Analyse
Mario Draghi peut-il sauver la zone euro ? il y a 5 ans - mercredi 9 novembre 2011

Après Wim Duisenberg et Jean-Claude Trichet, l’italien Mario Draghi est devenu président de la Banque centrale européenne. Il y a fort à parier que ce choix limitera dans l’immédiat le champ d’action de la BCE : un président issu d’un pays du Sud sera prié de faire ses preuves.

En limitant le rôle de la BCE dans la crise, l’Allemagne fait le choix de l’intégrité, mais aussi de la difficulté. Pour résoudre la crise, l’Europe doit faire preuve d’un grand sérieux dans la gestion des comptes publics et l’austérité risque de se poursuivre pour ce qui reste de la décennie. Si cette stratégie s’avère payante, elle permettra à l’Europe de sortir de la crise sans recourir à des artifices tels que la planche à billets. Mais dans un monde où les devises solides se font rares, un tel euro serait plébiscité par les investisseurs, s’orientant à la hausse face au dollar, à la livre et au yen. Le record de près de 1,60 USD pour 1 EUR, qui date de juillet 2008, serait vite battu. L’euro fort tuerait alors la compétitivité de nos entreprises, ce qui imposerait des années de modération salariale et pèserait sur la demande des ménages. Pour assainir les finances, on tuerait l’économie. Une victoire à la Pyrrhus.

 

Il y a pourtant un autre chemin : celui d’une banque centrale dont on sait qu’elle se tient prête à faire tourner la planche à billets, finançant ainsi la dette. Ce choix, celui de la facilité, est celui que n’ont pas hésité à prendre les Etats-Unis, le Japon ou le Royaume-Uni qui comptent des niveaux d’endettement et/ou de déficit budgétaire rares dans la zone euro. Or, ironie du sort, ces pays sont aujourd’hui appelés à financer la zone euro avec cet argent fraîchement créé. De là à penser que la BCE n’a qu’à l’imprimer elle-même, il n’y a qu’un pas, mais que Berlin refuse. Si on apprécie l’attachement de l’Allemagne à la voie de la vertu financière, cette orthodoxie ne promet pas des lendemains qui chantent et, après la crise de la dette, la zone euro risque de rester engluée dans une crise économique. A Mario Draghi revient la dure tâche de convaincre Berlin de changer son fusil d’épaule.

 

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