Analyse
L’euro baisse : des opportunités en Bourse ? il y a 2 ans - lundi 12 janvier 2015

Face au manque de solutions pour relancer l’économie de la zone euro, une baisse sensible de l’euro constituait la meilleure arme à la disposition des autorités.

La chute de la monnaie unique à 1,18 USD n’est donc certainement pas pour leur déplaire. Devez-vous pour autant, en tant qu’investisseur, revenir à l’achat sur les actifs de la zone euro ? Pas tout de suite.

 

En cause : la Banque centrale européenne et la Grèce

L’important recul de l’euro (-13 % sur six mois) n’a rien d’étonnant. A l’heure où la Réserve fédérale américaine se prépare à un premier relèvement de ses taux, la Banque centrale européenne, dont les taux directeurs ne dépassent plus 0,05 %, songe à assouplir sa politique en rachetant des actifs sur le marché. Et si Berlin a longtemps été opposé à de tels achats, le passage de l’inflation en terrain négatif (- 0,2 % en décembre 2014) rend le risque déflationniste bien réel et renforce l’intérêt d’une intervention de la BCE. Mais le recul de l’euro s’explique aussi par le retour des tensions autour de la Grèce. Les Grecs se rendront aux urnes ce 25 janvier et tout porte à croire que le parti anti-austérité en sortira vainqueur. Au vu de sa détermination à obtenir un nouveau refinancement de la dette grecque et de l’insistance de l’Europe pour que le pays respecte les accords signés, les prochains mois s’annoncent mouvementés.

 

Conjoncture plus favorable

La chute de la devise est une bonne nouvelle pour les économies de la zone euro, d’autant qu’elle s’accompagne de la dégringolade des cours du pétrole. Cela offre un regain de compétitivité à l’économie. Une bonne nouvelle pour le secteur manufacturier et le tourisme. Quant à la dégringolade des cours du pétrole, elle constitue une bonne nouvelle pour les entreprises (notamment l’industrie lourde), ainsi que pour les ménages qui, après des années de modération salariale et de pouvoir d’achat sans évolution, entrevoient enfin une amélioration de leurs finances.

 

Banques centrales pas sur la même longueur d’onde

La chute de l’euro remet par contre en cause la stratégie de la Fed. Alors que l’amélioration du marché du travail américain et de l’activité économique incitent la Fed à prévoir des hausses de taux en 2015, le dollar plus cher réduit l’inflation, l’éloignant de l’objectif de 2 %. Qui plus est, la Fed s’était déjà inquiétée de l’appréciation du dollar face à d’autres devises et de l’impact de cette appréciation sur la compétitivité de son pays. La baisse de l’euro pourrait donc pousser la Fed à repousser la date de son premier relèvement des taux, ce qui devrait plaire aux marchés.

 

Bourses de la zone euro : à éviter

Nous n’attendons pas de forte croissance pour l’année en cours. Pire, nous craignons que cette embellie ait l’effet pervers de reporter des réformes pourtant nécessaires. Même si 2015 sera sans doute meilleure que 2014, le chemin à parcourir avant de retrouver la croissance durable sera encore long. Par ailleurs, le recul de l’euro ne rend pas les actifs financiers de la zone intéressants. Bien sûr, la hausse du dollar pèse sur la compétitivité américaine. Et avec un dollar à son niveau d’équilibre, nous allons poursuivre nos prises de bénéfices sur les placements en dollar. Hélas, la zone euro n’est pas bien placée pour en profiter. Même avec un euro à sa juste valeur et une année 2015 qui s’annonce meilleure, les perspectives à moyen terme restent décevantes. Bruxelles, Madrid ou Milan restent des marchés chers. Et si Francfort et Paris sont correctement évalués, d’autres places restent plus prometteuses (Londres, Tokyo, Stockholm, Shanghai, Mexico, Djakarta, Johannesburg).

 

Actions : tour d’horizon

La baisse de l’euro est intéressante pour Airbus (avec des coûts en euro et des ventes en dollar, le groupe aéronautique est bien placé pour bénéficier d’un dollar fort). Le secteur automobile peut aussi se réjouir. Et plus particulièrement les constructeurs qui réalisent une grande partie de leurs ventes à l’étranger comme Daimler ou BMW. Toutefois, la sensibilité du secteur aux variations de change est moins grande que par le passé, vu l’importance accrue donnée à la production locale. Ceci vaut par exemple pour Volkswagen qui a beaucoup investi aux USA.
Dans les semi-conducteurs, STMicroelectronics a la moitié de ses coûts globaux en Europe, alors que celle-ci ne représente qu’un tiers de ses ventes, avec des prix fixés majoritairement en dollar, ce qui le rend très sensible aux variations euro/dollar. La baisse de l’euro est un coup de pouce bienvenu.
A Bruxelles, Melexis, Barco, EVS et Agfa-Gevaert tirent profit du renforcement du dollar, qui leur donne un avantage face aux concurrents américains et asiatiques. Ils peuvent relever leurs prix de vente (et donc leurs marges) et/ou conquérir de nouvelles parts de marché. Pour les produits vendus à l’exportation, leurs marges augmentent, vu que leurs coûts sont pour la majeure partie en euro. Pour les entreprises qui possèdent des activités aux USA (Delhaize, AB InBev, Bekaert, Solvay, Umicore, Tessenderlo, Deceuninck), qui ont à la fois des coûts, des revenus et des dettes en dollar, l’impact est limité. Mais cela n’empêche pas le bénéfice de gonfler une fois converti en euro.
Nyrstar, Euronav, CMB, Exmar et Umicore, actives sur les marchés mondiaux où les prix sont exprimés en dollar profitent aussi de la situation. Pour les trois transporteurs maritimes, la majorité des coûts étant exprimée en dollar et les états financiers étant totalement en dollar, il s’agit pratiquement d’actions en dollar. Nyrstar vend en dollar mais une grande partie de ses coûts sont en euro et en dollar australien. De quoi en faire une des valeurs les plus sensibles aux fluctuations du billet vert.

 

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