Analyse
La Belgique est-elle devenue insolvable ? il y a 5 ans - mardi 6 décembre 2011

Longtemps épargnée par les turbulences, la dette belge a subitement inquiété. Les taux des emprunts d’Etat à 10 ans ont approché les 6 %. Depuis, ils sont retombés à 4,50 %, mais la question est posée : l’endettement élevé du pays est-il toujours gérable ?

Situation dégradée

Depuis le point bas de 2007 (84,1 % du PIB), l’endettement de l’Etat belge est reparti à la hausse et reviendra à 100 % du PIB en 2012. Cet endettement est un des éléments qui expliquent la récente méfiance des investisseurs, mais ce n’est pas le seul. Bien plus que le niveau et la progression, relativement contenue, de la dette, c’est l’exposition des finances publiques aux turbulences financières qui inquiète. C’est d’ailleurs un des arguments avancés par Standard & Poor’s pour justifier l’abaissement du rating belge de AA+ à AA. Selon l’agence de notation, l’Etat a garanti une série d’actifs (notamment envers Dexia) pour un montant total de 90 milliards d’euros, soit 24,5 % du PIB. Potentiellement, la dette de l’Etat pourrait donc subitement exploser.

Reflet de l’Europe

A bien des égards, la situation belge est un condensé des éléments, positifs et négatifs, présents dans les autres pays européens. Comme la Grèce et l’Italie, la Belgique doit composer avec un endettement historiquement très élevé. A l’instar de la Grèce, la Belgique n’a jamais répondu à l’exigence d’endettement de maximum 60 % du PIB pour adhérer à l’euro. Et comme Dublin, Bruxelles est aujourd’hui fragilisée par les garanties financières octroyées. Tensions communautaires et vie politique tumultueuse sont les derniers éléments négatifs partagés avec d’autres pays européens. Ce tableau sombre doit toutefois être coloré par les succès que la Belgique partage avec les bons élèves. Comme la référence allemande, l’économie belge a bien mieux résisté à la crise que la moyenne européenne et a fort rebondi en 2011. Compétitive et très ouverte, elle a profité pleinement de la reprise du commerce international. Le taux de chômage a retrouvé son niveau d’avant crise et la production industrielle a dépassé son précédent sommet.

Pas au bord du gouffre

En plus de bons fondamentaux économiques, la Belgique a deux autres atouts : son expérience de l’austérité et l’épargne domestique. Depuis vingt ans, le budget de l’Etat dégage de solides excédents hors charges d’intérêts et depuis 1993, année où la dette dépassait 130 % du PIB, aucune crise politique n’a empêché l’assainissement des finances publiques. Le dernier accord budgétaire, qui doit permettre de limiter le déficit public à moins de 3 % du PIB dès 2012, tend à prouver que ce sens des responsabilités n’a pas disparu. Si l’Etat est fort endetté avec un passif de 355 milliards d’euros, les Belges ont de leur côté une importante épargne, avec notamment près de 220 milliards déposés sur des comptes d’épargne. Globalement, la Belgique n’a pas besoin du reste du monde pour se financer. L’épargne domestique est suffisante pour couvrir le déficit public, l’investissement des entreprises et les besoins en crédit des ménages. Et le succès des derniers bons d’Etat montre que les autorités peuvent aisément capter l’épargne domestique.

 

Crise européenne

Pris isolément, l’endettement de la Belgique présente un risque mineur. Même si les taux d’intérêt devaient tâter de nouveau les 6 %, les pouvoirs publics ont tout en main pour contenir la dette et même la réduire à moyen terme. Mais le cas belge s’inscrit dans le cadre européen de crise de la dette. Et à ce niveau, ce n’est pas à Bruxelles que la bataille décisive se joue, mais à Rome. Aucun pays européen ne saurait surmonter un accident de crédit en Italie. Via le marché obligataire, le secteur bancaire et le commerce international, un défaut de paiement de l’Italie provoquerait un séisme financier et économique qui emporterait tout sur son passage. Mais nous ne croyons pas à ce scénario. L’Italie et l’Europe ont les atouts pour surmonter la crise même si, entre-temps, les taux obligataires resteront sous tension.

 

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