Analyse
L'Egypte réussira-t-elle sa révolution ? il y a 5 ans - mercredi 30 novembre 2011

Après un printemps arabe porteur des plus grands espoirs, la population égyptienne doit aujourd'hui déchanter face à la lenteur du processus électoral. Le chemin est assurément encore long.

Changement de façade

Petit flash-back. Le 11 février 2011, le Président Moubarak, que l'on pensait jusqu'alors inamovible, démissionnait et la gestion du pays était confiée au Conseil suprême des forces armées. Deux jours plus tard, le pouvoir militaire annonçait la dissolution du Parlement et la suspension de la Constitution, affirmant qu'il assurerait l'intérim jusqu'à la tenue d'élections législatives et présidentielles. Ou comment passer, en l'espace de 48 heures, d'une révolution populaire à un coup d’état militaire !
Véritable Etat dans l’Etat, contrôlant des pans entiers de l’économie, l’armée se présente comme la garante de l’unité d'un pays en proie à de vives tensions communautaires, contraignant donc l’opposition politique à l'origine du soulèvement populaire à accepter la confiscation de la révolution par une armée qui, de son côté, promet la tenue d’élections dans un délai raisonnable et la remise du pouvoir aux nouvelles autorités civiles qui sortiront des urnes.
Seulement, le processus électoral est très lent et quelque peu opaque. L’élection pour chacune des deux chambres du Parlement se fera ainsi en trois tours, étalés du 28 novembre au 11 mars, et certains élus seront choisis à la proportionnelle, d’autres directement et les derniers cooptés. Quant à la désignation d'un président...

 

Economie moribonde

Face à la détermination de la population redescendue dans la rue pour protester contre cette lenteur électorale, le gouvernement de transition a démissionné et les autorités militaires ont promis des élections présidentielles d’ici juin 2012. Mais échaudée par les promesses de changement du début d’année, l’opposition veut aujourd'hui des garanties. Seulement, organiser rapidement des élections dans un pays sans véritable passé démocratique et où un tiers de la population est illettrée n'est assurément pas aisé. Sans compter que la multiplication des partis, la résurgence des tensions confessionnelles et le raidissement des forces conservatrices comme l’armée, qui veulent préserver leurs acquis, compliquent encore un peu plus la transformation institutionnelle du pays.
Les espoirs d’une rapide stabilisation politique doivent donc être oubliés et en attendant un apaisement à la fois politique et social, le redressement économique est sans cesse différé.
Révolution oblige, le PIB s’est effondré au 1er trimestre et avec une croissance annuelle inférieure à 2 % lors de l’année fiscale qui s’est terminée le 30 juin, l’économie égyptienne a enregistré sa plus mauvaise performance de la dernière décennie. Les émeutes ont fait fuir les touristes, première source de devises du pays, et avec le renouveau de la contestation et la répression sanglante, la haute saison touristique qui commence est déjà plus que compromise.
Quant à l’activité manufacturière, la production égyptienne, qui peinait déjà à retrouver son niveau d’avant la révolution, subit un nouveau coup d’arrêt.

 

Fuite des investisseurs

Si l’Egypte est un géant économique en devenir, sa dépendance au financement étranger reste son talon d’Achille. Avec une balance commerciale largement déficitaire, le pays a un important besoin de devises étrangères pour payer ses indispensables importations, notamment alimentaires. Or, les ressources en devises proviennent habituellement du tourisme, des droits de passage du Canal de Suez, du transit des produits pétroliers et des investissements directs étrangers. Et avec la crise, la source touristique est tarie et les investisseurs fuient le pays.
En plus d’une crise politique et économique, l’Egypte risque donc de subir une crise financière qui pèsera durablement sur son développement. Une perspective qui, alors que la crise politique ne saurait trouver rapidement un dénouement heureux, a encore fait plonger des marchés financiers égyptiens qui ne s’étaient jamais vraiment remis des événements de février.
La Bourse du Caire a ainsi perdu 50 % de sa valorisation depuis le début de l’année et même si une amélioration de la situation politique pourrait faire revenir quelques investisseurs, il ne faut guère espérer voir ce recul s’effacer de sitôt.

 

Conclusion

Notre pari sur l’Egypte, pour les plus audacieux d’entre vous, à travers le tracker Market Vectors Egypt Index ETF semble aujourd’hui perdu, du moins à court et moyen termes. Par contre, l’Egypte possède toujours un important potentiel de développement qui pourrait en faire une des grandes nouvelles nations émergentes de la prochaine décennie. Mais il faudra du temps. En attendant, soyez patient et conservez le tracker si vous l’avez acheté.

 

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