Analyse
Poutine de retour à la tête de la Russie il y a 5 ans - jeudi 15 mars 2012

La Bourse de Moscou a déjà gagné 25 % depuis le début de l’année. Dopée par l'appétit retrouvé des investisseurs pour le risque, elle a aussi célébré le retour de Vladimir Poutine à la présidence. Un Poutine qui aura la lourde tâche de moderniser une économie au potentiel certes élevé mais trop dépendante de son secteur énergétique.

 

Gaz et le pétrole

Si les années 90 en Russie ont vu le démantèlement d'un appareil de production obsolète et l’enrichissement rapide d’une petite partie de la population, les années sous Poutine Ier ont elles été marquées par le retour à un Kremlin omnipotent. Portée par la forte hausse des prix de l’énergie et une taxation agressive du secteur qui a dopé les recettes fiscales, la Russie s’est alors donné les moyens de normaliser son économie et de redistribuer quelque peu les fruits de ses richesses naturelles. L’accélération de l’activité économique, le recul sensible du chômage (6,6 % en janvier contre plus de 12 % en 2000) et un impôt sur le revenu qui est le plus faible des grandes économies de la planète (13 %) ont ensuite favorisé une croissance à deux chiffres des salaires réels. Soit une très nette amélioration du pouvoir d’achat qui a contribué à l’émergence d’une vraie classe moyenne.

Appareil productif peu performant

Cette dépendance par rapport au secteur énergétique est également visible en Bourse de Moscou où les entreprises du secteur représentent plus de 55 %. Un chiffre qui passe même à deux tiers de la capitalisation totale si l’on y ajoute les géants actifs dans d’autres ressources naturelles comme le nickel ou le potassium. Et pour cause puisqu'en dehors de ces secteurs, les sociétés manufacturières russes sont peu compétitives à l'échelle internationale.
Quant aux services, s'ils ont connu un véritable boom avec la première arrivée au pouvoir de Poutine en 2000, ils restent eux aussi très largement tournés vers le marché domestique.

Défi de Poutine : une Russie attrayante

Une modernisation du monde des entreprises en Russie s'impose donc, mais pourrait s'avérer difficile si l'Etat ne fait pas de même. Car si les cours élevés de l’énergie lui permettent d’équilibrer ses budgets et de rester sur la voie de la croissance, la Russie souffre aussi toujours d’un climat des affaires déficient qui n’incite guère à l’investissement.
Si le Kremlin est fort, l’appareil de l’Etat russe l’est en effet beaucoup moins avec une corruption toujours présente et une justice perfectible. Autant de facteurs qui freinent les ardeurs des entrepreneurs qui souhaiteraient investir dans le pays, sans parler d'un système financier relativement peu dynamique qui pousse bon nombre d’entreprises russes à chercher plutôt des financements à l’étranger.
Les infrastructures physiques, dont une partie considérable date toujours de l’époque soviétique, auraient également bien besoin d'une remise à niveau. Mais là encore, l'opacité de l’appareil d’Etat rend les fonds publics (pourtant suffisants) peu efficaces et n'encourage pas le secteur privé à participer à la reconstruction.
Malgré son immense potentiel, la Russie se contente donc d'une croissance de l’ordre de 4 %, son économie ayant il est vrai aussi une fâcheuse tendance à surchauffer au-delà de ce niveau.
De plus, si le dynamisme de son marché intérieur constitue le principal moteur de sa croissance, la Russie reste fort dépendante de la demande européenne pour son énergie. Dans ces conditions, l’année 2012 devrait être marquée par une croissance en recul aux alentours de 3 %, ce qui est légèrement inférieur au potentiel du pays.

 

Après avoir amélioré sensiblement le niveau de vie des ménages russes, Poutine va à présent devoir s'atteler à réformer les mentalités et l’appareil d’Etat s'il veut que la Russie exploite pleinement son potentiel. Cela ne sera certes pas facile, mais au vu du potentiel considérable du pays, les actions russes méritent toujours que l’on s’y intéresse.


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Nous vous recommandons particulièrement les sicav d’actions russes BNPP L1 Equity Russia, Parvest Equity Russia et Pictet Russian Equities P EUR.


Pour profiter enfin de l’émergence de la classe moyenne russe, vous pouvez également acheter l’action de la société cosmétique Oriflame. Il ne s’agit certes pas d’une société russe mais suédoise. Cependant, les femmes russes font partie de ses principales clientes puisqu'elle réalise environ 50 % de son chiffre d'affaires en Russie.

 

 

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