Analyse
La fête est finie il y a 6 ans - mercredi 11 mai 2011

Scrutant les nuages lointains, les marchés n’ont pas vu celui au-dessus de leur tête : l’inflation.

 

Après la récession mondiale de 2009, le rebond économique de 2010 a d’autant plus surpris que les séquelles de la crise ne sont pas effacées. Immobilier américain déprimé, secteur financier fragile, méfiance des ménages, chômage élevé et dettes publiques continuent d’obscurcir le ciel conjoncturel. Mais à force de scruter les nuages au loin, les marchés n’ont pas vu celui qui était au-dessus de leurs têtes, l’inflation.

Partout dans le monde, la hausse des prix s’accélère. Les analystes qui écartaient tout dérapage des prix constatent leur erreur. Le dérapage inflationniste est un fléau qui finit par frapper tous les agents économiques, même ceux qui peuvent au début y trouver quelques avantages. Pour l’avoir oublié, certaines banques centrales sont aujourd’hui placées au pilori. Pour sauver leur crédibilité, certaines, comme la Banque d’Angleterre, continuent de minimiser la menace inflationniste alors que d’autres, surtout dans les pays émergents, multiplient les hausses de taux d’intérêt depuis longtemps. Mais quelle que soit la réponse, aujourd’hui, la fête est finie ! L’envolée des prix érode le pouvoir d’achat des ménages et limite leur consommation, comme le montrent les derniers chiffres de ventes de détail US. La hausse des taux d’intérêt, consécutive au durcissement monétaire ou simple réponse au dérapage des prix, pénalise elle aussi la consommation, les investissements et, au final, l’ensemble de l’activité économique. En outre, le renchérissement du crédit ne facilite pas la résorption des excès immobiliers et d’endettement, ni la convalescence des acteurs financiers fragiles. Premiers à être confrontés au problème de l’inflation et à avoir freiné l’argent bon marché, les pays émergents sont ceux qui inquiètent le plus les investisseurs. Cela se traduit par des résultats boursiers décevants ces derniers mois.

Si la lutte contre l’inflation pèsera sur la croissance économique à court terme, c’est aussi le gage de repartir à terme sur une croissance saine. Les marchés émergents méritent toujours une bonne place dans votre portefeuille. Le fléau inflationniste a aussi rattrapé les pays développés, et sur les Bourses occidentales, la nervosité est palpable. Nuançons toutefois : l’enclenchement d’une spirale inflationniste hors de contrôle apparaît à ce stade improbable au vu du taux de chômage qui reste élevé.


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