Analyse
L'Europe à l'heure de l'austérité il y a 7 ans - mardi 1 juin 2010
Si la zone euro parvient à résoudre la crise de la dette souveraine, elle devra ensuite retrouver une croissance durable. Un formidable défi au vu des mesures d’austérité nécessaires pour assainir les comptes publics, qui pèseront forcément sur nos économies.

Si l’affaiblissement de l’euro permet d’espérer une croissance par les exportations, les perspectives pour le marché intérieur ne nous semblent pas très porteuses.

Gardienne du temple, l’Allemagne choisit la voie
Vingt mois après le début de la crise financière et la mise en place de plans de relance et stimuli, l’heure est venue de payer la note. Pressés par la dégradation rapide des marchés obligataires des pays du sud de l’Europe et par les craintes liées à l’euro, les pays de la zone euro multiplient les plans d’austérité sensés rétablir l’équilibre des finances publiques. L’Allemagne a choisi de montrer la voie l’été dernier en incluant dans la constitution des amendements sur l’obligation de présenter des budgets équilibrés, le déficit budgétaire ne pouvant en aucun cas dépasser 0,35 % du PIB dès 2016. Jusque là, la baisse des prestations sociales et des hausses fiscales devraient lui permettre d’épargner 10 milliards EUR par an. En sacrifiant ainsi sa demande intérieure, l’Allemagne fait plus que jamais le pari de la croissance par les exportations. Mais raisonnable pour un pays très compétitif comme l’Allemagne, ce choix est nettement plus délicat pour d’autres pays, dont les problèmes financiers sont souvent liés à un manque de compétitivité internationale. Si la baisse généralisée de l’euro rendra leurs produits plus concurrentiels, cela ne suffira sans doute pas à compenser les mesures d’austérité qui devront être mises en place.

L’austérité ne fait que commencer
Pour l’instant, Paris a annoncé le gel des dépenses publiques jusqu’en 2013, Rome prévoit un programme de réduction des dépenses publiques afin d’épargner quelque 24 milliards EUR sur deux ans. Et l’Espagne annonce une baisse des salaires et des effectifs de la fonction publique pour réduire les dépenses publiques de 15 milliards sur deux ans. Un peu partout en Europe, les recettes sont semblables, mais leur ampleur reste insuffisante pour assainir les comptes publics. Alors que les déficits budgétaires approchent, voire dépassent, la centaine de milliards EUR par an et que l’endettement de la zone euro avoisine les 80 % du PIB, la plupart des plans d’austérité permettent, au mieux, d’épargner quelques dizaines de milliards sur plusieurs années. Il y a donc fort à parier que l’austérité en Europe ne fait que commencer et que les mesures annoncées seront renforcées par d’autres dans les mois et années à venir.

Un cercle vicieux pour l’économie européenne
Cette austérité aura inévitablement un impact négatif sur la croissance économique. La réduction du pouvoir d’achat découlant de la hausse généralisée de la charge fiscale et de la réduction des prestations sociales incitera les ménages à la plus grande prudence. De leur côté, les entreprises auront sans doute du mal à augmenter leurs marges bénéficiaires, d’autant plus qu’elles subiront aussi la hausse de la pression fiscale. Bien que nécessaires, ces plans d’austérité risquent in fine d’entraîner l’économie dans un cercle vicieux, où les mesures d’austérité se traduiront par une économie anémique, forçant les autorités à adopter des mesures de plus en plus dures en quête d’un assainissement illusoire.

L’euro à la rescousse ?
Ironiquement, la faiblesse de l’euro pourrait bien venir en aide à la zone euro. Deuxième exportateur mondial, l’Allemagne est le pays le plus favorisé. Mais il n’est pas le seul. La France et l’Italie commercialisent elles aussi une part considérable de leurs produits hors zone euro. Vu la baisse de 8 % depuis l’automne du taux de change de l’euro face aux devises des principaux partenaires commerciaux, une percée des exportations semble donc plausible pour ces pays. Seule ombre au tableau, si la situation financière de l’Europe n’est pas rose, celle du Japon et des Etats-Unis l’est encore moins. Tôt ou tard, ces pays seront eux aussi touchés par l’austérité. D’où viendra alors cette demande capable de tirer les économies européennes ? Le monde émergent pourra-t-il tirer à lui seul l’économie mondiale ?

Conclusion
Au vu des mesures d’austérité nécessaires pour rééquilibrer les comptes publics, la croissance devrait rester faible dans la zone euro. Evoluant dans des marchés peu porteurs et confrontées à une pression fiscale accrue, les entreprises (quasi) exclusivement présentes dans la zone euro devraient en pâtir. Face à cette réalité, les Bourses du Vieux Continent pourraient bien rester moroses. Nous prônons dès lors la plus grande sélectivité quant aux placements en Europe, d’autant plus que les Bourses ne sont pas spécialement bon marché. Certaines entreprises, bien présentes à l’étranger, nous semblent toutefois intéressantes. C’est notamment le cas de Deutsche Post, Axa, France Télécom, Telefónica, Novartis, Enel et EDP.

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