Analyse
Tensions avec la Russie : quel impact sur vos placements ? il y a 3 ans - mardi 19 août 2014

Les relations avec la Russie se sont détériorées, le discours se durcit et les tensions affectent des économies déjà affaiblies. Que risquent vos placements ?

Actions russes : restez à l’écart

Les grandes banques russes, les secteurs de l’énergie et de la défense, et le transfert de technologies sensibles ont fait l’objet de mesures par l’Occident. Leur impact reste à déterminer mais elles toucheront l’économie russe, déjà affaiblie, trop dépendante du secteur de l’énergie, peu compétitive, souffrant d’une infrastructure dépassée, de la corruption et d’un climat peu propice à l’investissement. Au deuxième trimestre, la croissance russe n’était que de 0,8 % et nous tablons pour l’ensemble de 2014 sur un petit 0,5 %. Face à ces perspectives, n’investissez pas en Russie. Certes, la Bourse de Moscou peut sembler attrayante (rapport cours/bénéfice inférieur à 6, contre 15 pour le Dax allemand ou 20 pour la Bourse belge). Mais le risque est élevé et accentué au gré des décisions prises à Kiev, Moscou, Berlin ou Washington.

Actions de la zone euro : évitez la plupart

L’impact des tensions touchera la zone euro dont la croissance a été nulle au deuxième trimestre. Certes, pour la plupart des pays de la zone, l’impact de la rétorsion, limitée à des produits agricoles, reste marginal. Mais l’Espagne, la Pologne ou la Finlande s’inquiètent. La Finlande se dit prête à demander des compensations (la Russie absorbe ±10 % de ses exportations). Et alors que Washington et Berlin brandissent la menace d’un nouveau durcissement, la Russie envisage l’interdiction de survol de son territoire !

 

Enfin, l’Europe craint l’utilisation de l’arme énergétique par Moscou (craintes sur le prix du gaz, sur l’approvisionnement de l’UE). Certes, la Russie ne saurait se passer des fonds que procure la vente de gaz vers l’Europe. Mais la perspective d’un gaz russe plus cher ou moins abondant ne rassure pas les européens. L’indice ZEW (confiance des investisseurs allemands) est au plus bas depuis 20 mois.

Energie : secteur le plus touché

Si les sanctions entendent limiter l’accès du secteur énergétique russe aux dernières technologies, elles ne s’appliquent pas aux entreprises occidentales présentes dans le pays et ne remettent pas en cause les contrats à long terme. ExxonMobil ou BP ne sont pas menacés. Mais BP annoncé que de nouvelles sanctions pourraient avoir un impact sur son résultat futur. Il en va de même pour d’autres groupes présents (Total, Shell, Eni). Nous restons globalement prudents pour le secteur mais ne changeons ni nos prévisions, ni nos conseils.

Banques : plutôt épargnées

Si les banques russes ont été visées par les sanctions (visant à tarir le flux de financement vers la Russie), les groupes étrangers présents ne sont pas concernés pour l’instant. Pas de danger immédiat pour l’autrichien Raiffeisen Bank International (près de 200 agences dans le pays, qui génère ±¾ de son bénéfice) ni pour Société Générale, très présente via Rosbank, détenue à plus de 99 %. UniCredit et Nordea sont aussi très exposées aux tensions politiques. Barclays, HSBC, Santander ou BNP Paribas se sont quant à eux déjà progressivement désengagés de la Russie.

Autres actions exposées

Adidas, qui possède 1 000 magasins en Russie et y a réalisé un chiffre d'affaires de plus d'un milliard d'euros en 2013, compte y limiter ses investissements.


Oriflame (produits cosmétiques) qui tire 30 % de ses revenus de la Russie (35 % si on inclut l’Ukraine), cherche des relais de croissance en Asie et Amérique latine.L’action, risquée, offre un beau potentiel de rebond aux plus audacieux.


Metro, qui est présent en Russie avec 73 Cash & Carry Metro et 62 Media Markt/Saturn et qui possède 33 magasins en Ukraine, estime ne plus pouvoir garantir que la mise en Bourse partielle de sa filiale Cash & Carry russe aura bien lieu.


Renault a vendu au premier semestre 2014 plus de 96 000 voitures en Russie, pays qui constitue son troisième marché derrière la France et le Brésil; le groupe détient en outre 37,25 % du constructeur russe Avtovaz. Il prévoit une baisse de 10 % de la demande russe, mais l’impact reste à relativiser. Car sa participation dans Avtovaz reste dérisoire par rapport à la contribution de Nissan à son bénéfice. En outre, les perspectives à long terme du marché russe restent solides (parc automobile âgé, faible taux de motorisation).


Deutsche Lufthansa opère chaque jour des dizaines de vols longs courrier vers l’Extrême-Orient via la route sibérienne. Toute interdiction rallongerait considérablement ses vols et ferait grimper sa facture pétrolière. Une hausse difficile à répercuter sur les clients, alors que le groupe souffre déjà de la concurrence des compagnies du Golfe.

 

Partagez cet article