Analyse
Manager superstar : un ego à surveiller il y a 7 ans - vendredi 5 février 2010
Il en va dans le monde des affaires comme dans le sport ou le show-business : le succès fascine et attire les médias.

On trouve ainsi la photo d’entrepreneurs «très performants» à la une de magazines et affublés du titre de manager de l’année. Des focus qui ont tendance à attirer vers l’entreprise concernée l’intérêt des investisseurs. Qu’ils soient professionnels ou amateurs, ils se laissent aisément séduire par les qualités de cette direction distinguée et ses récents bons résultats. Un piège parfois, dans lequel il faut éviter de tomber.

Un soufflé qui retombe
Une étude américaine a fait le point sur le lien entre les managers superstars et les performances de l’entreprise après que leur dirigeant a reçu les honneurs des médias. Et le résultat est pour le moins décevant.
· Selon l’étude, aux Etats-Unis, dans les entreprises dont le dirigeant a été primé, on constate par la suite des performances (en matière de cours et de résultat) dégradées par rapport au passé récent et inférieures à celles obtenues par des entreprises dont la direction n’a pas été distinguée. Une sous-performance qui dure trois ans après la remise de la distinction !
· Plus inquiétant, la Bourse ne semble aucunement anticiper cette double déception et semble se comporter au contraire comme si les bonnes performances, qui ont valu les honneurs au dirigeant, devaient se reproduire automatiquement.

Dangereuse euphorie
· La renommée apportée par les distinctions pousse les managers à se lancer dans des activités diverses (présence dans les médias, conférences, rédaction de livres ou d’articles de presse) et à entrer dans des conseils d’administration d’entreprises tierces. Des activités sans rapport direct avec leur rôle au sein de leur entreprise et qui, dans bien des cas, les distraient de leur fonction réelle de gestion.
· L’emballement médiatique peut pousser à des investissements destructeurs de valeur ou privilégiant le court terme, pour accroître rapidement la rentabilité, au détriment du développement à long terme.
· Le manager devenu célèbre, et dont on ressasse les compétences, peut enfin avoir de plus en plus de mal à admettre ses erreurs et à les corriger.

Quels garde-fous ?
· Pour l’actionnaire, il s’agit de rester critique et vigilant. Que le manager soit ou non une star, ce qui importe, c’est d’être attentif à la communication de l’entreprise, à la nature des projets annoncés et à leurs risques.
· Pour l’entreprise, il s’agit de maintenir une gouvernance forte. L’étude américaine souligne aussi que les conséquences négatives de la célébrité d’un dirigeant se réduisent si l’entreprise s’appuie sur un Conseil d’administration attentif aux résultats réels du dirigeant. Ce Conseil sera d’autant plus efficace s’il se compose d’administrateurs indépendants et si son président n’est pas la même personne que le directeur général (ce sont d’ailleurs des variables dont nous tenons compte dans notre étude sur la gouvernance des entreprises).

Gare au péché d’orgueil
· Etre manager de l’année ou reconnu comme un manager de qualité n’est pas un problème en soi. Mais cela le devient si la célébrité incite à se désintéresser de l’entreprise ou à prendre des risques trop importants.
· Steve Jobs, CEO d’Apple, souvent encensé pour son esprit visionnaire, s’est vu décerné fin 2009, par le magazine Fortune, le titre de manager de la décennie. A présent, 3 ans après l’iPhone, il lance encore un nouveau produit : la tablette iPad. Sera-t-elle aussi la confirmation des qualités visionnaires de Steve Jobs ? Ou la triste conséquence d’un péché d’orgueil ?

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