Analyse
"Exit strategy" ou stratégie de retrait il y a 7 ans - lundi 12 avril 2010
La question est de savoir comment les banques centrales vont s'y prendre pour abandonner leur politique monétaire accomodante, sans étouffer la reprise économique.

Danger
· Un peu partout dans le monde, les banques centrales ont mis en place des politiques visant à relancer la machine économique. D’abord en baissant drastiquement les taux directeurs, ensuite en injectant massivement de l’argent dans le système. Le but étant de mettre assez d’argent en circulation, pour que les banques puissent à nouveau se financer et que les entreprises aient accès à un crédit bon marché, indispensable aux investissements et à la relance.
· A présent que l’économie se reprend peu à peu, plusieurs banques centrales (Australie, Norvège, Inde…) ont déjà relevé leur taux directeur. Car le danger, si les taux bas sont maintenus trop longtemps alors que la reprise est déjà amorcée, c’est de voir s’emballer l’inflation et se gonfler des bulles dans certains secteurs (immobilier, matières premières, etc.). Les liquidités injectées n’empruntent en effet pas toujours le chemin de l’économie mais sont aussi investies directement en Bourse, dans l’espoir d’un gain plus rapide, avec le risque qu’une trop forte demande ne vienne gonfler les prix, jusqu’à la formation d’une bulle.
· Certaines banques centrales ont donc déjà réalisé leur « exit » de leur gestion monétaire souple.

Les retardataires
Toutes les banques centrales n’ont cependant pas déjà fait le pas. Pour la Federal Reserve (USA), la Banque d’Angleterre ou la banque centrale européenne (BCE), il est encore trop tôt pour relever les taux et abandonner des mesures telles que l’injection de liquidités. Les gestionnaires craignent qu’un abandon prématuré n’étouffe les débuts de reprise économique constatés et cause une nouvelle récession. Mais ils ont aussi conscience que cette politique d’argent facile ne peut pas durer éternellement, sans risquer de créer à un certain moment des excès, qui viendraient à nouveau semer le trouble sur les marchés. Parvenir à concilier ces deux exigences, c’est le plus grand souci des grands argentiers, et c’est tout l’art de concocter une bonne « exit strategy ». Comment mettre fin aux politiques accommodantes, réduire ou stopper d’autres mesures, avec le moins de dégâts économiques possibles ?

Federal Reserve
C’est avant tout la position de la Federal Reserve (Fed) qui est observée, elle qui, depuis décembre 2008, maintient son taux directeur à un niveau plancher (entre 0 % et 0,25 %) et garde sous contrôle ses taux à long terme, en rachetant des emprunts d’Etat et des prêts hypothécaires. La Fed fera bientôt un premier pas dans son «exit strategy», en mettant fin à ses rachats d’emprunts et de prêts, mais n’en fera pas de deuxième (ne relèvera pas ses taux), tant que le chômage ne s’affiche pas en baisse, que la consommation interne ne grimpe pas de manière durable et que l’octroi de crédits par les banques n’est pas à nouveau normalisé. Comme nous l’avons dit, dans le même temps, elle doit garder l’inflation sous contrôle et  éviter toute nouvelle hausse exagérée des actifs financiers. Tant qu’il n’y aura pas de signe d’inflation, la Fed ne bougera pas. Le sentiment des marchés financiers ces prochains mois dépendra donc pour beaucoup de l’humeur de la Fed…

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