Analyse
L’Irlande en quête de normalité il y a 4 ans - jeudi 24 janvier 2013

Deux ans après son sauvetage financier, Dublin aimerait tourner la page. Mais les Irlandais en ont-ils vraiment fini avec la crise ?

La méthode irlandaise n’est pas la solution miracle. Miser sur la demande extérieure permet d’atténuer l’effet de l’austérité sur la demande domestique, mais place à la merci de la conjoncture internationale.
L'Irlande ne peut qu'espérer poursuivre son lent redressement, à condition de bénéficier d’un coup de pouce de l’Europe et que celle-ci et retrouve un certain dynamisme.
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Des progrès inespérés

Par rapport à la Grèce et au Portugal, l’Irlande présente le meilleur bilan. En 2011, grâce à la reprise des investissements étrangers et des exportations, l’économie a retrouvé la croissance. Et en 2012, malgré le retour de la récession en Angleterre et dans la zone euro (principaux partenaires commerciaux), l’activité économique a gardé la tête hors de l’eau. Le chômage s’est stabilisé, la consommation des ménages a retrouvé des couleurs et l’éclatement de la bulle immobilière semble toucher à sa fin. Et même si un sixième budget d’austérité n’empêchera pas la dette publique de culminer à 120 % du PIB 2013, le tableau de marche pour ramener le déficit à 3 % du PIB d’ici 2015 est respecté. Tous ces progrès ont été salués par les investisseurs et le 8 janvier, l’Irlande a réussi son retour sur le marché obligataire en réalisant le quart de l’objectif 2013 (2,5 milliards d’euros d’obligations à 3,35 %).

 

Le boulet de la dette

La situation reste cependant difficile, vu la récession en Europe, la faiblesse de la demande domestique reste faible et la fragilité de la stabilisation du chômage. En cause : le poids de la dette. La nationalisation des banques a laissé une lourde ardoise. Le pays a pris des mesures d’austérité pour 25 milliards d’euros (nouvelles taxes, réduction des dépenses publiques, suppression de 40 000 postes de fonctionnaires, baisses des salaires, retraite à 68 ans). Et ce n'est pas fini : 8 milliards d’économies supplémentaires restent nécessaires pour ramener le déficit public à 3 % du PIB en 2015.

Coup de pouce européen ?

Si l’Irlande surmonte mieux la crise que la Grèce et le Portugal, elle n’a paradoxalement bénéficié d’aucun cadeau de la part de ses partenaires européens. Pire, Dublin a dû accepter de payer des taux plus élevés pour bénéficier de l'aide européenne, ce qui pèse sur le budget de l’Etat. Le gouvernement entend donc profiter de sa présidence européenne pour renégocier ses prêts et obtenir une intervention européenne. Mais rien n’est acquis.

Un cas unique

Depuis son sauvetage en 2010, l’Irlande a surmonté la récession tout en respectant un strict assainissement budgétaire. Une prouesse réussie en misant sur une fiscalité avantageuse pour les sociétés étrangères et pour développer ses exportations. Et comme l’éclatement de la bulle immobilière, la déflation et la baisse des salaires ont amélioré la compétitivité du pays, cette stratégie a payé.

 

Parfois présentée comme l’exemple à suivre, cette méthode n’est toutefois pas transposable à la Grèce et au Portugal, qui ne présentent pas le même cadre fiscal et souffrent de carences plus profondes qu’un simple handicap salarial. Par contre, la modération des prix et des salaires aiderait l’Espagne à retrouver sa compétitivité.

 

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