Analyse
Crise de la dette : la saga continue il y a 6 ans - mardi 25 octobre 2011

Les chefs d’Etat et de gouvernement du Vieux-Continent étaient à nouveau réunis à Bruxelles ce dimanche 23 octobre pour un sommet européen. Un sommet qui n’a hélas pas encore apporté toutes les réponses. Nous faisons le point sur les progrès enregistrés malgré tout depuis le début de la crise.

Améliorations budgétaires

Depuis maintenant près de trois ans, la zone euro fait face à une crise de la dette qui mine non seulement la confiance des agents économiques, mais menace aussi jusqu’à sa propre existence. Mois après mois, les mêmes tensions ébranlent ainsi les marchés financiers et les mêmes sommets essaient de trouver une solution. Pourtant, même si la situation ne semble guère évoluer, de réels progrès ont été enregistrés.
Après avoir explosé en 2009 et 2010, les déficits budgétaires diminuent ainsi presque partout. Pour preuve, le déficit pour l’ensemble de la zone euro passera de 6 à 4,3 % du PIB cette année par rapport à l’année dernière. Quant à la promesse des Etats de ramener leur déficit à moins de 3 % d’ici 2013, elle est aussi en bonne voie. Certains, comme l’Allemagne, y sont déjà, d’autres y arriveront demain et la plupart y seront en 2013. Enfin, même si les pays dont la situation budgétaire est la plus critique manqueront pour leur part cet objectif, force est de constater que le chemin parcouru ces derniers trimestres est impressionnant. Le cancre grec va ainsi réduire son déficit de 6 % du PIB en deux ans alors que le Portugal et l’Espagne sont en train de réaliser un effort d’une ampleur similaire. Quant à l’Italie, il s’agit du pays qui affiche le surplus budgétaire primaire, hors charges d’intérêts donc, le plus important de toute la zone euro.

 

Avancées institutionnelles

Sur le plan politique, de nombreux tabous sont tombés et ce qui semblait encore impossible voici trois ans est désormais d’actualité.
Au départ inexistante, la réponse européenne à la crise de la dette a pris de l’ampleur au fil des mois. Initialement, le no bail-out inscrit dans les traités européens, soit l’interdiction pour les Etats membres de prendre à leur charge les engagements financiers d’un gouvernement national, fermait avant même de l’avoir ouvert le débat quant à une éventuelle aide à la Grèce. Avec la création du Fonds européen de stabilité financière (FESF) en mai 2010, un début, certes timide, de solidarité européenne s’est toutefois mis en place, une solidarité qui a ensuite été renforcée par l’accroissement des moyens du FESF et la création du Mécanisme européen de stabilité (MES).
En intervenant sur le marché obligataire, la Banque centrale européenne a elle aussi brisé des tabous, même si elle a sans doute aussi outrepassé quelque peu son mandat. Quoi qu’il en soit, l’achat de titres de dette par la BCE est devenu un élément essentiel de stabilisation de la crise de la dette.

 

Lenteur excessive, moyens insuffisants

Les progrès budgétaires, politiques et institutionnels de ces dernières années n’ont malheureusement pas empêché la crise de régulièrement se raviver pour trois raisons : la situation budgétaire reste problématique dans plusieurs pays et désespérée en Grèce, la réaction des autorités est trop lente et les moyens mis en œuvre sont insuffisants.
Si la restauration des équilibres budgétaires est un travail de longue haleine qui ne produira ses effets que dans plusieurs années, une réponse cohérente et d’ampleur était donc attendue à l’issue du sommet européen de Bruxelles. Une fois encore, il faut hélas constater que les dirigeants européens n’ont pas osé prendre leurs responsabilités avec un accord final qui peut être qualifié de boiteux.
Demander au secteur privé d’accepter une décote plus élevée que les 21 % acceptés le 21 juillet dernier sur les titres de la dette grecque n’est en effet pas une solution. Après un tel accident de crédit, l’accès de la Grèce au financement privé sera en effet interdit pour très longtemps et pire, les investisseurs privés se montreront encore plus réticents à financer les autres pays européens aux finances publiques incertaines, Portugal en tête. Or, la zone euro dans son ensemble n’a plus les reins financiers assez solides pour aider tous ses membres malades…

 

Solutions ?

Il n’existe plus, à long terme, qu’une seule solution pour sortir la zone euro de la crise de la dette : persuader la Banque centrale européenne d’acheter massivement de la dette étatique, comme le font la Réserve fédérale américaine et la Banque d’Angleterre, pour assurer le financement des pays européens le temps qu’ils remettent de l’ordre dans leurs comptes.
Toute autre solution ne fera que déplacer le problème dans le temps, en attendant les inévitables prochains problèmes financiers de la Grèce, et l’espace, vers les banques qui enregistrent d’importantes pertes sur leurs portefeuilles obligataires et les autres pays européens boudés par les investisseurs privés ou devant financer les pays en difficulté.

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