Analyse
Commission d’enquête parlementaire américaine : un rapport accablant il y a 6 ans - mardi 22 février 2011

Le très volumineux rapport de la commission d’enquête parlementaire américain consacré à la crise financière permet de tirer des enseignements sur les mécanismes ayant entraîné le système financier mondial au bord du gouffre.


Selon le très volumineux rapport de la commission d’enquête parlementaire américain consacré à la crise financière, le premier responsable est Alan Greenspan, l’ancien président de la banque centrale américaine. Il est accusé d’avoir encouragé la dérégulation financière sauvage et d’avoir refusé de prendre des mesures pour stopper les pratiques les plus toxiques en matière de financement immobilier. Le gendarme de la Bourse, la SEC, est aussi épinglé pour son médiocre contrôle des banques d’affaires. Enfin, les agences de notation sont pointées du doigt pour leur aveuglement quant au risque représenté par les produits financiers complexes qu’elles étaient chargées d’évaluer.

 

Aux Etats-Unis, ce rapport, qui arrive bien après le lancement de la réforme financière, ne débouchera sur rien de concret. Mais en Europe, où l’on discute toujours de la réforme des marchés, la lecture attentive du rapport n’est pas superflue. Malgré la crise des dernières années et la disparition de certains établissements, le contrôle des risques pris par les banques reste insuffisant. Lors de la publication de leurs résultats annuels, les banques font la part belle à la remontée des profits, mais se montrent beaucoup plus discrètes quant à leur exposition aux dettes souveraines et aux conséquences sur leur bilan d’un défaut de remboursement. Même discrétion quant à l’exposition des banques américaines et européennes à l’immobilier commercial, une autre bombe à retardement. Autre inconnue : jusqu’à quel point le système bancaire est-il soutenu par les différentes banques centrales ? Standard & Poor’s estime à 577 milliards d’euros le besoin en fonds propres supplémentaires de 75 banques au niveau mondial. Sans être apocalyptique, ce chiffre dessine un paysage bancaire toujours fragile.

 

Les nouveaux « stress tests » annoncés pour l’été seront décisifs pour le bilan de santé du secteur financier, mais aussi pour la crédibilité des autorités de régulation, dont la nouvelle Autorité bancaire européenne, récemment installée à Londres. D’ici là, elles peuvent se plonger dans le rapport du congrès américain pour en tirer de précieux enseignements.

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