Analyse
La dette souveraine menace les pays développés il y a 6 ans - mercredi 29 décembre 2010

La crise financière qui a éclaté pendant l’été 2008 a fait exploser l’endettement public dans de nombreux pays développés. La dette souveraine est devenue le problème n°1 des autorités politiques et monétaires.

 

Des chiffres à donner le tournis

Les finances publiques des pays développés sont désormais plus dégradées qu’elles ne l’étaient à la fin de la seconde guerre mondiale. Si à l’époque, l’endettement colossal s’expliquait par le coût du conflit, la situation actuelle ne peut pas être imputée à la seule crise financière. Dans les années 50-60, l’endettement public s’est automatiquement réduit par la forte croissance économique. De 60 % du PIB en 1950, la dette du G7 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni et Canada) est ainsi tombée à 35 % en 1974. Par la suite cependant, à la faveur de crises économiques et de choix budgétaires discutables, la tendance s’est inversée. La dette des pays industrialisés augmentait systématiquement lors des ralentissements conjoncturels et se stabilisait le plus souvent en période de forte croissance. En conséquence, l’endettement atteignait déjà 80 % du PIB en 2007. Globalement, les pays du G7 et la plupart des autres nations développées sont donc entrés dans la crise avec un niveau d’endettement déjà très élevé. Alors que la crise financière débouchait sur la pire récession depuis la grande dépression des années 30, il ne faut dès lors pas s’étonner de l’état actuel des finances publiques. La baisse automatique des recettes fiscales, la hausse des prestations sociales, les mesures budgétaires de relance et l’aide financière étatique aux banques ont fait déraper les comptes publics. Avec un trou budgétaire en 2009 de 12,9 % du PIB aux Etats-Unis, de 10,3 % au Royaume-Uni, de 10,2 % au Japon et de 6,3 % dans la zone euro, les déficits publics ont atteint des sommets. En 2010, l’amélioration ne sera que marginale et, avec une croissance économique modeste, les déficits resteront élevés pendant plusieurs années. Pour 2015, les dernières prévisions du FMI annoncent une dette publique de 89,3 % du PIB dans la zone euro, de 110,7 % aux USA et de 249,2 % au Japon.

Un problème ne vient jamais seul

Le problème de l’endettement public excessif est d’autant plus crucial que les pays développés doivent faire face au vieillissement de la population. Les conséquences de ce phénomène sont identifiées depuis longtemps : hausse des dépenses en pension et dérapage du coût des soins de santé. Mais la plupart des gouvernements ont sous-estimé l’impact financier et tardé à réagir. Dans les pays du G7, à politiques égales, d’ici 20 ans, le paiement des pensions absorbera 10 % du PIB contre 7 % aujourd’hui. Toutefois, les réformes en cours limiteront ce dérapage à 1 % du PIB. Globalement, le défi des pensions futures n’est donc insurmontable dans aucun pays développé. Par contre, le problème des dépenses en soins de santé s’avèrera plus difficile à résoudre. Les dernières projections du FMI tablent ainsi globalement sur une hausse d’au moins 3 % du PIB pour les dépenses en soins de santé d’ici 2030.

Partant de la situation actuelle où les finances publiques affichent un important déficit et en tenant compte des conséquences du vieillissement de la population, la dette des pays du G7 atteindrait 200 % du PIB en 2020 et serait totalement hors de contrôle en l’absence d’ajustements budgétaires. L’urgence est donc de mise. D’autant plus que ces projections du FMI n’incorporent pas l’hypothèse d’une brusque hausse des taux d’intérêt. Et pourtant, les tensions des derniers mois sur certaines dettes étatiques européennes montrent que les marchés ne sont plus prêts à financer tout à n’importe quel prix. L’exemple du Japon qui gère sans peine une dette colossale n’est en effet pas transposable. Le Japon est structurellement en excès d’épargne, alors que l’équilibre prévaut sur le Vieux-Continent et que les Etats-Unis présentent un déficit. Et alors que les investisseurs japonais s’intéressent peu aux marchés étrangers et privilégient les obligations domestiques, leurs homologues européens et américains n’hésitent pas à chercher meilleure fortune dans les marchés émergents, détournant une partie de l’épargne domestique du financement public.

Une arithmétique implacable

Un fort endettement expose d’une part les pays industrialisés aux humeurs des marchés financiers, et empêchera d’autre part toute réponse budgétaire à une prochaine crise économique. Une approche politique courageuse qui laisse de côté les faux-fuyants est donc indispensable. Il ne faut ainsi pas compter uniquement sur la croissance économique pour résorber la dette publique. D’ailleurs, avant la crise, alors que la conjoncture était favorable, peu de pays industrialisés affichaient un surplus budgétaire. Aujourd’hui, alors que de nouvelles dépenses sont apparues, que des recettes seront durablement rabotées, comme les taxes immobilières dans les pays où la bulle immobilière a éclaté, et que la charge de l’endettement a augmenté, ce déséquilibre des comptes publics ne saurait être automatiquement réduit par la seule croissance. De même, viser une inflation plus élevée pour alléger la facture budgétaire n’est pas la solution. S’il est vrai qu’une hausse inattendue de l’inflation réduit la valeur réelle de la dette publique, cela ne fonctionne qu’à court terme. En effet si l’inflation devient systématiquement plus élevée, les agents économiques anticipent et exigent des taux d’intérêt plus élevés pour compenser cette érosion monétaire. A moyen et long terme, le refinancement de la dette est donc plus onéreux, ce qui atténue l’effet initial bénéfique. Une étude du FMI montre ainsi qu’une inflation moyenne de 6 % aux Etats-Unis plutôt que les prévisions actuelles de 2 % fait passer la dette de 83,8 % du PIB en 2009 à 94,6 % en 2014 plutôt que 103,1 %. Une forte inflation réduit donc bel et bien la dette future mais n’empêche pas cette dernière d’augmenter. En définitive, ni le retour de la croissance, ni un dérapage des prix n’épargnera l’austérité budgétaire aux pays industrialisés. Le seul moyen de réduire la dette publique sera de dégager un excédent des comptes publics. Hausse de la fiscalité et baisse des dépenses publiques sont donc inévitables dans les pays développés.

Quelles conséquences…

Typiquement, l’assainissement budgétaire affecte la demande domestique et provoque une hausse du chômage. Historiquement, il débouche aussi sur une baisse des taux d’intérêt, ce qui peut soutenir l’activité économique. Mais aujourd’hui, alors que le loyer de l’argent est très faible suite à l’action énergique des banques centrales, une poursuite de la baisse des taux est peu probable. Espérer que la hausse de la consommation des ménages compense la baisse des dépenses publiques est également illusoire. Après avoir réduit leur taux d’épargne cette dernière décennie et avoir considérablement augmenté leur endettement, les ménages veulent rétablir leurs finances. L’inquiétude concernant les soins de santé et les pensions futures risque aussi d’inciter à augmenter l’épargne de précaution, au détriment de la consommation. La baisse de la devise et un boom des exportations sont d’autres éléments qui ont souvent amorti l’impact économique de la rigueur budgétaire. Mais ce qui est possible lorsque la rigueur touche l’un ou l’autre pays ne l’est pas aujourd’hui, alors que l’austérité s’impose à quasi l’ensemble des nations développées. Si une devise se déprécie, une autre doit s’apprécier. Et si un pays gagne des parts de marché à l’exportation, c’est forcément au détriment d’un autre. D’un pays à l’autre, l’ajustement budgétaire requis sera certes différent. Il dépendra du niveau initial d’endettement, mais aussi des taux à payer pour se financer, de la croissance et du timing choisi ou imposé par les marchés. Les conséquences de l’austérité seront donc elles aussi différentes, une forte inflation ou une dévaluation compétitive pouvant en outre en atténuer l’impact. Mais globalement, la croissance des pays développés en pâtira.

…pour quelle stratégie ?

Le marché obligataire est le premier touché par le problème de la dette. Les craintes concernant certaines dettes étatiques propulsent les taux que doivent offrir ces titres vers des sommets mais précipitent les taux sans risque à des minima historiques. Entre la sécurité qui ne rapporte quasi rien et le risque dont la forte rémunération pourrait ne pas compenser les pertes subies en cas de restructuration de la dette, il n’existe aucun choix optimum. Finalement, c’est encore le compte d’épargne qui, grâce à la concurrence entre banques, offre une rémunération correcte pour de l’argent mobilisable immédiatement. L’investisseur souhaitant se prémunir contre les turpitudes de l’euro diversifiera ses avoirs en (sicav d’) obligations en franc suisse, en dollar canadien ou encore en couronnes danoise et suédoise, des devises d’Etats aux finances saines.

Côté actions, l’austérité budgétaire pénalisera la croissance des pays développés et les bénéfices des entreprises présentes dans ces régions. Nous restons donc sélectifs et privilégions les actions bon marché, d’entreprises aux finances saines et/ou présentes dans les pays émergents, lesquels connaissent une croissance forte. Nous conseillons aussi d’investir dans ces pays par le biais de sicav ou de trackers. A court terme, on ne peut toutefois exclure des soubresauts. Les pays émergents souffriront du ralentissement de la reprise dans les pays industrialisés et, alors qu’ils attirent massivement les investissements, le risque de formation d’une bulle est bien réel. A n’envisager donc qu’à titre de diversification de votre portefeuille (maximum 10 à 20 %), si vous en acceptez le risque.

Pour vous aider à choisir les meilleurs placements compte tenu de vos objectifs :
– nos portefeuilles à la carte
– notre sélecteur d’actions
– notre sélecteur d’obligations
– notre sélecteur de sicav

Partagez cet article