Analyse
Nouvelles pistes et vieux déséquilibres il y a 7 ans - mardi 23 mars 2010
Après des semaines d’attentisme et de vagues promesses, l’Europe semble, avoir pris conscience de l’importance des déboires financiers de la Grèce et du danger de contagion à d’autres pays de la zone euro.

FMI à la sauce européenne ?
Embarrassée par la possible intervention du FMI (Fonds Monétaire International) dans un de ses pays membres, la zone euro évoque la création d’un Fonds Monétaire Européen (FME) destiné à aider les pays qui en auraient besoin. En échange, ceux-ci auraient l’obligation de prendre les mesures budgétaires nécessaires et de réduire leur dette. Pour Berlin, qui défend le projet, il s’agirait surtout de donner à la zone euro les moyens de contraindre ses membres à respecter leurs engagements. Plus qu’un outil d’aide, Berlin y voit un outil de surveillance pour éviter le dérapage des comptes publics, outil qui ne coûterait du reste pas grand-chose au contribuable allemand puisque, parmi les pistes évoquées, le fonds serait alimenté par les pays ne respectant pas le Pacte de stabilité et de croissance. Une façon, en somme, de punir les mauvais élèves et de récompenser les bons. Reste qu’une telle institution pourrait obliger à modifier le Traité de Lisbonne, modification qui serait plus que probablement soumise à un référendum dans certains pays. Une perspective qui n’enchante guère l’Union européenne déjà échaudée par les difficultés pour faire approuver le Traité de Lisbonne…

Agence de notation européenne ?
Le président de l’Ecofin Jean-Claude Juncker a également évoqué la création d’une agence européenne de notation, sous l’égide de la Banque Centrale européenne (BCE). Pareille agence serait assurément utile quand on sait que les agences de notation existantes ont octroyé à tout va des notes AAA à des actifs financiers qui se sont ensuite avérés toxiques. En agissant de la sorte, elles ont encouragé les investisseurs à se ruer sur ces actifs financiers, avec les conséquences dramatiques qu’on connaît. Une attitude peut-être liée aussi, inconsciemment, au modèle de fonctionnement des agences de notation qui, rémunérées par l’émetteur de titres qu’elles doivent noter, peuvent être tentées d’attribuer de bonnes notes pour garder leurs meilleurs clients. Autre problème majeur pour l’Europe : pour que des actifs financiers soient acceptés comme collatéraux (garanties) pour obtenir des financements de la BCE, ces actifs devront, à partir du premier janvier 2011, être assortis d’une note A- ou mieux. Or, seul Moody’s attribue encore à la dette grecque une note lui permettant de remplir ce critère. Concrètement, l’Europe donne donc à Moody’s le droit de décider si, oui ou non, la BCE acceptera la dette grecque en tant que collatéral. Une situation d’autant plus délicate qu’une baisse de la note grecque signifierait des difficultés accrues pour le financement de la dette du pays et de ses banques.

Les déséquilibres persisteront
Même si ces deux projets aboutissent un jour, ils ne seront pas suffisants pour assurer le rééquilibrage qui s’impose de l’économie européenne. En effet, si les pays du Sud de l’Europe peuvent être accusés de perte de compétitivité, surconsommation et surendettement, l’Allemagne et les autres pays du Nord ont aussi profité de ces excès. Des années de modération salariale et de taux d’épargne élevé ont fait de l’Allemagne l’un des marchés les moins dynamiques d’Europe et c’est donc à l’extérieur de leurs frontières – e.a. aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et dans le Sud de l’Europe, régions auxquelles les Allemands se plaisent à faire la leçon – que les entreprises allemandes se refont une santé. En outre, en maintenant de faibles taux dans l’espoir de redynamiser l’économie teutonne, la BCE a aussi gardé les taux européens bien trop bas pour les économies du Sud, incitant les consommateurs à s’endetter et à surconsommer. L’Allemagne est donc coresponsable des déséquilibres économiques européens et mondiaux et ses responsables feraient bien de se demander qui achètera leurs produits si les Anglo-saxons et les Européens du Sud réduisent leur consommation. Le bulletin économique de l’Allemagne en 2009 apporte un début de réponse car sans même avoir été frappée par une crise immobilière, l’économie y a reculé de 5 % alors que le recul aux Etats-Unis n’a pas dépassé 2,4 %.

Conclusion
Comme l’a souligné le président de la BCE Jean-Claude Trichet, la zone euro a les moyens financiers suffisants pour subvenir à ses besoins. La résolution de la crise en Grèce est dès lors surtout une question de volonté politique et après des semaines de tergiversations, l’Europe avance enfin des idées concrètes. Mais même s’ils deviennent un jour réalité, le FME et une agence de notation européenne ne suffiront pas à rééquilibrer l’économie européenne. Pour cela, il faudra certes que les pays du Sud consentent des efforts importants pour retrouver leur compétitivité et assainir leurs comptes publics, mais aussi que l’Allemagne montre la voie en dynamisant son économie et en offrant un marché digne de ce nom aux autres membres de la zone euro et à ses propres entreprises.

Voyez aussi notre article "Vous avez dit collatéral ?"

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