Analyse
Le Chili maintient le cap il y a 7 ans - mardi 20 juillet 2010
Où en sommes-nous aujourd'hui ?

Le 27 février dernier, un tremblement de terre d’une magnitude de 8,8 sur l’échelle de Richter frappait le Chili. Si certains redoutaient alors le pire pour ce pays d’Amérique latine, nous nous étions montrés optimistes quant à la capacité de l’économie chilienne à encaisser le choc. Où en sommes-nous aujourd’hui ?

 

L’heure des doutes

Les semaines qui ont suivi le séisme ont été pour le moins compliquées pour les autorités chiliennes. Car à l’urgence humanitaire sont ensuite venues se greffer les conséquences économiques du séisme.
Si l’épicentre était localisé loin des régions minières et que les secousses n’ont touché qu’un cinquième de l’industrie du pays, l’activité économique n’en a en effet pas moins été grandement affectée. Aux pertes liées directement aux dégâts occasionnés par le séisme, se sont ainsi ajoutées de nombreuses perturbations indirectes, avec un recul de la production électrique de 10 % et une désorganisation totale des moyens de transports qui a freiné à la fois la production et les exportations.
Contrairement aux premières prévisions qui se voulaient rassurantes, la production industrielle s’est alors effondrée de 17,4 % sur base annuelle en mars et c’est au final toute l’activité économique qui, au 1er trimestre, a reculé par rapport aux trois mois précédents. Déçus, les investisseurs ont sanctionné les valeurs vedettes de la Bourse de Santiago, provoquant le recul du marché chilien au moment même où les autres places boursières à travers le globe progressaient de 5 à 10 %.

 

La bonne réponse

Si la chute de la production industrielle a été nettement plus forte qu’attendu, le boom de la consommation et des investissements a par contre agréablement surpris. Peu endetté et disposant de 11 milliards de dollars placés à l’étranger dans un fond de réserve, le Chili n’a en effet eu aucun problème pour financer le coût de la reconstruction, estimé à 8,4 milliards de dollars, et les travaux ont dès lors pu commencer rapidement. Résultat, la production d’électricité a affiché dès le mois d’avril une croissance de 2,7 % par rapport à l’année précédente et la production industrielle est revenue pratiquement au même niveau que douze mois plus tôt. Quant à la croissance, elle est revenue en force dès le 2e trimestre.
Cette évolution conjoncturelle a complètement balayé les craintes nées du ralentissement économique de mars et après avoir baissé ce mois-là à contre-courant de la tendance générale, la Bourse de Santiago s’est de nouveau distinguée au 2e trimestre, progressant de 6,8 % pendant que les principales places mondiales chutaient fortement.


Une devise en forme

Le peso chilien a été l’autre grand gagnant du rebond économique au 2e trimestre. De mars à avril, alors que de nombreuses devises, euro en tête, étaient bousculées sur le marché des changes, la devise chilienne s’est ainsi appréciée de 6 % par rapport à la monnaie unique. Une évolution qui peut s’expliquer par plusieurs éléments. Tout d’abord, le retour des investisseurs en Bourse de Santiago a renforcé la demande pour le peso et donc la valeur de celui-ci. Ensuite, le rapatriement d’une partie des avoirs étrangers du gouvernement pour financer la reconstruction a encore gonflé ces flux. Enfin, plus structurellement parlant, le peso chilien présente des gages de solidité particulièrement recherchés à l’heure où le problème de la dette a pris une place centrale dans le choix des devises par les investisseurs. Le Chili, qui n’a pratiquement pas de dette ni de déficit public, bénéficie ainsi de la meilleure notation d’Amérique latine, à un niveau supérieur à plusieurs pays européens.
De plus, le peso profitera encore à court terme du durcissement monétaire initié par la Banque centrale qui, compte tenu de la rapide amélioration conjoncturelle, a déjà relevé ses taux directeurs à deux reprises depuis le 15 juin.

 

Pour vos placements

Au lendemain du séisme, nous vous avions conseillé (Focus du 8 mars) d’investir en actions chiliennes à travers deux produits cotés en Bourse de New York, à savoir : le fonds fermé Chile Fund (code : CH) et le tracker iShares MSCI Chile Investable Market Index Fund (code : ECH). Depuis, la valeur de ces deux fonds, après conversion en euro et en tenant compte des dividendes versés entre-temps, a progressé respectivement de 5 et 12 %, malgré un environnement boursier peu favorable au niveau mondial.
Durant les prochains trimestres, si les dépenses en biens durables et les investissements ralentiront au fur et à mesure de l’évolution de la reconstruction, la production minière devrait elle reprendre son rôle de moteur, laissant présager une croissance comprise entre 4 et 5 % cette année.
La Bourse de Santiago en profitera lentement dans les prochains mois, tandis que le peso chilien, de son côté, bénéficiera des flux d’investissements pour rester ferme.
Dans ces conditions, les investisseurs qui ont suivi nos conseils en mars dernier peuvent conserver leurs actifs chiliens. Nous ne conseillons par contre plus d’acheter compte tenu de la hausse des derniers mois.

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