Analyse
Marché des changes sens dessus dessous il y a 6 ans - mercredi 22 septembre 2010

Depuis le début de l’année, certaines devises ont connu de fortes fluctuations. Plusieurs taux de change ont atteint des niveaux historiques et les valorisations de certaines monnaies se sont aujourd’hui sensiblement écartées de leur valeur d’équilibre. Quid de l’impact sur nos conseils ?

 

Pluie de records

Chute de respectivement 10, 11 et 16 % par rapport à la couronne suédoise, au franc suisse et au yen ; perte de 10 % face aux dollars canadien, australien et néo-zélandais ; repli de 11 % par rapport à la roupie indienne et au réal brésilien : telle est l’évolution singulière de l’euro depuis le début de l’année. Jamais depuis sa création, la monnaie unique n’avait atteint un niveau aussi faible par rapport au franc suisse et au dollar australien. Quant à son taux de change vis-à-vis du yen, il est au plus bas depuis neuf ans !
Plusieurs éléments peuvent expliquer cette glissade, comme la crise de la dette étatique sur le Vieux Continent. Cependant, si l’endettement de certains Etats européens est bel et bien problématique, la plupart des pays de la zone euro présentent une situation financière tout à fait gérable. De plus, le financement des dettes étatiques ne pose dans l’ensemble aucun problème puisque l’Europe ne présente pas de déficit d’épargne. D’ailleurs, le champion de l’endettement n’est pas un pays du Vieux Continent, mais le Japon avec une dette équivalant à 200 % du PIB !

Conjoncture et valeurs refuges

Il nous semble plus judicieux d’aborder l’évolution sur le marché des changes sous l’angle conjoncturel. La hausse des dollars canadien et australien s’explique ainsi, surtout, par le dynamisme de leurs économies. Dans les pays émergents, la vigueur des devises locales s’explique par l’afflux d’investissements étrangers. A l’inverse, la zone euro est délaissée par les investisseurs en raison, surtout, des faibles perspectives économiques. Ce sont du reste ces mêmes faibles perspectives économiques en Europe, mais aussi aux Etats-Unis, qui expliquent la force du franc suisse et du yen. Car avec l’intégration monétaire européenne et la disparition du Deutsche Mark, la devise helvétique est devenue la seule valeur refuge du Vieux Continent. Quant au yen, il profite de l’attitude des investisseurs qui privilégient la monnaie japonaise à la première bourrasque sur les marchés financiers internationaux.

Marché incontrôlable

Tous ces comportements conduisent toutefois certaines devises à des niveaux exagérés. Avec un franc suisse au plus haut face à l’euro et un yen au plus haut face au dollar depuis 15 ans, les industriels helvétiques et nippons réclament une intervention des autorités monétaires et publiques pour affaiblir leur devise domestique. Mais les choses ne sont pas aussi simples. Le marché des changes a pratiquement triplé en une décennie et des échanges de devises pour 4 000 milliards de dollars s’effectuent aujourd’hui quotidiennement. En quatre jours, les transactions effectuées sur le marché des changes correspondent aux échanges commerciaux d’une année ! Face à ce gigantesque marché, plus aucune autorité n’a vraiment le pouvoir, à elle seule, d’inverser une tendance. L’achat massif de devises entre mars 2009 et mai 2010 par la Banque nationale suisse n’a ainsi pas empêché la devise helvétique de continuer à s’apprécier.
Plus puissante, la Banque du Japon veut encore y croire et essaie à son tour d’orienter le marché des changes. Pour la première fois depuis mars 2004, le Japon est ainsi intervenu directement sur le marché des changes ce 15 septembre pour faire baisser la valeur du yen. En 2004, rien que pour stabiliser leur devise, les autorités japonaises avaient bataillé 15 mois et vendu 35 000 milliards de yens (324 milliards USD). Nul doute que la partie ne sera pas plus facile cette fois-ci…

Nos conseils

Ceux qui ont suivi nos conseils et ont diversifié leurs placements à travers des devises comme le franc suisse, la couronne suédoise ou les dollars australien, canadien et néo-zélandais, ont engrangé ces derniers mois d’importants gains au niveau du change. D’un autre côté, les possibilités se sont aussi réduites à mesure que l’euro perdait du terrain face à ces mêmes devises, sans compter que le retour de l’interventionnisme japonais accentue les incertitudes et la volatilité.
Désormais fortement surévalués, les dollars australien et néo-zélandais ne présentent plus de perspectives de hausse. Ils ne sont donc plus à l’achat mais peuvent toujours être conservés. A l’inverse, le dollar canadien, même s’il est lui aussi légèrement surévalué, présente encore une tendance haussière qui justifie toujours un achat.
Quant au franc suisse, il devrait encore profiter des doutes concernant la reprise économique et constitue toujours un placement défensif de choix. Toujours nettement sous-évaluée, la couronne suédoise, enfin, est l’autre devise incontournable.

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