Analyse
La Turquie reconduit Erdogan il y a 6 ans - mardi 21 juin 2011

Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan est sorti vainqueur pour la troisième fois des élections. Un succès historique qui couronne les progrès économiques majeurs enregistrés depuis son arrivée au pouvoir en 2002. Devez-vous investir en Turquie ?

 

Stabilité et prospérité

Les électeurs, surtout les classes populaires et les petits entrepreneurs, se sont visiblement souvenus, en entrant dans l’isoloir, que leurs revenus avaient doublé en dix ans et que la gestion prudente des finances publiques avait assuré une meilleure stabilité financière. Ils ont aussi salué l’action des autorités qui a permis de surmonter rapidement la récession de 2009. La croissance de 8,9 % en 2010 a même ramené le chômage à son niveau d’avant la crise. Mais la victoire d’Erdogan n’a pas pour autant été totale. Celui-ci visait ainsi une majorité parlementaire de deux tiers pour pouvoir modifier la Constitution et s’arroger les pleins pouvoirs. Avec 60 % seulement des députés acquis à sa cause, il va devoir revoir ses ambitions à la baisse et c’est sans doute une bonne chose pour l’économie qui restera la priorité n°1.

Rien n’est jamais acquis

L’essor économique turc n’est toute-fois pas sans poser des problèmes. Le pays reste ainsi dépendant des flux d’investissements étrangers, très volatils. Or, cela a précisément été à l’origine, par le passé, de nombreuses crises financières dans le pays. Par ailleurs, avec la flambée des prix pétroliers et le boom de la demande domestique qui dynamise les importations, le déficit extérieur de la Turquie se creuse à nouveau. Pour freiner l’octroi de crédits et la demande domestique, et modérer l’inflation, la banque centrale a augmenté ses taux directeurs. De son côté, le gouvernement s’est imposé une grande discipline budgétaire. Durcissement monétaire et politique budgétaire restrictive (une taxation accrue de la consommation est attendue) seront donc encore au programme ces prochains trimestres, ce qui pèsera sur la croissance.

Outre la surévaluation de la livre par rapport à l’euro et la grande volatilité des actifs turcs, le ralentissement attendu de la croissance constitue un élément supplémentaire qui ne plaide pas vraiment en faveur d’un investissement en Turquie.

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