Analyse
Qui va sauver l’Irlande ? il y a 6 ans - mardi 12 octobre 2010

Si les banques irlandaises sont aujourd’hui sauvées, le pays paiera encore longtemps leur implosion, et au prix fort.

 

Ancien tigre économique de la zone euro, depuis 2007, l’Irlande a vu son économie se contracter d’environ 15 % et sa dette passer de 25 à 100 % du PIB ! En cause, ses banques qui, après avoir financé le boom immobilier du pays, ont implosé dans la foulée de la crise financière mondiale.

Âge d’or…

L’Irlande a, pendant longtemps, été une grande success story de l’Union européenne. Grâce à sa politique fiscale très avantageuse pour les sociétés et à une main-d’œuvre flexible, le pays a attiré les investisseurs étrangers en masse. Ensuite, l’entrée dans la zone euro a fait le reste, avec des taux d’intérêt souvent inférieurs à l’inflation, qui ont incité les Irlandais à se ruer sur l’immobilier et à dépenser tant et plus. Résultat, de 2000 à 2007, une hausse du PIB par habitant de 50 % et une multiplication par deux des prix de l’immobilier !

… et descente aux enfers

Mais cet enrichissement subit et la flambée de l’immobilier ont aussi détourné les ménages de l’épargne. Les banques irlandaises ont alors dû se tourner vers les marchés interbancaires de la zone euro pour emprunter les fonds à prêter à leurs clients. Parmi celles-ci, l’Anglo Irish Bank. Spécialisée dans le financement des promoteurs immobiliers, en 2007, ses prêts représentaient l’équivalent de la moitié du PIB du pays ! Compte tenu d’une telle exposition, la crise financière de 2008, le gel des marchés du crédit et la dégringolade du marché immobilier ne pouvaient que précipiter sa chute. Elle ne fut hélas pas la seule à tomber et face à la situation catastrophique de l’ensemble des banques irlandaises, l’Etat a choisi de garantir la totalité de leurs engagements.
De quelques milliards d’euros au départ, le coût de ce sauvetage a été revu plusieurs fois depuis pour atteindre aujourd’hui 50 milliards d’euros, soit environ un tiers du PIB du pays ou plus de 11 000 EUR pour chaque Irlandais. Le déficit budgétaire prévu pour 2010 est passé de 12 à 32 % alors que la dette devrait approcher les 100 % du PIB et, dans le meilleur des cas, pas moins de 120 % en 2014 !

Mais qui sauvera l’Irlande ?

Au-delà, l’évolution de la dette irlandaise dépendra surtout du retour de la croissance. Bien sûr, avec une main-d’œuvre toujours très flexible, des salaires en baisse et une fiscalité très favorable pour les entreprises, le pays semble en mesure de retrouver rapidement sa compétitivité. Néanmoins, le défi reste de taille. Car si plusieurs plans d’austérité ont déjà été adoptés (baisse des salaires de la fonction publique de 13 %, licenciement de milliers de fonctionnaires et forte réduction des dépenses publiques), ces mesures n’ont pas encore permis de contrer la chute libre des recettes fiscales.
Dans ces conditions, le Ministre des Finances vient d’annoncer un nouveau plan avec, plus que probablement, de nouvelles baisses de salaires, de nouveaux licenciements et une charge fiscale accrue sur les ménages. Un pari risqué dans la mesure où le chômage (déjà à 13,9 %) est susceptible d’encore augmenter, laissant ainsi un nombre croissant de ménages dans l’incapacité de rembourser leurs prêts hypothécaires, ce qui n’est guère de nature à redonner le sourire aux banques. Pire, de plus en plus d’Irlandais seraient prêts à quitter le pays ! Difficile, dans ce contexte, de croire à une reprise. Or, sans elle, l’économie irlandaise se retrouvera dans un cercle vicieux de faible croissance et d’austérité toujours plus importante, poussant la dette publique au-delà des 140 % du PIB aux alentours de 2015… De quoi justifier la révision à la baisse de la note du pays par les agences de notation, comme Fitch dernièrement.

Financement à court terme déjà assuré, mais…

Si la révision à la hausse du coût du sauvetage des banques a propulsé les taux irlandais à près de 7 % sur les marchés secondaires (niveau plus observé depuis 1997), cet élément n’a qu’une importance toute relative pour Dublin, car le pays dispose de suffisamment de réserves pour assurer son financement jusque l’été 2011. L’Irlande n’est donc pas dans l’urgence et a près d’un an pour rassurer les marchés. Une mission possible, mais pas forcément simple : l’économie semble au bord de la récession, la situation sur le marché immobilier et de l’emploi continue de se détériorer et les élections législatives de 2012 pourraient être avancées en raison du mécontentement grandissant.

En conclusion…

L’Irlande paiera encore longtemps les excès des secteurs bancaire et immobilier, mais comme elle n’a pas de besoin urgent de capitaux, ses taux d’intérêt restent inférieurs aux taux grecs. Pour notre part, nous déconseillons la multiplication des paris sur les pays périphériques de la zone euro en raison de la corrélation élevée entre ces actifs. En l’état actuel des choses, la Grèce nous apparaît toujours plus intéressante pour l’investisseur qui souhaite parier sur ces pays tout en étant conscient des risques.

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