Analyse
La crise a de l’avenir il y a 5 ans - mercredi 28 septembre 2011

La crise de la dette souveraine des pays de la zone euro n’en finit plus d’inquiéter les marchés et tout porte à croire que c’est loin d’être terminé.

Les dernières nouvelles sont susceptibles d’aggraver encore un peu plus une situation déjà très inquiétante pour l’avenir de l’euro.

 

Note de l’Italie dégradée

L’agence de notation Standard & Poor’s a abaissé la semaine dernière le rating de l’Italie de A+ à A. Une décision liée non seulement aux tergiversations des responsables politiques italiens pour sortir le pays de l’ornière, mais aussi à la croissance amorphe qui mine toujours la Botte. Pourtant, l’Italie affiche des déficits budgétaires relativement peu élevés. Là où la France présente par ex. des déficits de 7 % en moyenne sur 2009 et 2010, et où la moyenne européenne dépasse les 6 %, les déficits italiens sont inférieurs à 5 % du PIB. De plus, la dette publique italienne a moins augmenté entre 2007 et 2011 que celle des autres grandes économies européennes, avec une hausse limitée à 16 % (cf. graphique) contre 24 % pour la zone euro ou encore respectivement 22 et 23 % pour l’Allemagne et les Pays-Bas. Bien évidemment, proche de 130 % du PIB, elle n’en reste pas moins à un des niveaux les plus élevés en Europe, mais ce problème n’est pas neuf puisqu’elle dépassait déjà 120 % du PIB voici dix ans. Ce qui l’est plus par contre, c’est l’incapacité croissante du pays à assurer son financement. Car si les ménages, gros épargnants et globalement peu endettés, financent toujours une part importante de la dette publique italienne, le pays vieillit aussi plus vite que la moyenne européenne et les retraités, pour financer leurs vieux jours, puisent dans leur épargne. Quant aux jeunes, victimes d’un marché du travail qui leur accorde peu de chances mais aussi de la stagnation des revenus, ils ne sont pas en mesure de prendre la relève. L’Italie dépend donc de plus en plus des étrangers pour financer sa dette. Mais ces derniers ne sont plus prêts comme par le passé à financer le pays à des taux d’intérêt comparables à ceux de l’Allemagne. Le pays doit donc impérativement dynamiser son économie pour assainir ses finances. Mais avec une croissance à peine positive sur les dix dernières années, une longue réforme en profondeur de l’économie sera aussi plus qu’indispensable.

 

Madère, boulet du Portugal ?

Le Portugal a lui aussi réservé son lot de surprises. Quelques jours à peine après les propos de l’Europe et de l’Allemagne selon lesquels il était sur la bonne voie, le pays a en effet annoncé que l’île de Madère, une de ses régions autonomes, cachait un déficit de 1,1 milliard d’euros. Un dérapage qui, pour le Portugal, se traduit par un déficit aggravé de 0,3 % pour l’année en cours et rendra plus difficile encore l’objectif de déficit de 5,9 %. Mais au-delà de l’impact chiffré, ce dérapage remet aussi en cause la crédibilité du pays et rend l’amalgame avec la Grèce encore plus facile.

 

Tragédie grecque

Si l’Italie et le Portugal ont été très suivis par les marchés, la Grèce n’en conserve pas moins le premier rôle dans cette crise avec de sérieux doutes quant à sa capacité à satisfaire les exigences de l’Europe et du FMI. Très en retard dans le processus d’assainissement des comptes publics et de privatisation des entreprises publiques, dont les revenus doivent gonfler les caisses de l’Etat, la Grèce est une nouvelle fois au bord du gouffre. Incapable de se financer sur les marchés, elle dépend entièrement de l’aide internationale pour ses besoins en financement. Or, les experts de la Troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) sont bien décidés à obtenir un maximum de concessions avant de procéder à un nouveau paiement. Par conséquent, même si les risques de blocage de la nouvelle tranche d’aide semblent infimes au vu des risques encourus, ce petit jeu de poker menteur pourrait bien s’éterniser. Pire, il pourrait avoir lieu tous les trimestres, à chaque visite de la Troïka. Car même si les mesures annoncées se succèdent, la base fiscale grecque reste très restreinte dans la mesure où une partie considérable de l’appareil productif grec est une adepte farouche de l’évasion fiscale. Or, on sait que l’élargissement de cette base, si tant est qu’il soit possible, prendra des années…

 

Compromis ?

L’option la plus probable pour résoudre la crise devrait passer par un compromis incluant un défaut de paiement partiel de la Grèce, susceptible de ramener la dette du pays à des niveaux plus supportables tout un assurant un niveau de remboursement suffisant pour ne pas compromettre l’intégrité du système financier européen. Pareil compromis devrait aussi être doublé d’un suivi rapproché du pays par l’Europe et le FMI et d’une aide de la BCE au secteur bancaire européen. En attendant, le doute règne en maître et les marchés s’attaquent à présent à l’Italie, menaçant la survie même de l’euro. A l’Europe dès lors d’agir si elle veut éviter une telle issue.

 

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