Analyse
Les pays émergents pour dynamiser votre portefeuille il y a 6 ans - mardi 4 janvier 2011

Au contraire du monde industrialisé, les pays émergents ont de saines finances et des consommateurs riches en épargne. Leur bonne forme pourrait bien se prolonger ces prochaines années. Pour dynamiser votre portefeuille, le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine méritent le détour.

 

La belle santé des pays émergents

Malgré le rebond enregistré en 2010, l’Europe et le Japon restent loin de leurs niveaux de production d’avant la crise. Plus proches de ces niveaux, les Etats-Unis restent malgré tout en retrait. L’histoire est tout autre pour les pays émergents qui, emmenés par la locomotive chinoise, ont vu leur activité économique progresser à un bon rythme. Pour 2010 et 2011, leur croissance est attendue par le FMI à respectivement 7,1 et 6,4 %, contre 2,7 et 2,2 % pour les pays industrialisés. La tendance restera inchangée entre 2012 et 2015, avec une croissance de l’ordre de 6,6 % dans le monde émergent, contre 2,5 % dans les pays industrialisés.

 

Enfin le découplage ?

Cette performance est souvent perçue comme la preuve du découplage croissant entre les pays émergents et le monde industrialisé. Les progrès des pays émergents sont indéniables. En assainissant leurs finances publiques, en s’intégrant davantage dans le commerce mondial et en dynamisant leurs marchés intérieurs, ces économies sont mieux préparées pour affronter les périodes de passage à vide du monde industrialisé. En outre, les échanges commerciaux entre pays émergents se sont fortement accélérés ces dernières années. Surtout au niveau des matières premières dans un premier temps, mais progressivement, d’autres secteurs ont été concernés. De quoi réduire encore la dépendance envers les pays du G7 et les Etats-Unis en particulier. Faut-il pour autant parler de découplage ? Pas si sûr. L’intégration de ces pays dans le commerce mondial semble même les exposer davantage à ce qui se passe ailleurs, en témoigne l’arrivée massive des investissements étrangers grâce aux politiques monétaires très laxistes des pays industrialisés.

 

Plébiscités par les investisseurs

Découplage ou pas, le dynamisme des pays émergents attire les investisseurs qui se précipitent sur ces marchés. Les investissements ont dès lors connu un important boom, qui n’aurait sans doute pas connu pareille ampleur sans les injections massives de liquidités dans les pays industrialisés. Injectés pour réintroduire plus de dynamisme dans les économies de ces derniers, les fonds empruntés à des taux très bas par le système financier sont aussitôt investis en grande partie dans les pays émergents pour plusieurs raisons :
– Face à l’augmentation de la charge fiscale et aux plans d’austérité dans les pays industrialisés, les pays émergents offrent de meilleures perspectives de croissance.
– Alors que la dette publique des pays de l’OCDE approche les 100 % du PIB, celle des pays émergents est de l’ordre de 36 %. Certes, les écarts sont importants : la dette publique indienne atteint 71 % du PIB et celle du Brésil 66 %. Mais l’enfant terrible que fut jadis la Turquie présente une dette de 35 %. Chine et Russie sont à 19 et 13 % respectivement (graphique 2). Des niveaux qui restent tout à fait gérables, surtout au vu des beaux taux de croissance affichés.
– Les rendements offerts sur la dette d’Etat des pays industrialisés sont déprimés.
– Enfin, le yuan restant sous-évalué face au dollar américain et strictement contrôlé par Pékin, bon nombre d’autres pays asiatiques gèrent aussi leur devise afin d’enrayer toute appréciation qui serait nuisible à leur compétitivité. Dès lors, beaucoup de ces devises sont perçues comme étant sous-évaluées face à l’euro et au dollar. De quoi inciter les investisseurs à chercher à tout prix à s’exposer à ces devises, appelées à s’apprécier tôt ou tard.

 

Des économies en surrégime

Si le potentiel des pays émergents reste important, les taux de croissance annoncés cette année par nombre d’entre eux dépassent ce potentiel. Ce n’est donc pas une surprise si l’inflation perce un peu partout dans le monde émergent, signalant un danger de surchauffe généralisée. La Chine est l’exemple le plus flagrant. A force de contenir l’appréciation du yuan pour garder ses exportations compétitives et d’inonder le marché intérieur de crédits pour stimuler son économie, la Chine a connu en 2009-2010 un boom de l’investissement sans précédent. Pour le ralentir, Pékin vient d’augmenter les taux d’intérêt et le taux de réserves obligatoires des banques. Des mesures mal reçues par les marchés, mais essentielles dans l’optique d’un atterrissage en douceur de l’économie. Mais si le risque de surchauffe est le danger le plus immédiat, il n’est pas le seul. D’abord parce que nombre de pays émergents restent largement tributaires des capitaux étrangers pour assurer leur croissance. Or, en cas de nouvelle turbulence du système financier, les investisseurs pourraient rapatrier rapidement leurs capitaux. Vient ensuite un risque politique : face à une croissance molle et des taux de chômage élevés, le monde industrialisé risque de se montrer plus protectionniste et la mise en place de freins aux importations n’est pas exclue, ce qui nuirait aux exportateurs issus des pays émergents.

 

L’obligataire à éviter

Si les pays émergents offrent de meilleures perspectives de croissance et des finances plus saines que le monde industrialisé, il ne faut pas pour autant y investir à tout va. C’est le cas de l’obligataire. Le différentiel de taux entre les obligations émises par les pays émergents et les pays industrialisés s’est fortement réduit, au point que le Brésil ou le Mexique se financent aujourd’hui à des taux à peine plus élevés que les Etats-Unis et moins élevés que l’Italie. A ces taux, le coussin dont dispose l’investisseur pour amortir d’éventuels chocs nous semble trop limité. Certes, la situation financière des pays émergents est bonne, mais ces acquis sont récents et restent fragiles. Mieux vaut donc rester à l’écart.

 

Des Bourses intéressantes pour le long terme

Les marchés d’actions offrent par contre encore de bonnes perspectives que vous pouvez exploiter. Voyez nos conseils ci-dessous. Pour les répartir de manière équilibrée dans votre portefeuille, consultez notre stratégie.

 

Brésil
En plein boom du crédit, le Brésil connaît une forte hausse de la demande des ménages et des investissements. De quoi lui permettre d’atteindre une croissance de 6,7 % au troisième trimestre. Le pays ne saurait cependant tenir un tel taux sur le long terme et à 5,6 % en novembre, l’inflation inquiète suffisamment les autorités monétaires pour les inciter à relever leur taux directeur, à 10,75 %. Pour améliorer son potentiel de croissance, le Brésil devra donc se moderniser. Après une année 2010 décevante avec une progression de 1 % en monnaie locale et de 14 % en euro, la Bourse de São Paulo est bien placée pour profiter du renouveau attendu. Optez pour le tracker Lyxor ETF Brazil (Ibobespa) coté sur Euronext Bruxelles ou pour les actions des sociétés comme Sabesp et Telesp (télécoms).

 

Russie
La situation de la Russie est fort semblable : là aussi, la demande des ménages progresse à un bon rythme et là aussi, l’inflation se fait menaçante. Mais la Russie dispose de l’atout pétrole dont les revenus permettent à Moscou de financer la modernisation de ses infrastructures. En outre, la Russie affiche une dette publique extrêmement réduite, des réserves de change parmi les plus importantes au monde et une Bourse de Moscou particulièrement bon marché malgré une hausse de 31 % (en EUR) en 2010. Vous pouvez y investir au travers des sicav BNPP L1 Equity Russia, Parvest Equity Russia et Pictet Russian Equities P EUR.

 

Inde
Parmi les plus endettés des pays émergents et avec une Bourse de Bombay qui a encore grimpé de 29 % (en EUR) en 2010, l’Inde offre un scénario plus contrasté. Le pays présente cependant un potentiel très important, grâce e.a. à une démographie très favorable et à une classe moyenne en plein essor. Il mérite encore une place en portefeuille, via la sicav Franklin India A EUR.

 

Chine
La Chine allie une des devises les moins chères à une économie qui devrait continuer d’offrir une croissance très importante. La Bourse chinoise (Hong-Kong compris) a gagné 12 % (en EUR) en 2010. Elle reste encore très intéressante compte tenu de son immense potentiel. Vous pouvez y prendre position grâce à la sicav Fidelity China Focus A EUR.

 

Turquie
La Turquie allie finances publiques assainies et croissance forte (+ 5,5 % au troisième trimestre). Profitant de sa position géographique pour devenir une véritable plaque tournante entre l’Europe, l’Asie centrale et le Moyen-Orient, elle affiche un beau dynamisme. Mais la Bourse d’Istanbul ne nous semble plus bon marché au point d’encore acheter. Vous pouvez par contre conserver.

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