Analyse
Prix du gaz : un peu dans le gaz... ? il y a 7 ans - vendredi 12 février 2010
Depuis débuit 2009, alors que les prix du pétrole sont repartis à la hausse, celui du gaz a tendance à baisser. Pourquoi ?

Historiquement, les prix du gaz et du pétrole sont réputés corrélés : les prix du gaz suivent la même évolution que ceux du pétrole. Logique, quand on sait que ces deux énergies sont influencées par de mêmes données fondamentales : la demande globale en énergie, le coût des matières premières, les risques politiques, etc. Mais, depuis début 2009, alors que les prix du pétrole sont repartis à la hausse, celui du gaz connaît des évolutions différentes. Comment et pourquoi ?

Index ou spot ?
· En Europe, la majorité des achats et ventes de gaz par les grands acteurs du secteur énergétique se fait au travers de contrats à long terme. Les pays producteurs (Russie, Algérie…) concluent avec les grands groupes des contrats de longue durée (pour des périodes de 20 à 30 ans). Ces contrats prévoient que le prix auquel le producteur vendra son gaz sera indexé sur la base des hausses du prix du pétrole. Ainsi, ces derniers mois, les prix que les gaziers ont payés aux producteurs sont repartis à la hausse, suite à la hausse des cours du pétrole.
· Mais, parallèlement, le prix du gaz est aussi déterminé en Bourse, sur le marché au comptant (spot). Et sur ce marché, il n’a pas suivi le pétrole. Le gaz acheté sans engagement à long terme est ainsi devenu moins cher que celui payé par les grands groupes dans leur activité.

Décorrélation
Qu’est-ce qui a bien pu provoquer cette séparation ?
· Prix du gaz : offre et demande.
Pendant longtemps, la demande mondiale d’énergie n’a fait que croître. Mais avec la crise mondiale, elle s’est estompée et a même reculé. Et qui dit faible demande dit prix en baisse, surtout si l’offre augmente ! Et c’est le cas pour le gaz. Ces dernières années, compte tenu de la croissance longtemps observée dans la demande et compte tenu aussi des soucis d’approvisionnement déjà connus à certains moments (suite notamment aux problèmes politiques en Russie et en Ukraine), de gros investissements ont été consentis un peu partout pour accroître la production de gaz. Ces efforts produisant à présent leur effet, le marché du gaz est inondé de millions de mètres cubes supplémentaires. Et cela n’est pas terminé : d’ici 2013, les capacités de production vont encore grimper de près de 50 %, de sorte que, pendant au moins 5 ans, l’offre de gaz devrait rester plus abondante que la demande.
· Prix du pétrole soutenu par l’OPEP.
Si la demande mondiale d’énergie a baissé, le pétrole devrait cependant aussi en avoir souffert…. Pourtant, son prix ne baisse pas. C’est que, face à la baisse de la demande, l’organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) ne manque pas de réagir : elle réduit ses quotas de production. En déversant moins de pétrole sur le marché, elle maintient un équilibre entre l’offre et la demande et elle soutient ainsi le prix du pétrole.

Gaziers en danger ?
· Si le prix du gaz en Bourse reste bas, le prix du gaz vendu au consommateur final risque bien de reculer aussi, notamment sous la pression des gouvernements. Comment vont alors s’en sortir les acteurs du secteur, s’ils doivent toujours payer leur gaz à des prix élevés, déterminés par leurs contrats ?
· Jusqu’ici, leurs marges bénéficiaires n’ont pas encore souffert, parce que l’indexation du prix du gaz se fait avec retard (la hausse du prix du pétrole a commencé il y presqu’un an mais le prix du gaz par contrat n’a suivi que depuis quelques mois). D’autre part, quand les groupes qui achètent aux producteurs revendent aux centrales et à l’industrie, c’est aussi au travers de contrats prévoyant des prix indexés.
· Mais à plus long terme, les marges de ces groupes finiront par ressentir les baisses de prix qui seront tôt ou tard accordées au consommateur final. De plus, les capacités de distribution étant à présent trop importantes pour la demande, ces groupes n’investiront plus et risquent bien de la sorte de mettre en péril leur future croissance.
· Néanmoins, on note déjà certains assouplissements dans les contrats (comme l’abandon de quantités minimales obligatoires ou la possibilité de revendre les excédents à d’autres pays) et d’autres ajustements pourraient intervenir.

Vos investissements
En 2009, la performance boursière des actions des groupes européens concernés a été inférieure à la moyenne européenne. Si leur lourd endettement en est une cause, la disparité entre les prix du gaz en est une aussi, selon nous. Pour l’heure, en l’absence de reprise franche de la demande, nous restons donc prudents (conservez GDF Suez et EON). Pour investir dans l’énergie, orientez-vous plutôt vers le secteur pétrolier, qui bénéficie de l’envolée des prix (achetez BP ou Royal Dutch Shell).

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