Analyse
Hyperinflation il y a 7 ans - jeudi 1 avril 2010
Avec les perturbations de ces derniers mois, certaines notions financières sont remises au goût du jour. C’est le cas de l’hyperinflation.

Hyper…
Vous connaissez l’hypermarché et l’hypertension. Alors vous comprenez que l’hyperinflation est une inflation (c'est-à-dire une hausse généralisée des prix des biens de consommation) «hors mesure», «supérieure à la normale», «out of control»...
· Mais tout étant relatif, à partir de quel moment peut-on qualifier une hausse des prix d’hyperinflation ? En fait, il n’existe pas de seuil standard. Mais les cas dont on se souvient concernent surtout des hausses de prix de centaines, voire de milliers de pourcents. Des cas extrêmes, comme celui de l’Allemagne, pendant la République de Weimar, avant l’arrivée de Hitler, lorsque l’Etat a créé des masses d’argent pour payer les salariés, de la Yougoslavie, dans les années 90, dans une économie détériorée par la dictature ou encore du Zimbabwe, au début de ce siècle , empêtré dans une économie déséquilibrée au point de devoir finalement abandonner sa propre devise.
· L’hyperinflation atteint un point tel que, au contraire de l’inflation, qu’on exprime usuellement sur base annuelle, on l’évalue pour des périodes plus courtes, p. ex. mensuelles.

Danger ?
Si certains se remettent aujourd’hui à évoquer des dangers d’hyperinflation, il ne faut toutefois pas penser que nos économies risquent d’être à nouveau confrontées à des taux d’inflation à deux ou trois chiffres. En revanche, il existe bien des craintes, dans le chef des investisseurs, du retour d’une inflation plus soutenue. Qu’en est-il ?
· Suite à la crise financière, principalement pour permettre au secteur financier de se redresser, les économies occidentales ont, d’une part, créé de l’argent pour l’injecter dans le système et le faire tourner, et, d’autre part, maintenu les taux à des niveaux très bas, pour stimuler le crédit, la consommation et l’économie. Si le système est efficace pour le but recherché, il doit être stoppé à temps. Car s’il est maintenu alors que l’économie a déjà entamé un suffisant redémarrage, il peut surchauffer l’activité et faire grimper les prix de manière dangereuse.
· Les prix des matières premières, qui sont traditionnellement les premiers à augmenter en cas d’inflation, et entraînent dans leur sillage le reste des prix, ont déjà enregistré des hausses.
· Une forte inflation peut sembler un avantage pour ceux qui sont endettés. En cas de hausse des prix, qui implique une diminution de la valeur d’une somme donnée, le poids d’une dette dans un budget se réduit. A l’heure ou bien des dettes publiques sont pointées du doigt, certains craignent que des pays seraient tentés de laisser grimper l’inflation, pour réduire facilement le poids des dettes.

Raison garder
· Pour l’heure cependant, l’inflation reste sous contrôle. En fait, les liquidités massivement injectées, qui auraient pu faire exploser l’inflation, ont été essentiellement investies dans des placements financiers et peu dans l’économie réelle. Le risque de surchauffe de l’économie est donc écarté pour le moment, d’autant plus que la consommation reste encore faible. D’ailleurs, on s’attend pour les prochaines années à un taux de croissance inférieur à la moyenne.
· Les autorités ont néanmoins conscience du danger qu’elles courent en stimulant trop longtemps l’économie, tant des erreurs d’évaluation que la difficile tâche de préserver les intérêts des uns et des autres, peuvent donner lieu à des dérapages. Au Royaume-Uni, par exemple, la sonnette d’alarme a déjà été tirée, pour qu’un frein soit mis aux mesures d’assouplissement quantitatifs (création de devise pour injecter dans le système), mais il n’est pas exclu que la planche à billets tourne à nouveau. Tout danger n’est donc pas écarté de voir l’inflation grimper, voire déraper; il ne faut jamais dire jamais et rester vigilant.

Agir en conséquence
L’inflation est surtout néfaste pour l’investisseur en placements à taux fixe (bons de caisse, bons d’Etat, comptes à terme, obligations). Car s’il a la certitude de récupérer son capital, la valeur réelle de ce dernier pourrait bien, entre-temps, être sérieusement rabotée si l’inflation dérape.
· Pour cette raison, et compte tenu par ailleurs des taux peu élevés en ce moment, nous conseillons d’opter pour des placements de durées pas trop longues. Nous privilégions ainsi le compte d’épargne. Dans tous les cas, n’investissez pas au-delà de trois à cinq ans. Ainsi, en cas de retour de l’inflation, vous pourrez réinvestir plus rapidement votre épargne à des taux forcément revus à la hausse, qui tiendront alors compte d’une inflation plus élevée qu’aujourd’hui.
· Si vous voulez à tout prix écarter le danger d’une inflation plus élevée que prévu, vous pouvez aussi vous tourner vers des sicav qui investissent en obligations liées à l’inflation. Les coupons et/ou le capital de telles obligations évoluent en fonction de l’inflation. Dans cette optique, nous conseillons :
- SISF Global Inflation Linked Bond A (ISIN: LU0180781048)
-Amundi Euro Inflation Bond (LU0201576401),
toutes deux distribuées entre autres par Deutsche Bank;
- KBC Bonds Inflation-Linked Bonds (LU0103555248).

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