Analyse
La crise grecque et ses conséquences il y a 7 ans - lundi 10 mai 2010
Après la Grèce, le Portugal et l’Espagne ont à leur tour été malmenés la semaine dernière sur les marchés financiers.

Le risque de contagion à l’ensemble de la zone euro a contraint les autorités européennes à réagir une nouvelle fois ce week-end. Certaines traces indélébiles sont d’ores et déjà clairement visibles !

Le cas grec
Poussé dans le dos par les marchés et ses homologues européens, le gouvernement grec a fini par préparer un plan d’austérité radical pour assainir ses finances publiques. Au programme : suppression des 13e et 14e mois pour les fonctionnaires et les retraités, nouvelle hausse de 2 % de la TVA, pourtant déjà relevée en mars, augmentation de 10 % des accises sur le tabac, l’alcool et les carburants, hausse de l’impôt foncier et taxation des constructions illégales, réductions tous azimuts des dépenses publiques, etc.
Au final, ces mesures devraient permettre d’économiser quelque 30 milliards d’euros en 3 ans, de ramener le déficit public à 6,5 % du PIB en 2012 contre 13,6 % en 2009, de stabiliser la dette aux alentours de 150 % du PIB et dès 2014, d’avoir un déficit public dans la limite européenne des 3 % du PIB et de commencer à réduire le ratio d’endettement.
Mais pour qu’un tel programme ait une chance de réussir, il fallait aussi surmonter la crise de liquidité qui frappe les bons d’etat grecs, les investisseurs refusant d’en acheter, sauf à des taux astronomiques. Raison pour laquelle le FMI et les pays membres de la zone euro se sont engagés à prêter 110 milliards d’euros à un taux préférentiel dans les trois prochaines années.
Malheureusement, sans encore aujourd’hui une garantie totale de réussite, ce programme enfoncera l’économie grecque dans la récession. Car en réduisant les dépenses publiques et en frappant durement le pouvoir d’achat des ménages, l’activité économique s’effondrera inévitablement avec une chute du PIB d’au moins 4 % prévue cette année !

L’austérité précipitée
Le cas grec a mis en lumière le problème de l’endettement des États, souvent minimisé auparavant par les responsables politiques. Cela ne fait qu’accentuer la pression sur les gouvernements pour qu’ils réduisent rapidement leurs déficits publics et l’urgence est même grande pour des pays comme le Portugal et l’Espagne, déjà dans le collimateur des marchés.
Pour ne pas devenir un dernier de la classe, vulnérable face aux spéculateurs, et éviter toute contagion, les pays de la zone euro risquent donc d’accélérer l’assainissement des finances publiques. Or, les politiques budgétaires ne peuvent pas non plus se faire trop restrictives sous peine de faire retomber l’économie, toujours fragile, en récession. A titre d’exemple, si l’ensemble de la zone euro vise un retour du déficit public sous les 3 % du PIB dès 2012, la croissance européenne sera nulle les deux prochaines années. Voilà pourquoi les gouvernements visent cet objectif à plus long terme. Les marchés accorderont-ils toutefois ce délai supplémentaire à tous les pays ? On peut en douter au vu des attaques dont ont fait l’objet l’Espagne et le Portugal.

Les principes au placard
Plus encore que l’austérité, qui se serait invitée tôt ou tard à la table des pays de la zone euro, ou que la faible croissance dont le potentiel avait déjà tendance à s’effriter sur le Vieux Continent, la principale conséquence de la crise de la dette aujourd’hui est le changement dogmatique des autorités monétaires européennes. Le Président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet rappelait ainsi encore avec force en janvier dernier que l’institution de Francfort n’assouplirait en aucun cas sa politique et ses règles de fonctionnement pour venir en aide à un pays particulier de la zone euro. Face à la détérioration rapide de la situation grecque, il a toutefois été contraint de faire volte-face. Pour les prêts qu’elle accorde aux banques, la BCE accepte ainsi en garantie les bons d’Etat grecs, bien que ceux-ci n’aient plus une qualité de crédit suffisante au regard des critères normalement en vigueur. Et la contagion de la crise à d’autres pays de la zone euro a même amené la BCE à lancer un programme d’achat de dettes publiques et privées pour assurer le fonctionnement des marchés obligataires, ce qui rassurait lundi matin les investisseurs. Après l’avoir refusé pendant des mois, les autorités monétaires européennes ont donc bel et bien commencé un cycle de création monétaire (en achetant des obligations, elles injectent des liquidités). Après les Etats-Unis et l’Angleterre, c’est donc dorénavant dans la zone euro que la planche à billets tourne.

L’euro dans la tourmente
La première victime de la crise actuelle sur les marchés financiers n’est autre que l’euro, en net recul par rapport à la quasi-totalité des devises du globe. Une tendance qui devrait du reste se poursuivre tant que les problèmes de l’endettement public viendront assombrir le ciel européen.
Se ruer sur n’importe quelle autre devise (le dollar par exemple) serait toutefois une erreur. La réalité d’un jour n’est en effet pas toujours celle du lendemain et tout investissement doit se concevoir dans une perspective de long terme. Les devises qui offrent le plus de garanties dans ce cas sont le franc suisse et la couronne suédoise.

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