Analyse
La Grèce évite le chaos politique il y a 5 ans - mardi 8 novembre 2011

Moins d’une semaine après la conclusion d’un nouvel accord censé résoudre – en partie – le problème de la dette grecque, la tragédie hellénique a connu un nouveau rebondissement avec l’annonce surprise d’un référendum en Grèce sur le plan de sauvetage. Récit d’une semaine pour le moins chahutée.

Lassitude ou coup de poker ?

Qu’est-ce qui a donc bien pu pousser George Papandréou à remettre en cause un accord arraché au forceps à Bruxelles six jours auparavant et favorable à la Grèce ? Lassitude face à une opinion publique toujours plus hostile, coup de poker électoral pour placer les Grecs face à leurs responsabilités ou manœuvre politique pour couper l’herbe sous le pied d’une opposition profitant sans retenue de la crise ? Sans doute un peu des trois.

 

Quoi qu’il en soit, cela a aussi provoqué un véritable séisme sur les marchés financiers et irrité au plus haut point les partenaires européens, France et Allemagne en tête, qui ont alors suspendu sur-le-champ l’aide financière à la Grèce.

 

Mais au-delà du courroux européen, l’annonce surprise de George Papandréou a aussi créé l’émoi au sein même de son parti. Isolé politiquement dans son propre camp et sur le point de perdre sa majorité parlementaire, le Premier ministre grec a alors été contraint de faire marche arrière et de renoncer au référendum…

 

Papandréou : fin de parcours

Le coup de sang de George Papandréou le 1er novembre l’a considérablement affaibli et finalement poussé vers la porte de sortie. C’est donc dorénavant un gouvernement d’union nationale qui dirigera le pays et devra mettre en œuvre le plan de sauvetage décidé le 27 octobre à Bruxelles. Et ce n’est que lorsque celui-ci sera définitivement sur les rails que des élections seront organisées.

 

Une sage décision car il était impératif de sortir du schéma politique classique où la majorité décide et l’opposition dénonce. Le problème de la dette concerne tous les Grecs et tous les partis doivent, à ce titre, travailler ensemble pour trouver une solution.

 

L’instabilité politique constitue en outre un facteur aggravant dans une crise de la dette et l’Italie ne serait pas dans le collimateur des marchés si sa vie politique était moins tumultueuse. L’Espagne représente par contre un exemple à suivre. Les élections législatives du 20 novembre n’inquiètent ainsi pas les marchés car tous les partis ont reconnu la nécessité de poursuivre l’assainissement budgétaire. La classe politique grecque a enfin pris conscience de cet élément et personne ne s’en plaindra.

 

Conséquences pour l’Europe ?

Au niveau européen, l’annonce grecque du référendum a été un choc qui laissera des traces. Comment un pays en faillite comme la Grèce a-t-il ainsi pu prendre le risque de perdre une aide financière de 130 milliards d’euros et de passer à côté d’une réduction de dette de 100 milliards ?

 

Car si la formation d’un gouvernement d’union nationale et l’acceptation par Athènes du plan de sauvetage européen de la Grèce constituent des points positifs, c’est aussi assurément bien peu en regard des dommages collatéraux causés par la malencontreuse initiative de Papandréou.

 

Alors que l’accord de Bruxelles du 27 octobre avait quelque peu calmé la situation, les marchés se sont ainsi de nouveau enflammés, à tel point que les taux à 10 ans de la dette italienne campent désormais au-dessus des 6 % et flirtent dangereusement avec les 6,50 %. Un niveau qui, pour rappel, avait nécessité l’intervention européenne en Grèce, en Irlande et au Portugal…

 

Ensuite, la crise politique grecque en plein G20 de Cannes a mis l’Europe en position de faiblesse alors même que, forte de l’accord de Bruxelles, celle-ci espérait pouvoir obtenir le soutien financier du reste du monde.

 

Enfin, les derniers déboires de la Grèce ont encore accentué la lassitude des dirigeants politiques, de l’opinion publique et des agents économiques à l’égard de la crise, alors que c’est assurément d’un sursaut d’optimisme dont a besoin le Vieux Continent pour éviter un retour de la récession.

Le cœur bien accroché

Ces derniers événements en Grèce constituent, si besoin en était encore, une piqûre de rappel pour l’investisseur ! Sortir de la crise de la dette sera long et laborieux, et ce problème empoisonnera encore longtemps les économies et les marchés européens. Il est donc important de garder la tête froide en toute circonstance, ce qui suppose de ne pas s’enflammer lorsque l’euphorie gagne les marchés comme dans la foulée de l’accord du 27 octobre, mais aussi de ne pas paniquer lorsque la sinistrose s’installe, comme ce fut le cas le 1er novembre.

 

En ces temps incertains, tout investissement doit donc plus que jamais se concevoir sur le long terme, la diversification restant par ailleurs le maître mot.
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