Analyse
Jeroen Dijsselbloem a effrayé les épargnants il y a 4 ans - mercredi 3 avril 2013

L'accord qui a permis à Chypre d’éviter le défaut de paiement et de rouvrir ses banques n'en a pas moins mis les épargnants de la zone euro en alerte. En particulier ceux dont les avoirs dépassent 100 000 EUR.

Il n’y a pas lieu de paniquer. Mais le sauvetage de Chypre a changé la donne. La Belgique n’est heureusement pas (plus) concernée, mais la prudence impose quelques mesures simples pour limiter les risques, comme répartir ses avoirs entre plusieurs banques. La garantie de 100 000 EUR par épargnant et par banque a jusqu’à présent chaque fois été respectée et nous exigerons qu’il en soit toujours ainsi.

 

Epargnant à contribution

Dans le cas spécifique de Chypre, la mise à contribution des épargnants dont les avoirs bancaires sont supérieurs à 100 000 EUR a été nécessaire. Sans cela, les capitaux auraient quitté l’île, laissant la note du sauvetage des banques et des finances publiques au seul contribuable chypriote. La charge de la dette serait alors devenue insupportable et c'est précisément pour alléger ce fardeau – et parce qu’elle juge le secteur financier chypriote comme responsable n°1 des problèmes du pays – que la Troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) a souhaité que les épargnants soient mis à contribution.

Cas unique ?

Pour prévenir toute contagion, les responsables européens ont maintes fois insisté sur le fait que le problème chypriote était unique et que la mise à contribution des épargnants dont les avoirs dépassent 100 000 EUR ne s’appliquait que dans ce cas précis. Seulement, en déclarant aussi que le sauvetage de Chypre constituait un modèle pour la résolution des problèmes du secteur bancaire dans la zone euro, Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe, a provoqué une véritable panique sur les marchés. Et pour cause puisqu'il a tout simplement éveillé les craintes des épargnants de toute l’Europe, à peine remis du non-respect de la garantie sur les dépôts dans la première version du plan de sauvetage.

Nouvelle stratégie

Le sauvetage de Chypre marque un tournant majeur pour les épargnants. Hormis l’Islande, qui avait fait la part des choses entre épargnants nationaux et étrangers, aucun pays européen n’avait à ce jour mis les détenteurs de comptes à contribution. C’était même l’inverse qui s’était produit dans le cas de l’Irlande, le contribuable payant la note du sauvetage de banques. Difficile donc de parler d’un modèle européen pour la résolution des problèmes du secteur bancaire...

Eviter les banques affaiblies

Pour l’épargnant, le précédent d’une participation forcée au sauvetage de la banque où il a choisi de placer son argent et/ou du pays où se trouvent ses avoirs est pour le moins inquiétant. Surtout pour ceux dont les avoirs en banque dépassent 100 000 EUR. Comme à Chypre, ils et peuvent craindre de voir leur argent assimilé à de l’argent provenant de l’évasion fiscale et/ou aux origines douteuses, et confisqué par l’Etat.

 

Laisser plus de 100 000 EUR sur un compte en banque n’est donc plus le choix de la sécurité, encore moins quand la banque en question est affaiblie. Or, de nombreuses banques européennes ont fait appel aux capitaux publics ces dernières années. Bien sûr, la BCE fournit énormément de liquidités au secteur, ce qui devrait éviter à celui-ci de retomber en crise. Mais elle ne peut prêter des capitaux à une banque que si celle-ci est considérée comme solvable. Et un certain nombre ne le sont que grâce au soutien de l’argent public... Par conséquent, la ponction des dépôts dépassant les 100 000 EUR pour renforcer les capitaux d’une banque n’est plus inimaginable. Surtout dans les pays où les finances publiques sont déjà affaiblies et où le poids de la dette publique est déjà très important.

La Slovénie, prochaine sur la liste ?

Les pays qui risquent, à leur tour, d’être concernés par une intervention de la Troïka ont donc du souci à se faire, à commencer par la Slovénie. Le pays va devoir refinancer une part importante de sa dette d’ici l’été et son secteur financier n’est maintenu à flot que par les injections de capital de l’Etat et les prêts de la BCE... La Slovénie fait donc figure de candidat n°1 à un sauvetage européen dans un avenir proche. Et face à l'ampleur des pertes du secteur financier, ce possible sauvetage pourrait ressembler à celui qui vient d’être approuvé pour Chypre...

 

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