Analyse
La Belgique en ligne de mire il y a 7 ans - jeudi 10 juin 2010
Au début de la semaine passée, la Belgique s'est retrouvée pour la première fois dans l'oeil du cyclone.  

Le marché ne ment pas. Il met en lumière les faiblesses de certains actifs. Vu que les investisseurs classiques, tels que les institutionnels, fuient ces derniers temps les pays dont la dette et le déficit sont élevés, ceux-ci sont entraînés dans une spirale descendante. Les spéculateurs y voient des possibilités de gains et accentuent encore le mouvement. L’exemple le plus parlant est bien sûr la Grèce. Jusqu’ici, notre pays y a échappé, mais plus tout à fait depuis la semaine passée.

En ligne de mire
Depuis tout un temps, les maillons faibles ne parviennent pas à se cacher. Et s’ils n’agissent pas rapidement par des mesures adéquates, ils peuvent se retrouver dans de délicates situations. Il y a un an et demi, la dégringolade des banques en a été l’exemple. Et depuis quelques mois, ce sont les Etats, leur dette publique ou leur devise qui sont concernés. En cas de menace, les investisseurs classiques sont les premiers à quitter le bateau, puis les spéculateurs entrent en jeu, en prenant diverses positions à la baisse. Des politiciens auraient tendance à faire croire que ces seuls spéculateurs sont la cause des mouvements. Mais il n’en est rien. Si un Etat ou un actif est pris dans la tourmente, c’est qu’il existe bel et bien un problème structurel.

La Grèce
La Grèce et ses finances douteuses se sont retrouvées dans l’œil du cyclone parce que le marché a craint un défaut de paiement. Plus les problèmes étaient évoqués, plus la crainte s’accentuait, ce qui a provoqué la chute des emprunts grecs (obligations de l’Etat grec vendues en masse et évitées par les investisseurs) et des CDS sur ces emprunts (produits dérivés pour se protéger contre un défaut de paiement). Au point que l’Union européenne a improvisé un plan de sauvetage. Par la suite, d’autres pays sont entrés dans cette macabre danse : le Portugal et l’Espagne et, dans une moindre mesure, l’Italie et l’Irlande. Vint ensuite la Hongrie qui, selon certains politiques, craindrait une situation «à la grecque». Enfin, au début de la semaine passée, la Belgique se trouvait pour la première fois dans la ligne de mire des investisseurs : ils ont vendu des obligations d’Etat, ont ainsi fait baisser les prix et grimper les taux (dans une mesure certes moindre que dans les pays précités).

La belge incertitude
La dette publique belge s’élève à 2,7 % du PIB. En 2009, le déficit public a atteint 6 %. La Belgique bénéficie cependant d’un taux d’épargne important (une grosse partie de la dette est financée par l’épargne citoyenne) et a la chance d’appartenir au noyau stable des pays de la zone euro (avec l’Allemagne, les Pays-Bas, le Luxembourg et la France). Elle a dès lors pu échapper longtemps à la tourmente.  Mais les choses ont subitement changé. Les élections et l’incertitude politique n’y sont pas étrangères. Les intervenants des marchés suivent surtout les médias anglo-saxons, qui évoquent de plus en plus la situation scabreuse de la Belgique. Ils craignent que le pays reste longtemps sans gouvernement et que les mesures d’assainissement ne se fassent trop attendre. Beaucoup pensent que la situation financière du pays pourrait s’aggraver. De plus, notre secteur bancaire n’est pas en pleine forme et assez lourdement investi en obligations de l’Etat grec. Il serait enfin exposé à la Hongrie (selon BNP Paribas, le banques belges seraient investies pour 17 milliards d’euros dans les pays de l’Est). Une restructuration de la dette serait un nouveau coup dur pour le secteur.

En conséquence
Tout ceci a eu sur les marchés des conséquences visibles. Le taux des emprunts de l’Etat belge à 5 ans a grimpé ces derniers jours de 0,50 % pour atteindre 2,53 %, alors que les emprunts d’Etat allemands se placent toujours à 1,45 %. La différence entre la Belgique et l’Allemagne atteint ainsi 1 %, contre 0,4 à 0,5 % auparavant. La confiance en la Belgique a clairement pris une gifle. Certes pas au point de rejoindre le club des pays du Sud. Mais son statut de pays stable est ébranlé. Le taux sur les emprunts portugais à 5 ans est cependant quant à lui de 3,91 %, soit sensiblement plus haut que le belge. Et s’il est vrai que le taux belge a bondi, il ne faut pas perdre de vue qu’il avait baissé auparavant, parce que les investisseurs qui fuyaient les dettes à problèmes, cherchaient refuge dans les pays du noyau stable. En outre, en France, les taux ont aussi grimpé ces derniers jours, même si c’est de manière moins spectaculaire. Le marché semble surtout sanctionner les pays qui tardent à prendre des mesures et dont le secteur bancaire reste fragile. Si la hausse des taux belges continue, les conséquences pourraient être douloureuses pour l’Etat et pour le consommateur, qui devra payer ses crédits plus chers. Certes, nos finances restent meilleures que celles des pays du Sud, mais il faudrait que l’impasse politique ne dure pas si on veut parer toute attaque des marchés. Il faut agir !

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