Analyse
L'Iran de retour aux affaires il y a 4 ans - jeudi 5 décembre 2013

Après des décennies d’isolement, l’Iran revient à table avec les grandes puissances. Le récent accord peut être un premier pas vers l’ouverture du pays aux investisseurs étrangers.

Un accord avec l’Iran aurait sans conteste son lot d’avantages pour le pays, mais aussi pour l’économie européenne. Comment se passer de la manne énergétique iranienne, susceptible de faire baisser le cours des hydrocarbures, à un moment où le prix du baril avoisine les 110 USD, où le pouvoir d’achat en Europe est sous pression et la compétitivité menacée ?

 

Pétrole

Les craintes liées au programme nucléaire iranien ont été à l’origine de nombreuses sanctions. La production de pétrole iranien en a souffert. Ce recul de la production n’a toutefois pas été négatif pour tout le monde. Car si, en temps normal, avec un baril de Brent cher, le défi pour l’OPEP est de contenir la production pour stabiliser les prix, avec la production iranienne à genoux, les membres de l’OPEP ont pu produire un maximum tout en vendant cher.

Superpuissance ?

L'Iran détient parmi les plus grandes réserves au monde de gaz naturel et de pétrole. Un potentiel qui tarde à se concrétiser, faute de technologie et d’investissements. Mais cela pourrait changer. Face à l’écart important entre le cours du baril de Brent (mer du Nord et Moyen-Orient) et celui du WTI (USA), l’Europe a intérêt à trouver des sources d’énergie bon marché pour aider son industrie à rester compétitive. Un retour du pétrole iranien serait une bonne nouvelle. De plus, comme le pays possède une frontière commune avec la Turquie (candidate à l’UE) et que les deux pays sont reliés par gazoduc, le gaz iranien pourrait constituer une alternative au gaz russe.

Autres secteurs

Les investissements en Iran ont été rendus plus difficiles par le blocus bancaire dont le pays a fait l’objet, les banques occidentales ne pouvant pas effectuer de transactions avec la banque centrale iranienne. L’aéronautique civile iranienne souffre de la vétusté de sa flotte et il y a fort à parier, si l’ouverture du pays se confirme, que l'Iran multiplie les commandes auprès d'Airbus et Boeing. Le secteur automobile a lui aussi souffert des sanctions. Plusieurs modèles du groupe Peugeot y sont produits sous licence par des groupes locaux, alors que Renault et sa filiale Dacia ont été présents sur ce marché jusqu’au resserrement des sanctions. Enfin, les poids lourds assemblés sur place sous licence Mercedes (Daimler) sont très présents. Daimler détenait aussi 30 % d’un constructeur de moteurs iranien jusqu’en 2010. Une ouverture du marché iranien pourrait servir à ces groupes de tête de pont pour le Moyen-Orient.

Potentiel

Le potentiel est réel. Certes, il faudra des investissements qui prendront un certain temps avant de porter leurs fruits. Mais Total s’est déjà dit intéressé. Côté automobile, la réouverture du marché iranien serait une bonne nouvelle pour les constructeurs français, qui souffrent de leur dépendance excessive aux marchés européens moroses (même s'il ne faut pas non plus exagérer l’importance de l’Iran qui ne participe que pour 2 à 4 % au chiffre d’affaires global des groupes).

 

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