Analyse
La BCE cherche sa voie il y a 6 ans - mardi 22 février 2011

L’Allemand Axel Weber était pressenti pour devenir le troisième président de la Banque centrale européenne (BCE). Il vient toutefois de jeter l’éponge, relançant le débat sur la voie que doit suivre la BCE entre lutte prioritaire contre l’inflation et politique plus accommodante de soutien à la croissance économique.


Axel Weber l’orthodoxe

Pour Axel Weber, l’actuel président de la Banque centrale allemande, la mission première d’une banque centrale est la lutte contre l’inflation, seul gage d’une économie saine à long terme. Or, cette vision orthodoxe est devenue minoritaire au sein même de la BCE, au point de le faire renoncer carrément à la course à la nomination. La crise économique a en effet obligé la BCE à ne plus s’occuper seulement de l’inflation, le rôle qui lui est dévolu, mais aussi à soutenir l’économie à travers une politique davantage interventionniste – injection de liquidités, rachats d’obligations –, à l’instar de ce que font les banques centrales américaine ou anglaise.

 

La lutte prioritaire contre l’inflation, quitte à affecter temporairement l’économie, a pourtant été, jadis, très populaire. La Banque centrale américaine (Fed) est ainsi parvenue à ramener l’inflation de 13,5 % en 1980 à 3,2 % à peine en 1983 au prix d’une politique très sévère. Les taux directeurs ont en effet augmenté à l’époque jusqu’à 20 %, plongeant le pays en récession. Une décision courageuse qui a contribué à assainir l’économie américaine et à poser les bases d’une longue période d’inflation contenue, même si son impact sur la croissance a aussi été indéniable.

 

Des politiques éternellement accommodantes ?

Les choses ont bien changé depuis. La Fed préfère désormais assurer le court terme et tente même d’influencer les cours des marchés financiers, s’inquiétant peu des bulles qu’elle contribue à créer. Elle inonde ainsi les marchés de liquidités pour faire repartir les prix à la hausse en recourant à la fameuse planche à billets, avec la création de pas moins de 2 000 milliards de dollars en 2008-2009 et 600 milliards de plus depuis fin 2010.

 

Face à cela, les taux directeurs à 1 % et les timides interventions de la BCE pour racheter de la dette souveraine des pays en difficulté témoignent d’une politique prudente. Certains voudraient dès lors voir une BCE plus active sur les marchés, n’hésitant pas racheter massivement la dette des Etats. Selon eux, la BCE détiendrait la solution miracle à tous les problèmes de financement des pays périphériques de la zone euro.

 

Quelle crédibilité pour la BCE ?

Hélas, pareille politique monétaire entraînerait aussi des risques importants. Tout d’abord parce que les mauvais élèves de la zone euro échapperaient à la sanction des marchés. Difficile, dans ces conditions, de croire qu’ils seraient prêts à appliquer les réformes douloureuses qui s’imposent pour régler les problèmes de compétitivité de leurs économies. En outre, une BCE aussi impliquée dans les affaires des différents pays risquerait de devenir un instrument politique de plus et de voir son indépendance menacée. Or, une banque centrale politisée nuirait certainement à la crédibilité de l’euro. Une banque centrale qui laisserait déraper l’inflation comme le fait aujourd’hui la Banque centrale d’Angleterre serait aussi un souci de taille pour les épargnants et les investisseurs qui risqueraient de voir leur capital érodé et/ou les taux d’intérêt s’envoler.

 

Conclusion

Le successeur de Jean-Claude Trichet à la tête de la BCE n’est pas encore connu, mais les décisions de politique monétaire étant prises de façon collégiale, cela importe finalement peu. Par contre, notre banque centrale ne peut en aucun cas perdre de vue sa mission première, à savoir le maintien de la stabilité des prix. Certes, à l’heure où les pays industrialisés manquent des moyens financiers nécessaires pour soutenir leur reprise encore fragile, la tentation de faire appel à la BCE et d’influer sur ses décisions est grande. Mais celle-ci est une institution relativement jeune, qui fait face à sa première crise majeure. Elle doit dès lors veiller avant tout à rester indépendante et à ce que sa politique monétaire reste crédible à long terme.

 

Pour l’investisseur, toute la question est donc de savoir si la BCE sera perçue comme étant bien capable de maîtriser l’inflation. Dans le cas contraire, les taux obligataires pourraient augmenter sensiblement. Compte tenu de ce risque, nous vous déconseillons toujours des placements obligataires en euro à trop longue échéance.

 

De la crédibilité de la BCE dépendra aussi la solidité de l’euro. Les dérives d’une politique monétaire trop laxiste pourraient en effet constituer les germes de la prochaine crise. Nous n’en sommes bien sûr pas là, mais nous privilégions dans nos portefeuilles les (sicav d’)obligations de pays à l’endettement réduit et aux finances saines comme la Suisse, la Suède, le Danemark et le Canada. Celles-ci constitueront un matelas de sécurité appréciable en cas de nouvelle tempête sur les marchés financiers.

 

Retrouvez nos conseils grâce à notre sélecteur de sicav.

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