Analyse
Le 17 mars, l’Italie a fêté les 150 ans de son unification il y a 6 ans - mercredi 30 mars 2011

Mais la troisième économie de la zone euro ne doit-elle pas réinventer son avenir ?

Troisième économie de la zone euro et membre du G7, l’Italie est souvent ignorée par les investisseurs internationaux. Pour cause : malgré des atouts indéniables, elle est aussi minée par des problèmes de fond importants et une image ingrate, nourrie par l’instabilité politique et un endettement public élevé. Les opportunités d’investissement y sont rares.

 

Secteur privé prudent…

Quand le système financier mondial s’est retrouvé au bord du gouffre en 2008 dans la foulée de la crise des subprimes aux Etats-Unis, le secteur financier italien a lui été assez peu touché. Les banques italiennes avaient en effet choisi, pour la plupart, de rester à l’écart d’un marché très complexe. Une relative prudence qui n’est pas que l’apanage des banques.
Alors qu’un peu partout dans la zone euro, le consommateur a profité de l’avènement de la monnaie unique et du crédit bon marché pour faire exploser son endettement, les ménages italiens n’ont eux suivi que partiellement le mouvement. Si le taux d’endettement moyen des ménages de la zone euro atteignait ainsi 96 % des revenus en 2009, avec un pic à plus de 240 % aux Pays-Bas et des taux de plus de 100 % en Espagne, au Portugal et en Irlande, ce même taux n’était que de 60 % en Italie ! Une prudence encore confirmée par le taux d’épargne, toujours à 12,1 % des revenus disponibles au 3e trimestre 2010.

 

Secteur public exsangue

Hélas, on ne peut en dire autant au niveau de l’Etat. Suite à un déficit budgétaire égal à 4,6 % du PIB en 2010, la dette publique italienne a atteint 119 % du PIB, soit le deuxième taux le plus élevé des grandes économies, derrière le Japon. Certes, Rome fait valoir que si l’on tient compte du taux d’endettement total (public + privé), la dette italienne est similaire à celle de la France et nettement moins élevée que celle du Royaume-Uni. Mais cet argument ne tient pas : à l’heure où les marchés ont les yeux rivés sur les problèmes de la dette souveraine en Europe et où un retour de l’inflation se précise, ce qui pourrait entraîner une hausse des taux d’intérêt, il y a fort à parier que le financement de cette dette publique coûtera de plus en plus cher à l’Etat.

 

Démographie peu favorable, emploi fossilisé

La dette publique est d’autant plus inquiétante que l’Italie affiche des données démographiques peu favorables. Le taux de natalité y est un des plus faibles de la zone euro et le vieillissement de la population est un des plus rapides des pays industrialisés. En 2020, 22,7 % des Italiens auront 65 ans ou plus, soit le taux le plus élevé d’Europe. Il faudra donc financer les pensions d’un nombre grandissant de retraités. Un défi de taille, d’autant que le taux d’emploi italien figure parmi les plus bas d’Europe et que ce marché du travail est particulièrement peu favorable aux jeunes. Alors que le taux de chômage des moins de 25 ans en Allemagne dépasse à peine 8 % et que la moyenne en Europe est de 20 %, l’Italie affiche ainsi un taux de chômage des jeunes de… 29,4 %.

 

Economie peu dynamique

La démographie pèse aussi sur le dynamisme économique. Selon Eurostat, la population ne devrait pas augmenter d’ici 2060, contrairement à ce qui se passera au Royaume-Uni ou en France. Or, sachant que les gains de productivité restent limités, on peut s’attendre à une évolution très mesurée du potentiel du pays avec, selon nous, une croissance à long terme légèrement inférieure à 1 %.

L’Italie est du reste victime du regain de compétitivité allemand. Innovante et dynamique, l’industrie italienne a longtemps tenu la dragée haute à l’Allemagne. Mais grâce à une décennie de modération salariale, les exportateurs teutons ont réduit leur handicap en termes de coûts de production. Et aujourd’hui, l’Italie ne peut plus dévaluer sa devise comme elle le faisait du temps de la lire pour réduire les prix de ses produits à l’exportation. L’Italie en souffre et voit sa part du commerce mondial diminuer sans cesse.

 

Le secteur privé pourrait être la base d’une belle croissance. Il suffirait de pas grand-chose pour relancer l’économie. Mais il faut faire face aux dysfonctionnements de l’Etat et d’un marché du travail incapable d’absorber les jeunes. L’Italie reste dès lors peu intéressante aux yeux des investisseurs internationaux.

 

La Bourse de Milan, correctement évaluée, présente peu d’opportunités, hormis Enel et Telecom Italia. Quant aux obligations gouvernementales, le problème de la dette souveraine européenne étant loin d’être réglé, vu la hausse attendue des taux d’intérêt (qui rendra le financement de l’Etat italien plus coûteux) et les fondamentaux peu encourageants de la dette du pays, le différentiel de taux d’environ 1,2 % entre la dette italienne à 5 ans et celle de l’Allemagne nous semble insuffisant au vu des risques.

 

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