Analyse
Europe : qui sera le prochain maillon faible ? il y a 6 ans - mardi 31 mai 2011

La déroute électorale du Premier ministre espagnol et la mise sous surveillance négative de l’Italie et de la Belgique par les agences de notation ont ravivé les craintes d’une propagation de la crise de la dette souveraine dans la zone euro.


Nous diversifions nos positions obligataires.

 

Italie : dette publique élevée, croissance faible

Tandis que beaucoup voyaient en l’Espagne le prochain maillon faible, il aura suffi de l’annonce d’une détérioration des perspectives de la dette italienne par S&P pour braquer tous les regards sur l’Italie. Et comme d’habitude, l’annonce de l’agence de notation a poussé les autorités du pays concerné à formuler une série de mesures d’austérité, histoire de parer au plus pressé. Seulement, le problème de fond persiste : avec une dette publique égale à 120 % du PIB, un potentiel de croissance limité et une population vieillissante, l’Italie aura bien du mal à inverser la tendance et à assainir durablement ses finances. Bien sûr, le secteur privé et les ménages, surtout, sont assez peu endettés. Gros épargnants, ils continuent à financer sans sourciller une grande part de la dette publique italienne. Mais tout cela est-il bien tenable dans un pays où les jeunes sont durement touchés par le chômage et où toute une génération de baby-boomers approche de la retraite ?

 

Espagne : quand l’austérité finit par lasser

Les problèmes de l’Espagne sont totalement différents. Avec une dette publique égale à 36 % du PIB en 2007, rien ne semblait pouvoir arriver au pays… Jusqu’à l’éclatement de la bulle immobilière.
Fragilisé, avec un chômage supérieur à 20 %, le pays compte aujourd’hui quelque 1,5 million de logements invendus et ses banques et caisses d’épargne croulent sous les créances douteuses. Le plongeon des recettes fiscales et les besoins de capitaux des banques ont poussé les comptes publics dans le rouge, et les marchés redoutent que cela ne soit pas terminé. Car malgré les nombreux invendus et un recul du prix moyen des logements de 8 % en un an, les prix de l’immobilier espagnol ont moins reculé qu’aux Etats-Unis ou en Irlande par exemple. La baisse des prix et les pertes pour le secteur financier pourraient donc encore s’accentuer, certains estimant que les banques pourraient encore avoir besoin de plus de 100 milliards de capitaux.
Pour redresser les comptes publics, José Luis Zapatero avait choisi la voie des mesures d’austérité, renforcées à plusieurs reprises depuis 2008. Or, trois ans plus tard, l’Espagne crie son ras-le-bol et la lourde défaite du Premier ministre aux dernières élections locales et régionales laisse augurer une certaine instabilité à l’issue des législatives de 2012…

 

Quo vadis Belgique ?

Le cas de la Belgique est également particulier. D’un côté, la croissance est au rendez-vous, le chômage recule et les déficits diminuent. Mais de l’autre, la dette publique reste très élevée (env. 97 % du PIB) et la formation d’un nouveau gouvernement se fait toujours attendre. Résultat, après un premier avertissement de S&P en décembre, c’est au tour de Fitch de s’inquiéter et d’estimer qu’une réduction soutenue de la dette demandera de la discipline budgétaire, mais aussi des réformes importantes. Or, sans gouvernement, pas de réformes !

 

L’Europe grande responsable

Trois pays européens aux réalités fort différentes sont donc dans le viseur des agences de notation et des marchés qui s’impatientent et commencent à exiger des taux plus élevés pour les financer. Mais si leur situation financière est certes loin d’être idéale, ils paient à vrai dire surtout les frais de l’incapacité de l’Europe à résoudre la crise de la dette.
Bien que cantonnée pour l’instant à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal, trois pays périphériques qui représentent au total 6 % du PIB de la zone euro, la crise pourrait donc s’étendre à la troisième économie de la zone (l’Italie) et/ou à un des pays au cœur de l’Europe (la Belgique). Une perspective qui ne peut hélas être écartée dans la mesure où au lieu d’agir pour préserver la crédibilité et la pérennité de l’euro, l’Europe se contente toujours de prendre des demi-mesures et de taper sur les doigts de ses mauvais élèves.

 

Conclusion

Au niveau belge, l’avis de Fitch doit davantage être pris comme un avertissement que comme le signe que notre pays serait au bord de la faillite. La sécurité des bons d’Etat et des produits bancaires (comptes d’épargne, comptes à terme, bons de caisse) n’est donc pas compromise à ce stade. Néanmoins, personne ne pouvant exclure un scénario plus catastrophique faute de mesures adéquates, il nous semble préférable, pour les portefeuilles à long terme, de diversifier les positions obligataires en adossant aux avoirs en euro les obligations de pays aux finances saines. Malgré des taux peu élevés, celles-ci offrent en effet un bon contrepoids aux déboires européens, aux dérapages des finances américaines et aux devises souvent chères des pays émergents. La Suisse, la Suède, le Danemark et le Canada ont ici toujours notre préférence.

 

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A plus court terme, un bon compte d’épargne reste la formule la plus appropriée.

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