Analyse
Le Brésil tourne la page Lula il y a 6 ans - mardi 5 octobre 2010

Même si un second tour sera finalement nécessaire pour désigner Dilma Rousseff, la candidate du Parti des Travailleurs, comme nouvelle Présidente, les élections au Brésil ne se sont jamais déroulées aussi sereinement. Tout le mérite en revient à un seul homme, le Président sortant Lula.


Le révolutionnaire assagi

En 2002, le Brésil fait frémir les marchés financiers en élisant à la présidence Luiz Inacio Lula da Silva, ouvrier syndicaliste, fondateur et chef du Parti des Travailleurs. Très vite toutefois, Lula rassure. Il s’engage à respecter les engagements du Brésil, comme le paiement de la dette, et à poursuivre la politique de stabilisation de son prédécesseur. Des taux d’intérêt élevés permettent en particulier de garder l’inflation sous contrôle alors qu’au niveau budgétaire, la limitation des dépenses de l’État et l’austérité fiscale évitent le dérapage des finances publiques.
Mais la présidence de Lula marque aussi une rupture avec le passé. Les privatisations sont stoppées et une certaine sécurité sociale pour les populations les plus pauvres est mise en place. Si Lula renonce à redistribuer aux petits paysans des terres exploitées par les grandes sociétés privées, il leur octroie néanmoins des terres en friche. Parallèlement, il relance le secteur agro-industriel et les exportations agricoles qui, avec les minerais, deviennent le fer de lance du commerce extérieur. Un choix à l’origine d’une incroyable dynamique économique au Brésil grâce à l’extraordinaire essor chinois qui a fait exploser les prix.

Deux pieds pour avancer

Limiter le renouveau brésilien aux exportations de matières premières serait toutefois réducteur. Stabilité et dynamisme économique ont fait reculer le chômage et permis à une importante classe moyenne avide de consommer d’émerger.
La revalorisation du salaire minimum, qui a presque doublé sous Lula, a aussi soutenu la demande domestique. Quant aux aides sociales aux plus démunis, elles ont permis à ces derniers de devenir eux aussi des consommateurs. Enfin, grâce à la stabilité financière et au contrôle de l’inflation, le crédit à la consommation a connu un véritable boum.
Autant d’éléments qui ont renforcé les dépenses des ménages, dynamisé le marché domestique, favorisé le développement des sociétés nationales et suscité l’intérêt de groupes étrangers pour ce pays aux perspectives retrouvées.

La rançon du succès

Grâce à ses bons fondamentaux économiques, le Brésil a surmonté la récession plus rapidement que la plupart des autres pays. Et avec une croissance annuelle de près de 9 % au 2e trimestre, son économie affiche une forme insolente.
Pour contrer les pressions inflationnistes qui accompagnent cette reprise, la Banque centrale a déjà dû relever son taux directeur de 2 % pour l’amener à… 10,75 % !
Ces bonnes performances économiques et ces taux d’intérêt élevés attirent inévitablement des capitaux étrangers et par conséquent, le real ne cesse de s’apprécier sur le marché des changes. Une hausse qui inquiète les autorités, lesquelles multiplient les interventions avec, notamment, une taxe sur les investissements étrangers spéculatifs depuis octobre 2009 et l’achat quotidien de dollars depuis ce 9 juillet. Mais jusqu’à présent, la monnaie brésilienne continue de s’apprécier malgré son caractère clairement surévalué.

Une transition délicate ?

La nouvelle présidence n’aura pas forcément la tâche facile.
La force du real finira inévitablement par peser sur les exportations. Quant à l’explosion de la dette des ménages, si elle a permis le boum de la consommation et grandement contribué au dynamisme économique des dernières années, elle n’est pas tenable à long terme. Il faudra donc freiner tôt ou tard cette frénésie du crédit pour favoriser une certaine épargne domestique. Enfin, un vaste plan d’investissements dans les infrastructures et l’enseignement attend aussi le prochain gouvernement.
Le Brésil va donc se retrouver rapidement à la croisée des chemins, où il s’agira de mener les bonnes politiques pour pérenniser l’ère de prospérité actuelle. Il a toutefois, selon nous, les moyens de négocier ce nouveau virage avec succès.

Nos conseils

Malgré la surévaluation de la devise, un investissement sur le marché boursier brésilien mérite donc le détour. Compte tenu des défis à venir, la progression de l’économie brésilienne ne sera toutefois pas linéaire et des turbulences ne sont pas à exclure dans les prochaines années. Nous recommandons dès lors uniquement d’investir en actions brésiliennes à titre de diversification (max. 5 % du portefeuille) à condition, qui plus est, d’avoir un profil de risque dynamique et un horizon de placement suffisamment long (min. 10 ans).
Pour accéder à la Bourse brésilienne, notre revue sœur Fonds & Sicav recommande le tracker Lyxor ETF Brazil, disponible sur Euronext Paris (ISIN : FR0010408799 ; ticker RIO). Côté actions, vous pouvez acheter Sabesp, une société spécialisée dans l’approvisionnement en eau.

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