Analyse
Banques et finances publiques : liaisons dangereuses il y a 5 ans - mardi 3 janvier 2012

La relation entre les finances publiques et les banques est devenue si étroite que leur sort est aujourd'hui inextricablement lié. Avec également pour enjeu, le sort de toute l'économie.

 

La BCE, prêteur en dernier ressort des banques

Le 21 décembre, la Banque centrale européenne a inondé les marchés de liquidités en prêtant 489 milliards d'euros à 523 banques de la zone euro. Objectif ? Relancer le crédit. Car en gonflant les montants mis à disposition des banques, la BCE s’attendait à voir non seulement le crédit au secteur privé mais aussi les rachats de dette étatique rebondir. L’opération semblait du reste être tout profit pour le secteur bancaire : en empruntant à du 1 % pendant 3 ans, les banques pouvaient ensuite acheter de la dette étatique à des taux nettement supérieurs, avec une jolie marge bénéficiaire au passage, et faire baisser ainsi les taux que doivent payer les pays fragilisés de la zone euro pour se financer.
La réalité a toutefois été un peu différente. Car si les taux sur la dette italienne ou espagnole ont bien diminué, les banques ont aussi mis le gros de l’argent obtenu à l’abri, portant leurs dépôts auprès de la... BCE à 445,70 milliards ! Record absolu et nouvelle preuve qu’elles préfèrent mettre cet argent en lieu sûr plutôt que de le prêter.

 

Le crédit, pierre angulaire de nos économies

Cette méfiance est compréhensible car au-delà de l’abandon, déjà annoncé, d’une bonne partie de leurs créances envers la Grèce, les banques subissent aussi des pertes sur leurs portefeuilles obligataires dont la valeur se déprécie. De plus, faute de visibilité sur la santé financière de leurs partenaires, elles hésitent à se prêter de l’argent entre elles (sur le marché interbancaire), ce qui conduit au gel de ce marché. Et cet assèchement du crédit a hélas des conséquences importantes. Tout d’abord pour les Etats. Depuis toujours, les banques jouent un rôle majeur dans le financement de la dette publique. Considérée globalement comme très sûre, la dette étatique représente ainsi une part importante des fonds propres des banques et une des pierres angulaires de leur fonctionnement. Or, au moment même où elles sont priées d’augmenter leurs fonds propres pour améliorer leur résistance en cas d'éventuels chocs, les dettes souveraines européennes s’avèrent moins sûres qu’avant. Et quand leur valeur s’effondre, les pertes subies érodent les fonds propres des banques. Celles-ci sont donc de plus en plus réticentes à acheter de la dette souveraine ou seulement à des taux très élevés, ce qui pose à son tour un problème de taille pour les Etats. La crise de 2008-2009 a en effet provoqué une réduction des recettes fiscales tout en contraignant les Etats à intervenir pour stimuler l’économie. Les déficits se sont alors succédés, aggravant la dette qui est passée, pour l’ensemble des pays de l’OCDE, de 73,3 % du PIB en 2007 à 101,6 % en 2011.
L’assèchement du crédit a aussi son lot de conséquences néfastes pour le secteur privé. D’abord parce qu'il contraint nombre de banques à chercher du financement auprès de la BCE, ce qui n'est jamais très rassurant, sous peine de ne pas pouvoir honorer toutes leurs obligations. Ensuite parce qu'il pèse sur la capacité des consommateurs et des entreprises à consommer et investir, ce qui freine l’activité économique.

 

Les Etats priés de venir en aide aux banques

Si nos économies dépendent du crédit et nos Etats des banques pour placer leur dette, les banques peuvent aussi se tourner vers les Etats en cas de problème, les entraînant parfois dans une spirale de dette négative, d'austérité et, in fine, de récession, comme en Irlande et en Islande. Les candidats à l’entrée dans un tel cercle vicieux sont aujourd'hui nombreux. Souffrant de l’explosion de la bulle immobilière, les banques espagnoles devraient encore voir leurs pertes se creuser, au point que Madrid doit imposer un remède de cheval pour remettre de l’ordre dans ses comptes publics. La France est elle sous la menace d'une dégradation de son rating AAA en raison, en partie, de ses banques fragilisées et qui pourraient aggraver une dette publique déjà importante en cas d'intervention pour leur venir en aide. Quant à la Belgique, sa note a déjà été abaissée d’un cran par Standard & Poor’s et de deux crans par Moody’s en raison, notamment, de l’éclatement de Dexia et des coûts que cela pourrait comporter pour l’Etat... 


Même si le secteur bancaire a sa part de responsabilité dans l'endettement des Etats depuis 2008, il serait malvenu de lui imputer tous les maux de ces quatre dernières années. Car les excès commis sur le front du crédit ont aussi permis à nos économies de croître à des rythmes effrénés. Or, il n’existe pas d’alternative à ce modèle aujourd’hui. L’économie, les finances publiques et le secteur financier resteront donc liés longtemps encore et les Etats continueront à soutenir coûte que coûte le secteur financier.


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