Analyse
Les leçons du sauvetage de Chypre il y a 4 ans - lundi 25 mars 2013

Chypre a fini par accepter une lourde restructuration de son secteur bancaire qui n’épargnera pas tous les dépôts.

Limiter ses avoirs cumulés sur les comptes à vue, d’épargne et à terme à 100 000 euros par personne et par institution financière pour se prémunir d’une déconvenue à la chypriote ou de tout autre désagrément, comme un gel des avoirs qui toucherait prioritairement les gros dépôts, est une mesure simple qu’il ne faut assurément pas oublier.

 

Situation inextricable

Les neuf mois entre l'appel à l'aide chypriote et la réponse européenne suffisent à traduire toute la complexité du dossier. Après avoir essuyé des pertes colossales sur leurs actifs grecs, les banques chypriotes avaient en effet besoin d'être renflouées à hauteur de 10 milliards d'euros. De son côté, le gouvernement devait trouver 7 milliards – au moins – pour refinancer sa dette et assurer ses dépenses courantes d'ici 2016. Seulement, prêter 17 milliards à un pays dont le PIB est de... 18 milliards n'aurait fait que rendre le poids de sa dette intenable. Dans ces conditions, le FMI estimait que Chypre ne pouvait supporter un prêt de plus de 10 milliards, ce qui laissait un trou de 7 milliards à combler. Or, comme la Russie, qui avait déjà sauvé Chypre du naufrage en lui prêtant 2,5 milliards d’euros en octobre 2011, refusait d'encore mettre la main au portefeuille, l’argent devait être trouvé au niveau national. Et comme les actifs du secteur bancaire chypriote représentaient sept fois le PIB de l'île, solliciter les avoirs déposés auprès des banques chypriotes constituait la solution toute trouvée pour collecter rapidement les sommes nécessaires pour sauver l'île de la faillite !

 

La solution

Concrètement, la deuxième banque du pays, Laiki, va donc être liquidée et scindée en une banque assainie qui reprendra les dépôts ne dépassant pas 100 000 euros. Conformément à la garantie publique européenne, les dépôts ne dépassant pas cette limite seront intégralement préservés.

 

Par contre, les montants supérieurs seront gelés et intégrés dans une structure de défaisance (ou bad bank) qui reprendra l’essentiel des engagements de Laiki et servira à régler les dettes. Les détenteurs d’obligations seront également logés dans cette mauvaise banque et subiront, comme les déposants dépassant la limite des 100 000 euros, de lourdes pertes. Les créanciers obligataires de Laiki risquent même de voir leurs titres complètement anéantis si le passif de la banque devait être trop important. Les actionnaires, de leur côté, deviendront propriétaires d’une mauvaise banque sans la moindre valeur...

 

La première banque du pays, Bank of Cyprus, fusionnera quant à elle avec la partie saine de Laiki. Si les dépôts seront également préservés jusqu'à 100 000 euros, les avoirs dépassant cette limite seront eux mis à contribution et notamment transformés en participations pour recapitaliser la banque. Les actionnaires et détenteurs d’obligations de Bank of Cyprus seront également mis à contribution.

Un modèle brisé et la fin d'un tabou

Le plan de sauvetage de Chypre aura deux conséquences majeures. Il casse tout d'abord le modèle économique de l’île et brise ensuite le tabou des dépôts bancaires dans la zone euro.

 

Conformément à la volonté européenne, la taille du secteur bancaire chypriote sera considérablement réduite. Et une fois les restrictions de transferts levées, les capitaux risquent de fuir l’île. C’est donc la fin d’un secteur surdimensionné et la disparition de milliers d’emplois dans la finance.

 

Mais au-delà des banques, c’est toute l’économie chypriote qui sera à reconstruire, tant les pertes imposées aux déposants devraient aussi toucher les entreprises, avec un risque de faillites en cascade et de paralysie de l’économie dans les prochains mois. Si Chypre a donc assuré sa survie en saignant son secteur bancaire à blanc, elle devra aussi désormais se bâtir un avenir.

 

Au niveau de la zone euro, ce sauvetage de Chypre marque une rupture fondamentale. Pour la première fois en effet dans l’histoire de la monnaie unique, les dépôts sont durement touchés par une restructuration bancaire. Par contre, en préservant les dépôts jusqu'à 100 000 euros, l'Europe a finalement respecté son engagement, ce qui représente un élément important. Par ailleurs, pour la première fois depuis le début de la crise de la dette, ce ne sont pas les contribuables qui paient le sauvetage d’une banque, mais les clients de celle-ci !

Toujours se préparer au pire

S’il ne faut retenir qu’un enseignement de la crise chypriote, c’est l’importance de la barre des 100 000 euros. En préservant tous les dépôts jusqu'à cette limite, l'Europe a prouvé que la garantie publique était valable. Par contre, le sort réservé à l’argent dépassant cette barre montre que la sécurité n’est pas toujours là où on pourrait le croire.

 

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