Analyse
Russie aujourd’hui = Japon des années 60 ? il y a 3 ans - jeudi 3 juillet 2014

Tout comme la Russie d’aujourd’hui, le Japon d’avant-hier n’avait guère d’atouts à faire valoir, mais a connu ensuite une fulgurante croissance. Et alors ?

Comparaison n’est pas raison. Plutôt que de se livrer à une analyse nuancée des fondamentaux, certains analystes aiment établir des comparaisons choc pour convaincre les investisseurs à bon compte. Mais les évidences énoncées sont souvent à prendre avec des pincettes.

 

Dernièrement, David Iben, un gestionnaire américain, a déclaré sa flamme pour les actions russes en comparant la Russie d’aujourd’hui avec le Japon de la moitié des années 60.
Tout comme la Russie d’aujourd’hui, le Japon n’avait alors guère d’atouts à faire valoir : pourtant, dans les deux décennies qui ont suivi, ce pays a largement bénéficié aux audacieux qui y ont investi.

 

Pourquoi un tel raisonnement est-il dangereux ?

 

Tout d’abord, considérer après coup la réussite d’un pays (ou d’une entreprise) comme une évidence passe sous silence, au risque et péril de l’investisseur, tous les autres scénarii, dont certains bien plus négatifs, qui auraient pu se produire. Quid, notamment, si la corruption, alors endémique dans les milieux d’affaires japonais, s’était aggravée ? Quid si un autre pays, comme l’Inde ou le Brésil, avait pris le Japon de vitesse ?

 

Ensuite, il y a fort à parier que ce qui fut appelé « le miracle économique nippon », avec des taux de croissance à deux chiffres, ne sera pas réitérable dans le contexte russe. Misant sur une population disciplinée et éduquée, le Japon s’était vite imposé comme deuxième puissance économique mondiale en prenant des positions de leadership dans des secteurs comme l’électronique et l’automobile. Même si l’histoire n’est pas écrite, on a peine à voir la Russie réaliser semblable performance.

 

Enfin, même à très long terme, le risque d’un investissement aujourd’hui en Russie est plus élevé que dans le Japon d’avant-hier et n’est pas assez compensé par les perspectives de rendement. S’il se lance, l’investisseur devra supporter une forte volatilité (crise ukrainienne...) et peut-être même des pertes sèches. La Bourse japonaise était donc sans doute meilleur marché dans les années 60 que ne l’est la Bourse russe aujourd’hui.

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