Analyse
La Turquie a changé il y a 7 ans - vendredi 2 avril 2010
Les actions turques, bien que non dénuées de risque, ont un avenir prometteur. Elles pourront, pour les plus audacieux, constituer la petite touche spéculative d’un portefeuille déjà bien diversifié par ailleurs.

Finances assainies
A l’inverse de la Grèce, la Turquie fait depuis longtemps le forcing pour assainir ses comptes et se défaire de son encombrante réputation de mauvais payeur. Et ça… paie ! Car pendant que sa voisine alignait les années de déficit budgétaire et de détérioration de la dette publique, la Turquie a elle affiché, jusqu’en 2008, des budgets proches de l’équilibre. Résultat, une dette publique ramenée de 74 à 40 % du PIB entre 2001 et 2008 ! Avec la crise, Ankara a certes quelque peu laissé filer ses déficits budgétaires, mais la situation est sous contrôle et la dette publique ne devrait pas dépasser 50 % du PIB avant de repartir à la baisse.

Notation revue à la hausse
La bonne tenue de la Turquie n’a pas échappé aux agences de notation qui soulignent le risque de moins en moins élevé de la dette turque. Depuis décembre 2009, les trois grandes agences de notation ont ainsi relevé la note de la Turquie (indication de la capacité du pays à rembourser ses obligations) et de nouveaux relèvements restent possibles. Or, une telle révision aurait des conséquences majeures pour les actifs financiers du pays. A BB pour Standard & Poor’s et BB+ pour Fitch, notes qui placent certes encore la Turquie parmi les émetteurs spéculatifs, le pays est en effet très près de la note BBB- qui l’en ferait sortir. Il s’agirait là d’une évolution importante puisque l’obtention d’une telle note est une condition sine qua non pour que de nombreux investisseurs institutionnels investissent dans un pays. Il y a donc fort à parier qu’une nouvelle hausse de la note turque – prévisible dans les trimestres à venir – se traduira par une forte hausse de la demande pour les actifs financiers et la devise turcs avec à la clé, une nette appréciation. Pareille note permettra aussi à la Turquie de payer moins cher le financement de sa dette publique, une excellente nouvelle pour un pays dont le faible taux d’épargne national et, dès lors, la dépendance aux capitaux étrangers pour financer son développement restent les principaux talons d’Achille.

Belles perspectives de croissance
Malgré une crise majeure en 2001, la dernière décennie aura été plutôt positive pour l’économie turque. Soutenue par la consommation et les investissements, celle-ci a ainsi affiché une croissance moyenne de 7 % entre 2002 et 2007. Et si la crise de 2009 a plongé l’économie dans le rouge (recul du PIB de 5 %), la Turquie a surpris par sa capacité à tenir ses promesses malgré la fin, mai 2008, de l’accord la liant au FMI. Mieux, grâce à la réglementation mise en place par cet accord, le secteur financier n’a pas été touché par la crise et reste donc peu endetté et très bien capitalisé. Ayant renoué avec la croissance au 4e trimestre 2009 (+ 6 % sur base annuelle), le pays devrait atteindre une croissance de quelque 3 % en 2010 et de 4 à 5 % par la suite grâce à la demande privée. La morosité de la demande en Europe (principal partenaire commercial) devrait par contre empêcher le pays de renouer avec les taux de croissance de 2003 à 2007. Enfin, à l’approche d’élections législatives en 2011, Ankara devra aussi se méfier de toute dérive populiste susceptible de peser sur l’équilibre des comptes publics.

Bourse pas chère
Dopée par les bonnes perspectives économiques, la Bourse d’Istanbul affiche une forte progression, l’indice ISE100 ayant doublé depuis mars 2009 et gagné environ 8 % depuis le 1er janvier 2010. Pourtant, elle affiche toujours des cours raisonnables, loin des valorisations excessives de certains marchés émergents et même de certains marchés industrialisés aux perspectives bien moins réjouissantes.

Nos conseils
La Turquie représente désormais un placement intéressant à nos yeux. Mais uniquement pour les plus audacieux et à titre de diversification (max. 5 % du portefeuille), un brusque retournement de tendance étant toujours possible.
Côté actions, plusieurs sicav et trackers permettent d’investir indirectement en actions turques. Si les sicav sont mieux diversifiées, la qualité de leur gestion laisse à désirer. Nous préférons donc vous orienter vers un tracker, plus fidèle au marché qu’il suit. Notre préféré dans ce cas est EasyETF Turkey EUR, sur Euronext Paris (code ISIN : FR0010636555 ; symbole : EET). Ce tracker, qui investit dans vingt grandes sociétés turques, affiche de bonnes performances par rapport à la Bourse, capitalise les dividendes (ce qui évite d’être taxé) et applique des frais de gestion peu élevés (0,65 % par an).
Côté obligations, nous n’investissons pas dans les obligations de l’Etat turc (rating encore trop faible) et privilégions les émetteurs de bonne qualité qui émettent en TRY. Sur le marché secondaire, nous vous conseillons e.a. l’emprunt de Rabobank (XS0458474383) : échéance le 22/01/2014, coupon de 9,50 %, prix conseillé, frais compris, de 100,75 % et rendement net de 7,63 %. Attention, vous serez exposé au risque de la devise : si elle baisse par rapport à l’euro, vous pourrez subir une perte de capital.

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