Analyse
Pays surendettés : quelles sont les options ? il y a 7 ans - lundi 3 mai 2010
Le rééchelonnement de la dette et le défaut de paiement sont deux possibilités qui s'offrent à un  pays qui ne serait pas à même d'honorer ses remboursements.

La saga grecque a dominé les marchés la semaine passée. Chaque jour, un nouvel épisode est ajouté. Le pays va-t-il bénéficier d’une aide ? A combien s’élèvera-t-elle ? Envisage-t-on un rééchelonnement de la dette ? La Grèce a cependant la chance d’appartenir à une communauté et d’avoir derrière elle des grands frères capables d’intervenir en cas de besoin. D’autres pays qui n’avaient pas cette chance ont bien dû se rendre à l’évidence : les deux seules options qui s’offraient à eux étaient le rééchelonnement de la dette ou le défaut de paiement.

Rééchelonnement et défaut de paiement
Beaucoup se souviennent encore de la crise survenue l’an passé dans l’émirat de Dubai, avec le holding Dubai World (actif notamment dans les activités portuaires, l’immobilier, les îles artificielles…). Fin 2009, l’émirat ne pouvait plus faire face à ses dettes et annonçait un retard de six mois pour une partie des remboursements. Entre-temps, ces six mois sont presqu’écoulés et des négociations sont en cours pour rééchelonner la dette. Un tel rééchelonnement permet à un Etat en situation financière délicate de revoir les conditions des dettes en cours ou arrivées à échéance, de manière à ce qu’il puisse toujours respecter ses obligations, ne sombre pas dans le défaut de paiement et ne devienne pas un débiteur douteux. Le rééchelonnement va de pair avec d’âpres négociations avec les créditeurs, lesquels doivent mettre de l’eau dans leur vin et intervenir financièrement. Dans la plupart des cas, les (substantiels) coupons sont réduits et peuvent être étalés sur une plus longue période. Le remboursement du capital peut aussi être reporté. Dubai a ainsi proposé en mars de rembourser le capital à 100 % à une date plus éloignée que la date d’échéance prévue et de payer un coupon annuel de 1 %, augmenté d’1 % supplémentaire à la fin des restructurations. Les créditeurs doivent encore donner leur aval.

L’exemple argentin
· Il semble clair qu’un rééchelonnement est préférable à un défaut de paiement (capital non remboursé). Le cas de l’Argentine l’a clairement démontré. Début 2002, le pays n’a plus remboursé ses dettes. En conséquence, les capitaux étrangers ont fui le pays, et la devise nationale, le peso, s’est dépréciée en un temps record, entraînant l’inflation dans une ascension vertigineuse. Ensuite, des négociations ont été entamées pour qu’au moins une partie des capitaux soit récupérée. Elles furent longues. De la sorte, pendant quatre ans, le pays n’a plus eu accès au marché international du crédit. Finalement, 76 % des obligations en cours ont été converties en des titres d’une valeur moins élevée (25 à 35 % du montant initial), avec des coupons moins élevés et des délais de remboursement plus longs.
· Pour le cas de la Grèce, une situation de défaut de paiement nous semble impensable. Pour la zone euro et sa solvabilité, ce serait un coup dur (et nous ne parlons pas encore ici du danger de contamination à d’autres pays de la zone, comme le Portugal, l’Espagne ou l’Irlande). Quant au rééchelonnement de la dette, c’est un scénario qui n’est plus exclu aujourd’hui, mais que nous ne privilégions pas de notre côté, pour les mêmes raisons évoquées ci-dessus.

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