Analyse
Menaces sur la Corée du Sud il y a 6 ans - mercredi 1 décembre 2010

Les récents échanges de tirs entre les deux Corées ont immanquablement fait resurgir le spectre d’un nouveau conflit coréen. S’agit-il toutefois là de la plus grande menace pour la Corée du Sud ?

 

Deux mondes diamétralement opposés

Séparés par l’histoire, Nord-Coréens et Sud-Coréens vivent dans deux mondes totalement différents. Alors que les premiers subissent les politiques désastreuses d’un régime autoritaire en déliquescence, les seconds profitent d’une économie dynamique tournée vers le monde. Frappée par la récession mondiale en 2008, l’économie sud-coréenne s’est aujourd’hui fortement redressée au point d’afficher une croissance du PIB de 6,5 % sur les 9 premiers mois de cette année (sur base annuelle). La santé du groupe Hyundai-Kia - qui a détrôné le japonais Toyota au niveau des ventes de voitures en Europe et occupe le rang de premier constructeur asiatique sur le Vieux Continent, est révélatrice de ce dynamisme. C’est aussi le signe que le pays joue désormais dans la cour des grands et n’est plus une simple économie émergente. Cela se remarque non seulement à la nature de sa production, tournée vers des produits à haute valeur ajoutée qui concurrencent directement la production occidentale, mais aussi à la structure du PIB. Car à côté du boom des exportations et des investissements, les moteurs habituels d’une économie émergente, la consommation des ménages joue elle aussi un rôle central. Paradoxalement toutefois, si la Corée du Nord paie son isolement économique et politique au prix fort, la Corée du Sud est elle fragilisée par… sa grande ouverture au monde.

Ouverture contre fermeture

Fondant sa stratégie de développement sur son intégration dans les flux internationaux, la Corée du Sud a adopté une position très ouverte vis-à-vis des flux financiers étrangers. Hormis le nucléaire et la diffusion radiophonique et télévisée, tous les secteurs d’activité sont ainsi entièrement ouverts aux investissements étrangers. Le marché des capitaux est lui aussi entièrement ouvert, avec la faculté pour les non-résidents d’acquérir actions, obligations et autres actifs financiers coréens à leur guise. Du fait de cette grande ouverture, la Corée a massivement attiré les investisseurs étrangers, mais revers de la médaille, elle est aussi tributaire de l’humeur des marchés. Des tensions régionales comme les échanges de tirs nord-sud ou les crises internationales peuvent ainsi déboucher sur de fortes fluctuations financières. Après la faillite de Lehman Brothers par exemple, la fuite de capitaux a été plus marquée en Corée que dans les autres pays asiatiques. A l’inverse, les liquidités injectées par la Réserve fédérale américaine, la Banque d’Angleterre et la Banque centrale européenne ont massivement retrouvé le chemin de Séoul depuis le début de l’année. Et la semaine dernière, les tensions entre les deux Corées ont instantanément provoqué des turbulences sur les marchés coréens.


Impossible équilibre

Les afflux de capitaux étrangers avivant les pressions haussières sur le won et menaçant de la sorte les exportations et la croissance du pays, les autorités monétaires de Séoul ont décidé d’orienter davantage la valeur de leur devise en accélérant l’accumulation des réserves de change. Seulement, cet achat massif de devises étrangères implique aussi une hausse des wons en circulation dans l’économie, ce qui peut déboucher sur un dérapage des prix. Un phénomène qu’il est certes possible de contrer par une hausse des taux d’intérêt, mais la hausse du loyer de l’argent aurait alors pour effet de renforcer l’attractivité du won, justement combattue par les autorités ! Les autorités coréennes pourraient neutraliser les achats de devises étrangères en empruntant/rachetant sur le marché obligataire les wons ainsi injectés. Ayant déjà eu massivement recours à cette méthode, cela augmenterait cependant encore l’exposition déjà trop grande de la Banque centrale au marché de la dette. Et l'Etat absorbant les liquidités disponibles en wons, le secteur privé n'aurait alors d'autre solution que de se tourner encore un peu plus vers l’étranger pour assurer son financement. L’exemple coréen est donc la preuve, une fois de plus, de l’incompatibilité entre objectif de change et ciblage de l’inflation dans un système de libre circulation des capitaux.

Menaces extérieures

La Corée du Sud doit à vrai dire faire face à deux menaces. L’une militaire avec son voisin du Nord, l’autre financière avec des flux internationaux volatils et déstabilisateurs. Si la première peut raisonnablement trouver une solution politique négociée, la seconde est plus difficile à écarter. Car entre accepter l’appréciation du won, augmenter la tolérance inflationniste et instaurer le contrôle des capitaux, le choix des autorités est difficile. La première solution menacerait les exportations, l’autre la consommation domestique et la troisième les investissements. Avec à la clé toujours la même victime, l’activité économique.


Dans un contexte où les actifs coréens sont appelés à traverser des vents contraires et d’importantes zones de turbulences en raison de l’impact des décisions politiques et monétaires sur les fondamentaux économiques, mieux vaut donc selon nous rester à l’écart.

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