Analyse
La Chine est à un tournant il y a 6 ans - mercredi 12 janvier 2011

Avec une croissance de 10 % en 2010, la Chine affiche toujours une insolente santé. Pourtant, sa Bourse évoque un bilan en demi-teinte. L’économie chinoise est à un tournant, mais les perspectives restent très prometteuses. De quoi dynamiser votre portefeuille !

 

Retour de l’inflation

Face à la récession des pays développés et à l’arrêt du commerce international, la Chine a mis en place un plan pour relancer la demande dans son pays et compenser la baisse des exportations. Relance budgétaire et ouverture des vannes du crédit ont réussi à dynamiser les investissements et la consommation, permettant à l’économie de préserver sa croissance. Mais le boom de la demande domestique a aussi provoqué un dérapage des prix. L’inflation a grimpé pour atteindre 5,1 % en novembre, son maximum sur deux ans. Avec une hausse (annuelle) de 3,2 % sur les 11 premiers mois de 2010, l’objectif de 3 % a été dépassé, ce qui n’est pas sans effrayer les autorités, qui y voient aussi les germes de la contestation sociale. De plus, qui dit forte inflation dit érosion du pouvoir d’achat, ce qui est incompatible avec le rééquilibrage vers davantage de consommation intérieure et moins de dépendance aux exportations.

Changement de cap monétaire

Dans un premier temps, les autorités se sont contentées d’intervenir sur certains produits de première nécessité. Ensuite, ce fut au tour de la lutte contre la spéculation et du contrôle de certains prix. Toutes ces mesures restant inefficaces, il a fallu s’attaquer aux vraies racines : l’explosion de la masse monétaire (argent en circulation). Le gouvernement a limité l’octroi des crédits et relevé les réserves obligatoires que doivent détenir les banques. Enfin, pour la première fois depuis trois ans, les taux directeurs ont, été relevés par deux fois de 0,25 %. Un changement de cap qui explique la modeste performance boursière chinoise en 2010.

Calendrier politique

Si le loyer de l’argent sera sans aucun doute encore relevé ces prochains mois, il ne faut pas non plus en exagérer la portée. De «très» accommodante, la politique monétaire devient «simplement» accommodante et il ne faut pas craindre de brusque ralentissement de la croissance. L’économie chinoise pourra toujours compter sur la consommation des ménages qui profitent enfin de l’essor économique et voient leurs revenus augmenter. Quant à la croissance des investissements, si elle sera moins forte vu le durcissement monétaire et la fin du plan de relance, le calendrier politique (électoral) la soutiendra dès le second semestre : pour asseoir leur pouvoir, les dirigeants en place se doivent de présenter des résultats flatteurs. Et si les années creuses entre deux congrès sont l’occasion de refroidir une économie toujours au bord de la surchauffe, la relance sera assurément de mise à l’approche du congrès de 2012. Enfin, les exportations resteront au cœur du dynamisme chinois, avec un commerce extérieur toujours en excédent.

Transition

La Chine se trouve à un tournant, avec le rééquilibrage de son développement vers davantage de demande intérieure. Un changement qui provoque des tensions et altère quelque peu ses performances économiques. Favoriser la demande intérieure attise les pressions inflationnistes, d’où les mesures des autorités. Si celles-ci pèseront légèrement sur la croissance, elles permettront aussi d’éviter le dérapage de l’économie et la formation d’une bulle immobilière. Ce rééquilibrage érode aussi la performance productive du pays, les gains de productivité des biens domestiques qui ne participent pas au commerce international étant moins rapides. Néanmoins, le modèle économique développé par les autorités chinoises est aussi plus équilibré, moins tributaire des cycles économiques internationaux et plus à même d’assurer le développement du pays à long terme.

Nos conseils

Même si on ne peut exclure des soubresauts à court terme, la Chine et ses marchés boursiers constituent toujours une source de diversification intéressante dans un portefeuille équilibré. Vous pouvez y consacrer environ 10 % de votre portefeuille (ou 5 % pour un portefeuille défensif à cinq ans).
Notre préférence va à la sicav Fidelity China Focus A EUR disponible sans frais d’entrée chez Deutsche Bank et BinckBank. Les plus audacieux peuvent aussi investir dans les actions individuelles de sociétés chinoises (nous suivons à présent China Medical Technologies).

 

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