Analyse
Muraille de Chine : pas toujours étanche ! il y a 7 ans - vendredi 7 mai 2010
L'existence de "murailles de Chine" au sein même des institutions financières est mise en question.

A présent que la banque d’affaires américaine Goldman Sachs a été la cible de tous les feux, le débat fait à nouveau rage quant à plus de sévérité dans la régulation bancaire. L’existence de «murailles de Chine» au sein même des institutions financières est mise en question. Des murailles censées éviter les conflits d’intérêts mais qui, en pratique, semblent bien difficiles à mettre en place.

En toute confidence
Il y a peu, le plus haut dirigeant de Goldman Sachs était mis sur la sellette face au Sénat américain. Selon la SEC (l’organisme américain de contrôle du secteur financier), la banque d’affaires aurait encaissé des milliards de bénéfices en prenant des positions contre ses clients. Elle aurait utilisé des informations privilégiées pour en retirer un avantage financier. L’accusation doit encore être confirmée, mais met le doigt sur une faiblesse du secteur financier : la difficulté de construire des cloisons étanches entre les différents échelons d’une banque. En effet, un banquier, qui est par exemple au courant de l’imminence d’une gigantesque augmentation de capital de telle ou telle entreprise (laquelle peut bien souvent entraîner une chute du cours de l’action), peut être tenté de confier cette information à la division trading de sa banque, qui pourra de la sorte vendre à découvert la valeur concernée (vendre des actions qu’on n’a pas dans l’espoir de les racheter rapidement à un prix moins élevé). En ce qui concerne Goldman Sachs, il semble que la banque ait vendu à ses clients divers produits dérivés, dont elle avait eu vent de la très mauvaise qualité et des caractéristiques «toxiques», et qu’elle ait bien pris soin de taire ces informations. Puis elle aurait fait usage de ces renseignements pour prendre, via ces valeurs, certaines positions de trading, très lucratives pour elles, mais ayant pour effet de faire baisser encore la valeur des produits aux mains des clients.
Si cette accusation est prouvée, il sera clairement question de conflits d’intérêts.

Muraille de Chine
Pour éviter l’usage d’informations privilégiées, le délit d’initié et les conflits d’intérêts, il faut que soient construites au sein des banques des cloisons étanches (surnommées Chinese walls, par analogie à la grande muraille de Chine), destinées à retenir les informations sensibles. Des séparations d’ailleurs parfois très concrètes, lorsque les divisions sont clairement logées à des étages ou des adresses différents. Mais dans la pratique, les murs ont des failles… A l’époque de la bulle internet, les différentes divisions des banques d’affaires étaient de véritables vases communicants. Il a ainsi été prouvé que, dans certains cas, des analystes ont rédigé des rapports dépourvus de toute logique, dans le seul but de pouvoir conseiller telle introduction en Bourse ou telle opération de capital. Des affaires qui ont conduit à une plus grande sévérité des règlements, mais sans exclure totalement les possibilités d’abus. Reste à voir à présent si les murs de Goldman Sachs sont vraiment percés et si de nouvelles affaires vont surgir. Une chose est claire cependant : l’actuelle réglementation du secteur bancaire n’est pas suffisamment solide. Si on veut éviter de nouveaux abus et même une nouvelle crise, les autorités doivent prendre des mesures, et de préférence de manière conjointe.

 

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