évidences ne s’imposent pas toujours d’elles-mêmes. Il a donc fallu un geste fort de l’Europe pour rassurer les investisseurs.

La réponse européenne
Lors du Conseil européen du 11 février, les pays membres ont annoncé leur solidarité envers la Grèce. Malgré des traités qui interdisent à l’Union européenne d’organiser elle-même le sauvetage financier d’un pays et à la Banque centrale européenne d’acheter directement de la dette étatique, ils ont trouvé le moyen d’agir concrètement pour aider financièrement Athènes si elle ne s’en sort pas seule. De son côté, la Grèce s’est engagée à appliquer sans faillir le programme d’assainissement. Sur le marché obligataire, cela s’est traduit immédiatement par une forte baisse des taux d’intérêt grecs. La crise n’est pas pour autant finie. Si les modalités pratiques de l’aide ou le plan grec d’austérité ne répondent pas aux attentes, les problèmes risquent de resurgir à tout instant. Il faudra donc toujours tenir compte de l’endettement pour établir les scénarios économiques et les stratégies d’investissement des prochaines années.

Une dette n’est pas l’autre
Avec la récession, l’endettement de tous les pays industrialisés a nettement augmenté. Et si aujourd’hui, ce sont ceux qui présentent le plus de déséquilibres qui se sont retrouvés en ligne de mire, aucun pays n’échappera à la nécessité de réorganiser ses comptes publics. Outre la taille de l’ajustement budgétaire à réaliser, l’ampleur des sacrifices à consentir dépendra de la nature et de la vigueur de la reprise économique. Et dans ce domaine, tous les pays ne sont pas égaux. Sans être le meilleur élève de la classe, l’Allemagne présente une dette et un déficit publics relativement contenus. Pour dynamiser son activité économique, le pays s’appuiera une fois encore sur les exportations qui lui permettent de bénéficier directement de la forte croissance des pays émergents. Ce faisant, si une pression fiscale accrue et une réduction des prestations sociales ne manqueront pas de pénaliser la demande domestique, l’économie germanique pourra toujours compter sur ses ventes à l’étranger pour garder un certain dynamisme. Ce n’est pas le cas de la Grèce, dont la prospérité provenait essentiellement de la demande intérieure. L’assainissement budgétaire pénalisera donc lourdement sa croissance ces prochaines années.

Une faible croissance
Globalement, sans atteindre les extrêmes de la Grèce, il y a en Europe plus de situations à la grecque que de cas allemands. Seuls quelques pays peuvent massivement s’appuyer sur un secteur exportateur compétitif pour dynamiser leur économie. Dans la plupart des nations européennes, la croissance des dernières années reposait sur la consommation des ménages et le boom immobilier, deux facteurs frappés de plein fouet par la crise. Il faut donc s’attendre à des années de faible croissance en Europe. Et ce, d’autant plus que l’assainissement des finances publiques s’opérera dans un contexte de hausse des taux d’intérêt et de conjoncture mondiale moins dynamique. Il ne faut pas pour autant bannir tout investissement boursier en Europe. Pour choisir une action, la croissance d’un pays n’est qu’un critère parmi d’autres. Et dans le cas d’entreprises actives à l’international, il s’agit même d’un critère marginal. Loin d’être un frein aux placements, les turbulences des dernières semaines nous semblent plutôt être l’occasion d’acquérir des titres injustement matraqués. Un conseil valable aussi pour les obligations. Les craintes sur la dette ont fait grimper les taux d’intérêt de certaines obligations étatiques, parmi lesquelles, surtout, celles émises par l’Etat grec. Pour peu que vous en acceptiez le risque, les obligations grecques constituent dès lors une diversification intéressante (cf. notre focus sur la dette grecque). Leur rendement net tourne actuellement autour de 4,5 à 5 %.

Partagez cet article