Analyse
Quel sort réserver à la Grèce ? il y a 5 ans - mardi 20 septembre 2011

Deux mois à peine après l’adoption du deuxième plan de sauvetage de la Grèce, tout semble déjà remis en cause et l’agitation sur les marchés financiers a repris de plus belle. Mais quels sont les véritables enjeux de la crise grecque qui empêchent tant les dirigeants européens de se décider ?

Pays sous assistance

A ce stade, la Grèce n’est plus capable de supporter seule son endettement. Sans aide extérieure, Athènes sera immanquablement en cessation de paiement dans les prochaines semaines. Et même la sixième tranche de huit milliards d’euros prévue par le premier plan de sauvetage de mai 2010 ne permettra de gagner que quelques mois en attendant le prochain versement… Car les Grecs ne peuvent espérer sortir la tête hors de l’eau qu’à très long terme dans la mesure où on n’efface pas comme ça des décennies de laxisme fiscal ou de manque de compétitivité.
D’ici là, le choix pour les dirigeants européens est simple : donner le temps à la Grèce de se relever à travers une aide financière ou abandonner le pays.

 

Un sauvetage sinon rien ?

Le discours officiel ne varie pas : la Grèce sera sauvée. Cela relève il est vrai du bon sens, la contribution de chaque pays européen au sauvetage de la Grèce étant inférieure au coût que génèrerait la faillite du pays. Car au-delà des pertes bancaires, un défaut de paiement grec pourrait provoquer un séisme financier et économique dans la zone euro. Et si d’autres pays européens en difficulté devaient sombrer à leur tour, c’est l’existence même de la zone euro qui serait menacée. Il n’y a donc pas d’autre solution que de mettre sa fierté nationale et les petits calculs électoralistes de côté et de sauver la Grèce coûte que coûte. Or, certains hésitent. Faut-il vraiment tout mettre en œuvre pour sauver la Grèce ou, au contraire, abandonner celle-ci avant d’avoir gaspillé, inutilement, ses ressources ?

 

Une cause perdue à abandonner ?

Derrière cette hésitation, se cache la question de la capacité réelle de la Grèce à assainir ses finances. Alors que les Grecs eux-mêmes sont hostiles à toute politique d’austérité, le doute est permis. D’autant qu’après la mise en œuvre du deuxième plan de sauvetage, les pays européens seront pieds et poings liés à la Grèce avec une dette hellénique alors essentiellement entre leurs mains. Athènes aura dans ces conditions beau jeu de demander un nouveau financement à ses partenaires de la zone euro en brandissant la menace d’une faillite encore plus douloureuse pour eux. Sans pression des marchés financiers ni même difficultés de financement, la volonté grecque d’assainissement budgétaire s’étiolera à n’en point douter très rapidement.
C’est pour éviter de s’enchaîner à ce boulet grec que certains refusent aujourd’hui d’aider davantage le pays. Autant supporter en effet aujourd’hui une crise, aussi grave soit-elle, que de la supporter demain avec davantage de pertes ou de se condamner à payer éternellement pour les Grecs.

 

Une troisième voie

Même avec l’aide internationale et la meilleure volonté du monde, des années de sacrifices ne permettront donc pas aux Grecs de remettre leurs finances publiques à flots. Une troisième solution, à mi-chemin entre le soutien sans faille et l’abandon pur et simple, pourrait dès lors passer par le défaut de paiement – la Grèce forcerait ses créanciers à accepter une réduction importante de la dette – suivi d’un soutien européen pour financer le pays. Tout en donnant une vraie chance à la Grèce de sortir de l’impasse budgétaire, ce scénario limiterait d’un autre côté les conséquences du défaut de paiement. Il permettrait en effet d’éviter une faillite généralisée du pays et limiterait la contagion au reste de la zone euro. Il présenterait en outre l’avantage de clarifier une situation à laquelle les plans de sauvetage successifs ne parviennent pas à remédier et qui attise la volatilité et pénalise les marchés financiers.

 

Vos placements et les obligations grecques

Nous avions recommandé aux plus audacieux d’entre vous deux obligations grecques arrivant respectivement à échéance en mai 2012 et mai 2013. Si le plan d’aide du 21 juillet laissait encore entrevoir un certain espoir de récupérer votre mise, force est de constater que les certitudes se sont aujourd’hui en grande partie envolées.

 

Tous les scénarios sont désormais possibles. Le cours actuel des obligations (53 % pour l’obligation arrivant à échéance en 2012 ; 48 % pour celle échéant en 2013) donne une idée du défaut de paiement tel qu’attendu aujourd’hui par les marchés. Mais le montant qui sera finalement remboursé pourra encore varier très fort, à la hausse comme à la baisse, selon que les dirigeants européens parviendront, ou non, à s’entendre pour aider la Grèce.

 

Si vous acceptez toujours le caractère hautement spéculatif de ce placement, vous pouvez conserver. Celui-ci ne devrait du reste pas représenter plus de 5 % de votre portefeuille.

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