Analyse
Flambée des prix des matières premières : que faire ? il y a 7 ans - vendredi 16 avril 2010
Les prix des matières premières, ou commodities, sont repartis à la hausse. Bonne ou mauvaise nouvelle ?

Cela dépend pour qui. Pour l’investisseur particulier, comme souvent, il s’agit de faire preuve de discernement.

Une certaine euphorie
· Aux USA, la reprise se révèle plus rapide que ce qu’on prévoyait il y a quelques mois. En témoignent, parmi d’autres indicateurs, la stabilisation progressive du chômage et le niveau meilleur que prévu des commandes aux entreprises. En Chine, l’économie reste dynamique, malgré les mesures prises pour modérer certains excès de la croissance, comme la hausse des crédits. Il n’en faut pas plus pour faire naître chez les investisseurs l’espoir d’une reprise économique vigoureuse.
· En outre, les stocks de matières premières disponibles chez les producteurs sont peu élevés (avec la crise, ils avaient joué la prudence). L’offre est donc peu élevée. Et face à cela, les mesures de relance prises par les banques centrales permettent toujours à des spéculateurs de disposer de crédits bon marché et d’investir. Une partie de cet argent est consacré aux matières premières, ce qui stimule leur demande.
· Reprise de l’économie plus dynamique et pointe de spéculation : les conditions sont réunies pour faire grimper le prix des matières premières, comme le caoutchouc, le cuivre, l’acier ou le nickel. Le prix de ce dernier a gagné 116,6 % depuis le 1er janvier 2009 et 36,3 % depuis début 2010.

Impact en Bourse
· La hausse, parfois vertigineuse, du prix des matières premières fait grimper les bénéfices des producteurs des matières concernées, ce qui stimule les cours de Bourse de ces mêmes entreprises.
· L’indice Stoxx Europe 50 affiche une hausse qui est due pour une part à la hausse de prix des matières premières. Car les valeurs liées aux matières premières entrent pour 22,1 % dans sa composition. Et parmi les dix plus grosses capitalisations de cet indice, trois valeurs, qui comptent ensemble pour 11,5 % de l’indice, sont liées aux matières premières : les actions des sociétés pétrolières BP, Total et Royal Dutch Shell.

Clients en souffrance
· Si les producteurs de matières premières se réjouissent de voir grimper les prix de leurs produits, ceux qui doivent en acheter pour exercer leur activité sont moins à la fête. Ces entreprises, déjà affectées par une crise qui a réduit le pouvoir d’achat des consommateurs et donc leur chiffre d’affaires, doivent débourser plus pour s’approvisionner. Certes, elles limitent les dégâts avec des contrats, dits de couverture, grâce auxquels elles se fournissent pour une certaine période à un prix fixé d’avance. Mais pour une entreprise comme Michelin par exemple, la hausse du prix du caoutchouc menace clairement les marges. Le groupe estime que, si le prix de la tonne de caoutchouc brut augmente de 100 dollars, son bénéfice se réduit de 70 à 80 millions de dollars. En 2006, lorsque les prix des matières premières avaient aussi flambé, le résultat opérationnel de Michelin avait été amputé de 740 millions d’euros. En 2008, même scénario, avec un impact de 804 millions, soit une réduction du résultat opérationnel de presque 50 % ! Pour 2010, Michelin a annoncé des hausses de prix pour défendre ses marges. Mais depuis le début de l’année, la Bourse est inquiète : le cours de Michelin a perdu 2,5 %. Quant aux constructeurs de voitures, déjà touchés par la crise qui affecte la demande, ils souffrent de la hausse des prix de l’acier, issue du rebond des prix du minerai de fer et du charbon. Depuis le 1er janvier, parmi d’autres, les cours boursiers de Peugeot et Fiat ont cédé respectivement 8,5 % et 6 %.
· A noter toutefois que les entreprises qui bénéficient d’une forte image de marque, peuvent capitaliser sur cette image pour tenter de compenser la hausse du coût d’approvisionnement par des hausses du prix de vente.

Quels vrais dangers ?
· La hausse du prix des matières premières se répercutant sur le prix de nombre de biens de consommation, le principal risque lié à une flambée est un rebond de l’inflation. Pour l’heure, en Occident, les blessures de la crise n’étant pas cicatrisées, la demande globale reste contenue. Si l’inflation est de retour (1,5 % actuellement), elle reste loin des 4 % atteints en 2008 et ne menace pas encore la croissance.
· Par contre, la hausse de certaines matières premières – dont le pétrole ! – peut raboter le pouvoir d’achat des consommateurs et ralentir la reprise. Si le baril dépasse les 100 dollars, l’impact sur la croissance se fera davantage sentir.
· La Chine, premier soutien de l’économie mondiale, ne semble pas trop menacée par la hausse de prix des matières premières. Assise sur d’importantes liquidités, elle a les moyens de soutenir son économie.

Que faire ?
· Métaux de base
Les facteurs stimulant la hausse de prix (expliqués ci-dessus) sont toujours d’actualité pour beaucoup de matières premières. Mais au vu du niveau de prix atteint, la formation d’une bulle spéculative ne peut être exclue pour certains. Et le propre d’une bulle est d’éclater : lorsque les marchés prendront conscience de l’abus de l’emballement, certains prix risquent de chuter, de manière brutale. Aux cours actuels, les actions de la plupart des groupes miniers produisant la plupart des métaux de base sont chères ou pas loin de l’être. Nous conseillons de les vendre.

· Or
Sur les 12 derniers mois, le cours de l’or (en euro) a grimpé de 19,2 %. Mais son avenir reste rose. Car l’or joue toujours son rôle de valeur refuge en ces temps perturbés (par les problèmes de la Grèce notamment) et la demande reste importante : de la part des investisseurs, du secteur de la bijouterie, et des banques centrales qui, après la crise, reconstituent des réserves «solides». Vous pouvez donc toujours investir dans l’or physique. Consultez le résultat de notre enquête dans notre analyse Investir en or "dur". Vous pouvez aussi opter pour un tracker qui suit le cours de l’or. Notre préféré est Gold Bullion Securities (Euronext Paris, GBS). Les plus audacieux peuvent se tourner vers les actions de mines d’or ou des sicav qui s’y spécialisent :
- BlackRock World Gold A
(disponible e.a. à la Deutsche Bank, ISIN : LU0055631609)
- SGAM Equities Gold Mines A
(SG Private Banking, LU0006229875)
- Share Gold
(Banque Degroof, LU0145217120)
- Placeuro Gold Mines
(cotée sur Euronext, PLA).

· Pétrole
La reprise progressive de la demande et le contrôle de l’offre sont de nature à stimuler le prix du baril de pétrole et donc à soutenir le résultat des groupes pétroliers. Ceux-ci pourront encore gratifier l’actionnaire et investir pour renouveler leurs réserves. Le secteur reste intéressant. Voyez notre rubrique comparatifs sectoriels.

· Uranium
La demande d’uranium va progresser (le président Obama a déclaré vouloir relancer le secteur nucléaire aux USA). Pour y investir, nous vous conseillons :
- un fonds qui épouse l’évolution du Daxglobal Nuclear Energy Index : le Market Vector Nuclear, coté à New York (ISIN US57060U7046)
- le tracker ETFX WNA Global Nuclear Fund (ISIN : IE00B3C94706), coté sur Euronext Amsterdam. Voyez aussi notre analyse Investir dans le nucléaire ?.

Partagez cet article