Analyse
Quelle stratégie face aux effets potentiels de la crise grecque ? il y a 6 ans - mercredi 29 juin 2011

La crise de la dette n’en finit plus de miner la zone euro. A tel point que tous les scénarios sont aujourd’hui envisageables. Voici quelques pistes pour vous aider à vous prémunir au mieux contre les turbulences.

 

Le temps, ennemi n°1 de la Grèce

Avec une économie toujours en récession, le déficit public et le taux d’endettement de la Grèce s’amplifient chaque jour, rendant les obstacles à franchir insurmontables aux yeux de plus en plus d’acteurs. Frappée directement par une crise dont elle refuse de porter le fardeau, la population grecque est ainsi toujours plus nombreuse à s’opposer à l’indispensable austérité. Et face à la grogne croissante de la rue, la classe politique grecque se divise et poursuit ses petits jeux électoralistes préférés... Bref, les réformes patinent, la cession de pans entiers du patrimoine pour rembourser une partie de la dette est au point mort et les mesures d’urgence se font attendre. Quant à l’amélioration de la compétitivité et la modernisation de l’économie, c’est le néant. Le doute et la lassitude gagnent donc les esprits et un défaut de paiement grec, encore tabou voici un an, apparaît aujourd’hui comme la seule solution aux yeux de certains. Sans aller jusque là, la plupart des pays européens préconisent néanmoins un aménagement de la dette.

 

Tous les scénarios sont désormais possibles

A défaut d’une mobilisation rapide et générale des Grecs et des Européens, et d’un petit coup de pouce conjoncturel, il ne fait plus de doute que la Grèce ne sera pas en mesure de respecter tous ses engagements vis-à-vis de ses créanciers. Même la question du timing n’est plus au cœur des préoccupations des marchés, chaque investisseur espérant simplement que l’inévitable surviendra après l’échéance de ses obligations. La grande interrogation aujourd’hui est la forme que prendra le défaut grec, avec trois possibilités :

 

– Un simple rééchelonnement, avec un allongement de la durée des titres de la dette grecque sans baisse des taux d’intérêt, aurait peu de conséquences négatives, à condition de ne pas être assimilé à un défaut de paiement par les agences de notation. Mais cela suppose aussi une participation volontaire du secteur privé et une aide européenne accrue, ce qui n’est pas acquis.

 

– Un reprofilage, défendu par certains pays européens, consisterait en une restructuration douce qui lierait allongement de la durée des obligations et baisse des taux d’intérêt. Cela pourrait certes donner le temps nécessaire à la Grèce pour appliquer scrupuleusement un programme de réduction du déficit public, mais tout reprofilage, selon la BCE, serait aussi certainement assimilé à un défaut de paiement par les marchés et créerait donc un séisme financier sans pour autant réduire la dette de la Grèce.

 

– Voilà pourquoi une restructuration dure, à savoir le non-remboursement en tout ou partie de la dette par Athènes, ne peut finalement plus être totalement exclue. Cela créerait certes également un véritable séisme financier, mais avec l’avantage de réduire alors le stock de dettes.

 

Comment se positionner comme investisseur ?

Entre un rééchelonnement de la dette et une faillite de la Grèce, la différence est énorme. Et nul ne peut prédire aujourd’hui l’issue exacte de la crise et encore moins ses conséquences pour l’économie et les marchés financiers. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille rester passif.
S’il serait contre-productif de fonder toute sa stratégie sur le scénario du pire, ignorer totalement celui-ci serait aussi une erreur :

 

Côté obligations, la sécurité n’est ainsi pas forcément là où on le pense. Car à quoi bon opter pour des obligations en euro si, derrière la sécurité qu’offre un placement dans notre devise (pas de risque de change), se cache un émetteur dont les finances pourraient pâtir de la crise. Par conséquent, nous vous conseillons de diversifier également vos avoirs en dehors de la zone euro, dans des obligations d’Etats aux finances saines et dont la devise est susceptible d’offrir une échappatoire si notre monnaie devait être malmenée par la crise dans la zone euro. Nos recommandations dans ce cas portent sur les sicav d’obligations en franc suisse, en dollar canadien, en couronne danoise et en couronne suédoise.  

Côté actions, voyez le passage à vide actuel des Bourses comme l’occasion de faire de bonnes affaires.

 

Obligations grecques

Au début de la crise, nous avons conseillé aux plus audacieux d’entre vous de tenter un pari sur les obligations grecques. Leur prix bradé permettait en effet d’entrevoir une jolie plus-value à l’échéance. Nous vous avons ainsi conseillé deux obligations, dont les échéances respectives se situent en mai 2012 et mai 2013.
Toutes deux cotent actuellement à respectivement 80 et 70 % de leur valeur nominale, ce qui indique que l’hypothèse d’une absence totale de remboursement reste encore largement écartée, mais montre aussi que les investisseurs n’excluent plus une restructuration de la dette. Bien sûr, un remboursement total reste possible si la restructuration devait intervenir après le remboursement de ces obligations.
Nous vous conseillons dès lors pour l’heure, si vous détenez ces obligations, de les conserver, pour autant que vous acceptiez toujours le caractère hautement spéculaif de ce placement. Celui-ci ne devrait du reste, en tout état de cause, pas représenter plus de 5 % de votre portefeuille.

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