Analyse
Berlusconi parti, problèmes envolés ? il y a 6 ans - lundi 14 novembre 2011

En pleine tourmente politique et financière, l’Italie semble penser que le départ de Silvio Berlusconi – remplacé par Mario Monti – suffira pour venir à bout de la crise. C’est une erreur. Restez à l’écart.

 

Défis de taille

Ne nous leurrons pas, le départ de Silvio Berlusconi ne résoudra pas grand-chose à la crise que traverse l’Italie. Tout d’abord, son parti reste majoritaire et compte bien se faire entendre. Ensuite, l’opposition est fragmentée et ce départ risque d’être suivi d’une longue période d’instabilité qui n’arrangera rien aux affaires du pays. Enfin, nous doutons fort que des gouvernements minoritaires ou de coalition puissent mettre en place les réformes importantes et impopulaires qui s’imposent pour remettre le pays sur la voie de la croissance.
Dans l’immédiat, l’Italie doit surtout rassurer les marchés et les réformes approuvées ces derniers jours (hausse de la TVA, gel des salaires dans la fonction publique, relèvement de l’âge de la retraire, lutte contre l’évasion fiscale, …) devraient y contribuer. Mais le pays doit aussi trouver preneur pour sa dette qui, à 1 843 milliards d’euros (118,4 % du PIB) en 2010, constitue en termes absolus la quatrième dette la plus importante au monde. Longtemps financée par les ménages, elle a aujourd’hui besoin des investisseurs internationaux en raison du vieillissement de la population italienne, qui puise dans ses réserves d’épargne, et de la faible participation des jeunes au marché de l’emploi, ce qui les empêche d’épargner.

Qui veut de la dette italienne ?

Logiquement, il reviendrait donc au secteur financier et aux investisseurs internationaux de combler ce vide. Or, la dynamique de ce secteur s’oriente plutôt vers un désengagement par rapport à la dette italienne. En temps normal, la dette étatique détenue par les banques est offerte en garantie, ce qui permet à ces mêmes banques de se financer sur le marché du crédit. Mais quand cette garantie perd de sa valeur, elles doivent en apporter d’autres. Et dans le cas du Portugal et de l’Irlande c’est quand les taux sur les obligations d’Etat ont dépassé les 6 % que ces demandes supplémentaires sont intervenues. Ce niveau est donc très important car au-delà, il incite les banques à se débarrasser de leurs positions pour chercher refuge dans une dette étatique plus sûre qui leur permette de se financer. Et en vendant massivement leurs positions, elles poussent chaque jour les taux d’intérêt vers des niveaux insoutenables.
De plus, les banques seraient obligées de renforcer leurs fonds propres si la note des obligations italiennes qu’elles détiennent devait être à nouveau abaissée, ce qui reste hélas tout à fait plausible.
Enfin, le mécanisme de réduction de la dette grecque établi le 26 octobre prévoit le pardon par les investisseurs privés de 50 % de la dette grecque. Et comme ce pardon est volontaire, il n’activera pas les CDS (assurances contre les défauts de paiement) dont disposaient nombre d’entre eux. Cela pourrait parfaitement se reproduire avec l’Italie et le seul moyen de se protéger contre un éventuel défaut de paiement est dès lors d’éviter sa dette. De quoi créer un cercle vicieux dont le pays aura bien du mal à sortir.
Ce n’est donc pas un hasard si les taux que demandent les investisseurs pour détenir de la dette italienne dépassent les 6,5 % à 5 et 10 ans (après avoir même approché les 7,5 % la semaine dernière) et ce, malgré l’intervention de la BCE.

Too big to be saved

Si l’Europe est capable de supporter une faillite de la Grèce et son départ de la zone euro, l’Italie représenterait un défi insurmontable. En effet, un défaut de paiement sur sa dette publique plongerait non seulement le système financier européen mais aussi mondial dans le chaos. Par ailleurs, une sortie de l’Italie de la zone euro serait très douloureuse pour le pays car au moindre signe en ce sens, les ménages comme les entreprises italiens se rueraient pour placer leur épargne à l’abri à l’étranger, mettant alors les banques locales à genoux. Enfin, le pays vivrait un arrêt pur et simple de l’octroi de crédits qui paralyserait les entreprises locales et ferait exploser le taux de chômage.
D’un autre côté, l’Italie pourrait retrouver sa compétitivité car elle dispose, à l’inverse de la Grèce ou du Portugal, d’un tissu de petites et moyennes entreprises très dynamiques et d’une base industrielle solide. Et avec une lire dévaluée, celles-ci représenteraient une concurrence sérieuse pour les sociétés françaises et allemandes.

Conclusion

Sans une majorité pour le soutenir et dans un pays en pleine précampagne électorale, la tâche de Mario Monti s’annonce assurément compliquée. En attendant, conformément à la logique financière, le secteur bancaire va continuer à se dé-barrasser de la dette italienne et écraser au passage les petits investisseurs qui seraient prêts à parier sur la dette italienne. Restez à l’écart et préférez des pays aux finances publiques saines, comme la Suède, le Danemark et le Canada.

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