Analyse
Vents contraires sur le Japon il y a 6 ans - mercredi 31 août 2011

Approvisionnement énergétique déficient, demande mondiale faible, yen cher… L’industrie nipponne a du mal à retrouver la forme. Pour ne rien arranger, le pays est dans le viseur des agences de notation qui s’inquiètent pour sa solidité financière. Le premier ministre a démissionné et les prochains trimestres s’annoncent compliqués.

Rebond incomplet

Après un premier semestre marqué par les catastrophes du 11 mars, l’économie nippone comptait beaucoup sur la seconde moitié de l’année pour se remettre à flot. Or, si le premier semestre a bel et bien été affecté par la récession (le recul de 1,3 % du PIB au deuxième trimestre marque le troisième trimestre consécutif de contraction), le rebond tant attendu se fait attendre. En juillet, les exportations ont reculé de 3,3 % sur un an, ce qui n’augure rien de bon pour le Japon, qui compte beaucoup sur ce secteur pour retrouver la voie de la croissance. La première explication à cette faible performance est d’ordre intérieur : suite aux événements de Fukushima, de nombreux réacteurs nucléaires ont vu leur activité suspendue. Le pays doit donc composer avec une production énergétique moindre, qui pèse sur la capacité des entreprises à retrouver une activité normale. A cela il faut ajouter le ralentissement de l’économie mondiale et du commerce international qui pèse sur la demande pour les produits « Made in Japan ». Enfin, il faut tenir compte de la forte percée de la devise nippone. Surévaluée face à l’euro, elle l’est encore davantage face au dollar, ce qui pèse sur la compétitivité des produits nippons. La Bourse de Tokyo s’en ressent. Après un rebond au printemps, les cours sont retombés aux niveaux du lendemain du séisme du 11 mars. Face à cette réalité, Tokyo tâche par tous les moyens de stimuler les exportations, offrant du crédit bon marché à ce secteur et intervenant sur les marchés des changes.

 

Le yen cher inquiète Tokyo

Proche des niveaux auxquels il avait commencé l’année face à l’euro, le yen s’est par contre fort apprécié face au dollar, gagnant environ 10 % sur un an pour s’établir au plus haut niveau depuis la seconde guerre mondiale. Et pour cause : si les taux d’intérêt japonais restent parmi les plus faibles au monde (les obligations d’Etat à 10 ans offrent un rendement d’environ 1 %), les taux réels sont relativement élevés dans ce pays en déflation. Face aux taux réels négatifs (l’inflation dépasse les rendements offerts) en offre aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou même en Allemagne, le Japon offre un petit pour-cent de taux d’intérêt et un autre pour-cent de déflation. De quoi inciter les ménages nippons à rapatrier leurs capitaux et certains investisseurs à chercher refuge dans l’archipel. Cette demande est la principale raison de l’appréciation du yen, qui inquiète beaucoup Tokyo. Dès lors, après une première intervention en mars, la Banque du Japon a encore dépensé 4 500 milliards de yen (40 milliards EUR) début août, dans le seul but d’affaiblir le yen face au dollar. Une intervention dont le succès a été tout relatif car c’est par après que le yen a connu ses nouveaux sommets.

 

Le yen, valeur-refuge ?

Face aux craintes liées à l’euro et au dollar, le yen est apparu, pour certains, comme une valeur-refuge, alternative valable aux deux grandes devises mondiales. C’est aller un peu vite en besogne selon nous : la situation financière du pays n’a rien de rassurant : entre 2008 et 2012, il alignera pas moins de cinq années de déficits budgétaires supérieurs à 8 %, et ce, alors que sa dette publique dépasse les 210 % du PIB. Certes, il dispose d’un réservoir d’épargne important qui lui permet de se financer majoritairement endéans ses frontières. En outre, grâce au dynamisme de ses exportateurs, le Japon bénéficie toujours d’une balance courante positive. Mais il ne faut pas se leurrer : la dette du pays est immense, son profil démographique inquiétant et, au vu de la forte chute de l’épargne des ménages, il est illusoire de penser que le Japon sera toujours en mesure de financer une telle dette à des taux aussi modestes. Une fois que le Japon sortira durablement de la déflation, une hausse des taux semble inévitable, rendant insoutenable le financement de la dette. Face à cette réalité, la décision de l’agence de notation Moody’s d’abaisser la note de la dette souveraine nippone n’a rien de surprenant.

 

Conclusion

La désignation d’un nouveau Premier ministre (le 6ème en cinq ans !) ne devrait avoir qu’un impact tout relatif sur l’économie japonaise. Grâce à l’effort de reconstruction financé par le secteur public, le Japon rebondira bel et bien au second semestre. Hélas en l’absence d’un rebond en bonne et due forme du secteur exportateur, la croissance restera faible. Toujours chère malgré sa chute récente, la Bourse de Tokyo présente l’une ou l’autre opportunité d’achat intéressante. Vous pouvez toujours acheter Mabuchi Motor. Vous pouvez par contre prendre vos bénéfices sur Konami dont le cours s’est fort apprécié. Malgré des rendements réels intéressants, nous restons à l’écart des obligations d’Etat japonais, trop risquées à nos yeux (devise chère, taux d’endettement parmi les plus élevés au monde).

 

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