Analyse
Accord sur la dette portugaise il y a 6 ans - vendredi 6 mai 2011

Près d’un mois après avoir demandé l’aide de l’Europe et du Fonds Monétaire International, le Portugal est parvenu à un accord de prêt sur trois ans pour un total de 78 milliards d’euros.

 

Questions en suspens

Même si un accord a été atteint, des questions majeures subsistent.

Le taux d’intérêt auquel le prêt sera octroyé au Portugal ne devrait pas être connu avant la prochaine réunion des ministres de l’économie et finances européens à la mi-mai. D’après le chef de mission du Fonds Monétaire international, il devrait être compris entre 3,25 % et 4,25 %.

L’aval des autres pays-membres de la zone euro reste incertain, car l’unanimité nécessaire à un feu vert risque d’être rendue difficile par la Finlande, qui se montre particulièrement critique envers ces sauvetages à répétition des pays de la périphérie.

Remèdes classiques

Les mesures d’austérité à mettre en place et les engagements pris par Lisbonne pour assumer la situation sont désormais connus.

Le Portugal s’engage à atteindre en 2013 un déficit budgétaire inférieur à 3 % du PIB. Pour y parvenir, il a inclus dans l’accord une vaste série de mesures, classiques lors de ce genre d’intervention, et qui devraient concerner tant la politique fiscale que les dépenses et les investissements publics.

Côté dépenses, la santé, l’éducation, les pensions de retraite et les indemnités de chômage sont visées. A cela vient s’ajouter une simplification du fonctionnement des administrations, avec au passage, une réduction du nombre de fonctionnaires, ce qui devrait permettre à l’Etat portugais de se faire plus économe.

Côté recettes, ce sont l’augmentation des accises sur le tabac et l’automobile ainsi que des changements du régime de la TVA, de l’impôt sur le revenu et de l’impôt sur les sociétés qui devraient contribuer à remplir les coffres de l’Etat.

L’accord prévoit en outre une plus grande flexibilité du marché du travail.

Mesures étendues

L’accord va au-delà des mesures classiques et vise un grand nombre de secteurs d’activité.

Le secteur bancaire est concerné. Douze milliards d’euros de ce prêt seront injectés dans les banques du pays, pour assurer la solvabilité du secteur. Par contre, les banques sont priées de présenter fin 2012 des fonds propres de l’ordre de 10 %. En même temps, la Banque centrale portugaise devra assurer un suivi rapproché du secteur, forçant les banques à une plus grande transparence en ce qui concerne les créances douteuses, tout en veillant à ce que le désendettement se poursuive.

Les partenariats entre secteur public et privé seront sous la loupe. Souvent ruineux pour les finances publiques, ils feront l’objet d’une évaluation indépendante. L’Etat devra aussi procéder à un vaste plan de privatisations, qui toucheront les transports, l’énergie, les communications et l’assurance. Une privatisation accompagnée de la libéralisation de ces marchés.

Le système judiciaire, une des bêtes noires des responsables portugais et des investisseurs, pour sa lenteur notoire, devra être réformé.

L’accord prétend dynamiser le marché du logement et, en particulier, celui de la location. Dans un pays qui compte un des taux de propriété les plus élevés d’Europe, un plus grand équilibre entre les droits et les devoirs de propriétaires et locataires devrait inciter à une meilleure utilisation des capacités de logement du pays, mais également à une plus grande mobilité des familles.

Un long chemin

Le cahier de charge que doit imposer Lisbonne est d’une grande ampleur. Car il ne s’agit pas de résoudre un simple problème de trésorerie, mais de remettre le pays sur une trajectoire de compétitivité, permettant de retrouver une croissance équilibrée à moyen terme. Les défis seront douloureux. Mais ils devraient poser les bases d’un pays mieux géré, plus compétitif et financièrement plus solide. Conscients de la difficulté de la tâche, FMI et Union Européenne assureront un suivi trimestriel des mesures, afin de détecter et corriger au plus vite tout dérapage éventuel. Pour le Portugal, c’est un long chemin qui commence.


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