Analyse
Crise de la dette dans la zone euro : nouvel espoir ? il y a 6 ans - mardi 5 avril 2011

La crise de la dette publique dans la zone euro a fait un retour remarqué avec les déboires du Portugal. Mais cette fois, l’Union européenne est prête à intervenir. Suffisant pour éviter la restructuration de la dette des pays fragiles ?


Politique des petits pas

Les chefs d’Etats de l’Union ont pris de nouvelles mesures pour renforcer les mécanismes de règlement de la crise dans la zone euro. Et ce qui semblait inimaginable à l’aube de la crise de la dette grecque, à savoir un certain fédéralisme budgétaire, se met petit à petit en place, même s’il reste très partiel et ne dit pas son nom. En clair, il a donc été décidé d’augmenter la capacité de prêt du Fonds de stabilité financière européenne de manière à pouvoir soutenir les pays les plus fragiles, comme la Grèce, l’Irlande et le Portugal, jusqu’en 2013. Ensuite, un mécanisme de stabilisation européen prendra le relais. D’exceptionnelle et temporaire lors du sauvetage de la Grèce, l’aide européenne devient donc progressivement ordinaire et durable.
En autorisant par ailleurs l’achat d’obligations d’Etats sur le marché primaire pour pallier l’absence de demande privée pour la dette problématique, les dirigeants européens ont aussi brisé un tabou et avancé dans la solidarité européenne.

 

Solidarité renforcée

Au-delà des nouvelles mesures, dont les modalités pratiques doivent encore être finalisées d’ici juin, ce sont les nouvelles conditions accordées à la Grèce qui témoignent le plus de la nouvelle solidarité financière au sein de l’Union européenne. La durée des prêts consentis au gouvernement grec a ainsi été allongée de 2015 à 2021, et les taux d’intérêt abaissés de 1 %. Assurément une sacrée différence ! Sans aide européenne, et compte tenu de son endettement ainsi que des perspectives de croissance, le gouvernement grec aurait en effet dû dégager un surplus budgétaire – hors charges d’intérêts – de 13 % du PIB pour stabiliser sa situation financière. Autant dire mission impossible. Or, avec les nouvelles conditions, un surplus de 2 % du PIB devrait suffire, même si tout reste à faire.

 

Nouveau scénario

L’Union européenne semble avoir adopté une véritable stratégie pour surmonter la crise de l’endettement public.
Elle ne veut plus, comme avant, sanctionner par des conditions drastiques les pays ayant laissé leurs finances publiques déraper. Pour autant que ces pays acceptent certaines concessions, elle est même prête à accorder des conditions de prêt avantageuses. C’est là l’ébauche d’un fédéralisme budgétaire à travers une subvention des taux d’intérêt des pays en difficulté par les nations aux finances publiques plus solides. En prévoyant un nouveau mécanisme en 2013, l’Union européenne inscrit par ailleurs son aide budgétaire dans la durée et s’engage durablement à reprendre le rôle du privé dans le financement de certaines dettes publiques. Et en refusant d’agir sur le marché secondaire, les dirigeants européens obligent la BCE à continuer d’acheter de la dette étatique existante en cas de fortes tensions obligataires, pour éviter l’envol des taux d’intérêt et, par ricochet, du coût de financement des pays.
Cette nouvelle réponse européenne laissera donc plus de temps aux pays en difficulté pour assainir leurs finances et réduit fortement la probabilité d’une restructuration de la dette dans les années à venir. Elle permettra aussi aux investisseurs d’attendre plus sereinement l’échéance des bons d’Etat et de se désengager sans perte au niveau des obligations gouvernementales des pays fragiles. Enfin, cela éloigne également le spectre d’une nouvelle crise bancaire.

 

Nouvel espoir ?

Positives pour les pays fragiles et les investisseurs privés, les mesures de l’Union européenne ne sont toutefois pas sans risques. Si un défaut de paiement à court terme apparaît désormais peu probable, il ne peut être exclu à moyen ou long terme. Et si l’effort budgétaire demandé à la Grèce est moins lourd, il n’en reste pas moins un vrai défi pour un pays sans discipline fiscale depuis des décennies et, qui plus est, toujours en récession. La solidarité européenne par l’octroi de taux d’intérêt privilégiés n’est par ailleurs possible que si la taille des dettes à supporter n’affecte pas le rating des nations qui financent le mécanisme. Cela suppose donc que l’aide européenne se limite à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal. Enfin, ce fragile équilibre ne résisterait pas à une hausse brutale et généralisée des taux sur le marché obligataire.

Investir en obligations d’Etats européens périphériques au-delà de 2013 n’est pas conseillé.
Si vous en acceptez néanmoins le risque, misez sur des échéances courtes, limitez l’investissement à 5 % de votre portefeuille et optez pour ces obligations de l’Etat grec (marché secondaire) :
– ISIN GR0124018525, échéance : 18/05/2012, coupon : 5,25 %, prix : 92,25 %, rendement net : 12,19 %) ;
– ISIN GR0124021552, échéance : 20/05/2013, coupon : 4,60 %, prix : 82,50 %, rendement net : 13,93 %).
Compte tenu des risques, limitez cet investissement à 5 % maximum de votre portefeuille.

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