Analyse
Chaos en Libye, inquiétudes en Europe il y a 6 ans - mercredi 2 mars 2011

La contestation populaire en Libye n’est pas sans conséquence pour les marchés financiers. Faut-il s’en inquiéter ?

 

Au secours !

Au pouvoir depuis plus de 41 ans après un coup d’Etat militaire, l’autoproclamé colonel Kadhafi semble prêt à tout pour rester leader de la Libye, choisissant même de réprimer son peuple dans le sang. Au-delà de cette tournure dramatique, les marchés boursiers ont aussi été pris dans la tourmente. Les investisseurs se sont repliés vers les valeurs refuges, qui ont enregistré de nouveaux records. L’once d’or dépassé les 1 400 USD et le franc suisse est au plus haut face à l’euro.

 

Liens privilégiés avec l’Occident…

La crise libyenne a eu un impact beaucoup plus fort sur les marchés que les autres soulèvements arabes. Car après être restée longtemps au ban des nations à cause de ses implications dans le terrorisme mondial, la Libye est devenue ces dernières années le nouvel eldorado africain pour de nombreuses entreprises occidentales. Depuis la fin des sanctions en 2006, les relations économiques et financières entre la Libye et le reste du monde se sont intensifiées. En quelques années, les exportations libyennes ont doublé. La plupart des compagnies occidentales actives dans le pétrole se sont installées en Libye. Les grands travaux d’infrastructures lancés Kadhafi ont attiré les géants européens. Enfin, les fabricants d’armes se sont pressés aux portillons pour proposer leurs produits dans le cadre de la modernisation des forces militaires et de police.

 

Italie dans la tourmente

Le 21 février, la Bourse de Milan a perdu 3,6 %. L’Italie est le premier partenaire de la Libye, son ancienne colonie. Elle absorbe le tiers des exportations libyennes vers l’Europe et est le premier fournisseur de la Libye. Les flux financiers entre les deux pays sont importants. Via son fonds souverain, la Libye a massivement investi dans l’économie italienne. Elle a des participations dans des entreprises pour 3,6 milliards d’euros et contrôle notamment 7,6 % d’UniCredit, la deuxième banque d’Italie, 2 % de Finmeccanica, 0,5 % d’ENI et même 7,6 % de la Juventus de Turin.

 

Beaucoup de pétrole

La crainte des investisseurs se focalise surtout sur le prix du pétrole. Avec une production journalière de 1,6 million de barils, à destination essentiellement de l’Europe, et en détenant 3,5 % des réserves mondiales, la Libye est une véritable puissance pétrolière. La crainte d’une suspension de l’approvisionnement en pétrole a propulsé le prix du baril vers des niveaux inégalés depuis deux ans et demi (il a frôlé les 120 USD). Dans les pays occidentaux, les investisseurs craignent qu’une flambée durable pénalise le pouvoir d’achat et menace une consommation encore fragile. Les pressions inflationnistes qui inquiètent déjà les autorités monétaires dans plusieurs pays seraient en outre attisées. Dans la sphère émergente, alors que l’inflation est déjà problématique et oblige les banques centrales à durcir leur politique, l’envolée de l’inflation à la suite des prix pétroliers est la plus grande menace. Les investisseurs craignent donc pour la croissance mondiale et recherchent les valeurs refuges, au détriment des indices boursiers.

 

Stratégie

La crise libyenne accroît la volatilité des marchés et réduit la visibilité. Inutile toutefois de vendre précipitamment vos actions. La hausse du pétrole serait problématique si elle devait durer, mais rien n’indique que ce sera le cas. Nous misons plutôt sur une stabilisation des prix à moyen terme, certes à un niveau plus élevé qu’avant la crise. Craindre d’ores et déjà un dérapage de l’inflation et un retour de la récession est prématuré.

 

Pour les plus défensifs, divers placements permettent de se protéger des turbulences.

 

Nous recommandons :
- le franc suisse, à travers la sicav d’obligations KBC Renta Swissrenta.
- l’or via un tracker (e.a. Gold Bullion Securities).
- les obligations liées à l’inflation, dont le coupon et/ou le capital à l’échéance suivent l’évolution des prix, offrent une bonne protection; et les sicav qui y investissent, dont notamment Amundi Euro Inflation Bond.

 

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